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Infrastructure et mobilité électrique

La délicate équation de l’e-mobilité



En prenant l’exemple d’une Renault Zoé, la charge complète pour effectuer 395 km revient en moyenne à 19,31€. (Illustration: Shutterstock)

En prenant l’exemple d’une Renault Zoé, la charge complète pour effectuer 395 km revient en moyenne à 19,31€. (Illustration: Shutterstock)

Bus et vélos électriques, voitures électrifiées… la mobilité électrique n’a jamais été aussi importante. Elle le sera encore davan­tage demain. Pour répondre à ce défi, Creos s’emploie à mettre en place une infrastructure pérenne.

L’électricité n’est finalement qu’une histoire de physique, voire de mathématique. Sur le papier, l’électricité permet d’envisager un monde sans véhicules thermiques et sans énergie fossile. La science a évidemment ses limites, mais qu’il est tout de même possible de repousser grâce à l’«intelligence», autrement dit cette notion de smart. L’augmentation du nombre de véhicules électrifiés , mais également celle des habitations passives utilisant des pompes à chaleur et des panneaux photovoltaïques, ou encore la mise en place d’un réseau de transport en commun alliant des bus électrifiés et un réseau tramway vont faire grimper les besoins énergétiques du pays.

Creos, le gestionnaire du réseau d’électricité, s’est intéressé au sujet. Dans un récent rapport – Scenario Report 2040 – portant sur le futur développement du réseau luxembourgeois, il table sur un besoin en énergie du secteur des transports en 2040 de 29% de l’électri­cité annuelle, soit 1.850 GWh. De plus, selon les différents scénarios envisagés, la consommation d’énergie électrique est censée augmenter – entre 12% et 19% – jusqu’en 2040. Dès lors, la question de la montée en puissance de la mobilité électrique et de son intégration au réseau électrique se pose dès maintenant.

La réponse se trouve dans l’«intelligence» de l’utilisation de l’électricité. En prenant l’exemple de la mobilité électrique, il est possible de comprendre l’intérêt d’utiliser cette «intelligence». Si demain, toutes les voitures roulaient à l’électricité, le réseau électrique du pays aurait de très gros problèmes. Surtout si chaque automobiliste voulait brancher sa voiture le soir en rentrant du travail. «Au niveau de la distribution, il est clair que l’on ne peut pas donner à chaque ménage, en même temps, la capacité nécessaire pour charger les voitures électriques. Une certaine intelligence est essentielle pour gérer un parc automobile massivement électrifié. Dans le cas contraire, nous aurons des problèmes, assure Alex Michels, head of asset management de Creos ­Luxembourg. Le réseau n’a jamais été dimensionné pour un tel taux de voitures électriques.»

Pour autant, Alex Michels se veut tout de même rassurant sur le sujet. «Actuellement, sur un lotissement normal, le réseau est capable de supporter la charge de la moitié des voitures électriques pouvant s’y garer», confie Alex Michels. Dès lors, faut-il entreprendre de vastes travaux pour adapter l’ensemble du réseau? La réponse est négative. «Cela ne veut pas dire que demain, nous devrons redimensionner l’ensemble du réseau. Je souligne souvent qu’avec une certaine intelligence et un certain shift des chargements des voitures, les possibilités sont déjà énormes», insiste encore Alex Michels.

Le transport, aussi important que la distribution

Le développement de l’e-mobilité est donc beaucoup plus complexe que le simple fait de mettre à disposition des véhicules électriques et des bornes de recharge à domicile. Le gestionnaire du réseau veut éviter les pics de consommation énergétique tout en profitant autant que possible de l’apport des énergies renouvelables. «Le but n’est pas de voir tout le monde recharger sa voiture le soir en rentrant du travail, mais bien d’inciter à la recharge électrique pendant la journée, un moment où le réseau dispose d’une grande quantité d’énergie venant du photovoltaïque. C’est donc à ce moment-là que nous avons besoin de beaucoup de consommateurs afin d’utiliser la production solaire. La voiture électrique est le moyen le plus facile pour y parvenir, tout en évitant la congestion du réseau», explique le responsable de Creos.

Dès lors, on comprend la nécessité de développer un parc de bornes de recharge électrique vaste et efficace. L’année dernière, un peu moins de 400 bornes Chargy étaient déjà opérationnelles sur le territoire luxembourgeois. Actuellement, ce nombre est d’environ 600, et il doit monter à 800 d’ici la fin de l’année. À noter également l’installation, en début d’année, des deux premières bornes de recharge rapide (SuperChargy) au Kirchberg. D’ici trois ans, le pays devra en compter 88.

On l’aura compris, au niveau de la distribution, l’«intelligence» des réseaux aura un rôle majeur dans la capacité du pays à répondre aux besoins énergétiques de demain.

À côté de la distribution, Creos a également entrepris un investissement de 209 millions d’euros dans la modernisation de son réseau, et notamment d’une future ligne à très haute tension de 380 kilovolts (KV) afin d’améliorer le transport de l’énergie électrique. Présenté sous le nom de «Projet 380», il devrait voir le jour d’ici l’année 2026. «À terme, l’infrastructure existante, qui date des années 1960, ne sera plus en mesure de couvrir de façon sécurisée les besoins sans cesse croissants en électricité, dus au fort développement économique et démographique du pays. Ce nouveau projet de construction permettra de moderniser le réseau, de garantir la sécurité d’approvisionnement nationale et d’améliorer la qualité de vie de l’ensemble de la population», souligne la présentation du projet, disponible sur le site de Creos.

S’il doit améliorer le transport de l’énergie venant d’Allemagne, qui est le principal fournisseur énergétique du Luxembourg, ce projet s’évertue également à faire disparaître 225 pylônes électriques et près de 75 km de lignes aériennes à proximité des zones d’habitation.

Cet article a été rédigé pour l’édition magazine de  Paperjam datée de mars  qui est parue le 25 février 2021.

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