ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Voitures électriques

La charge lente, l’alternative à la borne classique 



Avec 2.071 nouvelles immatriculations depuis le début de l’année, la voiture 100% électrique représente 8,2% de part de marché au Luxembourg. (Photo: Shutterstock)

Avec 2.071 nouvelles immatriculations depuis le début de l’année, la voiture 100% électrique représente 8,2% de part de marché au Luxembourg. (Photo: Shutterstock)

Installer plusieurs bornes de recharge dans une entreprise ou une résidence est un pas important pour la transformation du parc automobile. Mais très souvent se pose le problème de la disponibilité de ces bornes. La solution avec la charge lente? Certains ont déjà fait ce choix.

Les voitures électrifiées sont de plus en plus nombreuses et la question de la recharge électrique est un réel casse-tête pour certains automobilistes.

L’élément central est évidemment la borne de recharge. L’automobiliste peut utiliser les bornes de recharge Chargy sur l’ensemble du territoire. Il peut aussi profiter de ses courses pour recharger sa voiture, la plupart des parkings des grandes surfaces disposant de quelques bornes de recharge. Enfin, certains employeurs mettent à disposition quelques emplacements. Mais généralement, l’automobiliste souhaite pouvoir recharger chez lui. Et c’est là que les problèmes se posent.

S’il est relativement simple d’installer une borne de recharge au sein d’une maison individuelle, dans une résidence, c’est une tout autre histoire.

La solution de la charge lente

La première difficulté réside dans la capacité électrique de la résidence. Une borne de recharge a besoin d’une capacité de 11kW. Une résidence standard, avec une petite trentaine de places de parking, dispose d’une capacité électrique entre 60 et 80kW. Le calcul est simple. Il est possible d’installer entre 5 et 7 bornes à deux points de charge par parking, soit entre 10 et 14 emplacements sur une trentaine. Cela correspond à ce qu’affirmait Alex Michels, head of asset management de Creos Luxembourg, en début d’année pour Paperjam : «Actuellement, sur un lotissement normal, le réseau est capable de supporter la charge de la moitié des voitures électriques pouvant s’y garer.»

Autrement dit, les premiers à mettre des bornes bloquent les autres habitants de la résidence en question.

Heureusement, la décision de cette installation doit se prendre en accord avec le syndicat en charge de la gestion de la résidence pour les habitants. Une situation qui peut créer des problèmes, avec d’un côté des propriétaires qui ne souhaitent pas encore installer de bornes de recharge et, de l’autre, ceux qui ont déjà investi dans un véhicule électrique. «Sur 66 résidences sous gestion, 22 ont fait une demande pour installer des bornes de recharge. La jeune génération est la plus active sur le sujet, il y a beaucoup de discussions et d’interrogations, mais peu de réponses. Tant du côté de Creos que chez les électriciens. J’ai contacté plusieurs professionnels et la très grande majorité du temps, je me heurte à un mur», explique Maria Castellano, gérante de la société MC Gestion à Mondorf.

En attendant, les propriétaires de voitures électriques «bloqués» pour un non-consensus au sein des résidences se branchent sur une simple prise de courant. La recharge prend alors beaucoup plus de temps. «Mais c’est surtout un facteur de risque supplémentaire au niveau de la sécurité incendie. Voir des voitures branchées sur plusieurs rallonges électriques n’est pas une solution très sûre», prévient Maria Castellano.

L’autre solution, c’est celle de la charge lente. Pour faire simple, une voiture électrique n’a pas besoin de toute la nuit pour effectuer sa recharge à 11kW. Une résidence de trente places de parking peut accueillir trente bornes connectées et pilotées par une intelligence artificielle, qui va répartir la capacité de charge totale en fonction du nombre de véhicules présents.

C’est la solution proposée par CaCharge, leader suédois de l’industrie des solutions de recharge intelligente. Elle est commercialisée au Luxembourg par Parking Energy Services (PES). «C’est effectivement une solution que nous sommes en train de déployer dans plusieurs résidences au Luxembourg, mais aussi dans des entreprises qui ont le même problème que les résidences. Notre solution est intelligente et elle permet de gérer la borne et la consommation ainsi que le paiement par le biais d’une application mobile ou bien sur un ordinateur», assure Marina Mouravieva, directrice de Parking Energy Services.

Un problème identique pour les entreprises

La Banque de Luxembourg a d’ailleurs opté pour cette solution. «L’électrification est une réelle tendance au sein de notre flotte de voitures de société, notamment grâce aux incitations fiscales», explique Régis Heil, head of facility management de la Banque de Luxembourg. «Nous avions déjà quelques bornes de recharge. Mais nous avions deux inconvénients. Le premier étant la capacité maximale du bâtiment qui ne nous permettait pas de mettre plus de bornes de recharge. L’autre est que ceux qui se garaient sur une place avec une borne de recharge laissaient généralement la voiture toute la journée sur cette place et pas uniquement le temps de la charge. Nous avons donc entamé des recherches pour une solution alternative et nous avons trouvé CaCharge et PES pour installer une infrastructure pouvant désormais accueillir une quarantaine de voitures électriques et prévoir ainsi l’avenir.»

L’idée est également en train de faire son chemin chez KPMG, qui possède une flotte de voitures de société importante, avec de plus en plus de véhicules électrifiés. «On doit augmenter le nombre de bornes de recharge. C’est une demande de notre personnel et nous devons être cohérents avec notre politique en matière de flotte de voitures de société. Nous sommes en train d’étudier la question. Nous avons aussi des contraintes techniques et a priori les bornes ‘low charge’ semblent être une bonne solution», souligne  Fabrice Leonardi, COO de KPMG Luxembourg.

Cela démontre surtout que nous avons un problème au niveau de l’infrastructure de recharge.
Gerry Wagner

Gerry Wagner,  porte-parole,  House of Automobile

Du côté de la House of Automobile (HOA), la problématique des bornes de recharge, qu’elles soient au sein des résidences ou des entreprises, démontre que miser sur une seule technologie, à savoir l’électrique, n’est pas viable à terme. «On voit clairement que l’on ne pourra pas mettre des bornes de recharge partout. La solution ‘low charge’ n’est pas non plus la solution miracle et connaît des limites. Cela démontre surtout que nous avons un problème au niveau de l’infrastructure de recharge», a répété Gerry Wagner , porte-parole de la HOA.

Pour rappel, avec 2.071 nouvelles immatriculations depuis le début de l’année, soit 8,2% de part de marché, la voiture 100% électrique commence à se faire une véritable place sur les routes et dans les concessions du pays. D’ailleurs, selon l’Automobile Club du Luxembourg, on peut trouver plus de 200 modèles électrifiés, 65 modèles 100% électriques, 27 modèles hybrides autorechargeables, 120 modèles hybrides rechargeables et 2 modèles fonctionnant à l’hydrogène (pile à combustible).