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La Chambre des métiers s’oppose à la «dérégulation» des taxis



L’abolition de la limitation du nombre de licences et des zones géographiques pour les taxis ne plaît pas à la Chambre des métiers, qui publie son avis sur le projet de loi. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

L’abolition de la limitation du nombre de licences et des zones géographiques pour les taxis ne plaît pas à la Chambre des métiers, qui publie son avis sur le projet de loi. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne)

La Chambre des métiers se dit en défaveur de l’abolition de la limitation du nombre de licences de taxis et du découpage en zones géographiques. Elle affirme que la libre concurrence existe déjà. Elle salue, en revanche, les efforts au niveau de la formation et de la réglementation des voitures de location avec chauffeur.

La Chambre des métiers a publié mardi 16 mars son avis sur la réforme des taxis . Elle vise à remédier au bilan «mitigé» de celle de 2016, qui devait renforcer la concurrence au bénéfice des clients. Pour  Tom Wirion , directeur général de la chambre professionnelle, plusieurs points posent problème, mais il propose aussi des alternatives pour un secteur qui compte 283 entreprises et 1.663 salariés.

La réglementation des voitures de location avec chauffeur (VLC)

Actuellement, l’usage des VLC est uniquement réglementé par l’article 56 bis du Code de la route, avec des règles trop imprécises par rapport au secteur des taxis, notamment en ce qui concerne les infractions, ainsi que l’absence des droits essentiels pour leurs clients. Le projet de loi prévoit donc de mieux les définir et d’aligner leurs droits et leurs devoirs à ceux des taxis. «Nous sommes très favorables à ce que les VLC soient réglementées», salue Tom Wirion.

Pour mieux les différencier, le projet dit que les VLC doivent être commandées une heure à l’avance, contrairement aux taxis que l’on peut héler directement. Un délai insuffisant, selon le directeur de la Chambre des métiers, qui souhaiterait le fixer à 12 heures à l’avance. «Quand on parle aux gens qui commandent des VLC, ils le font souvent la veille», justifie-t-il. Selon lui, cela éviterait une trop forte concurrence entre ces deux activités distinctes.

L’abolition des zones géographiques et de la limitation du nombre de licences de taxis

Dorénavant, chaque taxi devrait pouvoir opérer sur l’ensemble du territoire et ne plus se cantonner à l’une des six zones géographiques définies. Une des deux mesures de «dérégulation», avec l’abolition de la limitation du nombre de licences, pour «ouvrir la concurrence et diminuer le prix des courses». Sauf qu’il s’agit d’un «mauvais prétexte», selon lui. «On n’est pas contre la libre concurrence. Elle existe», estime-t-il, citant une réponse parlementaire de février 2019, qui dit qu’une course de 10 kilomètres en journée peut coûter entre 22,50 et 45 euros. «Il y a beaucoup de prix qui varient.» Et quand on compare ces chiffres à ceux de nos voisins, «il faut voir dans quel pays nous sommes», répond-il. «C’est un secteur qui a une convention collective pour ses salariés, le prix du taxi est aussi le résultat des coûts. On ne peut pas comparer le Luxembourg à d’autres pays. Les salariés gagnent plus au Luxembourg. Donc la main-d’œuvre se répercute aussi nécessairement dans le prix. C’est l’une des raisons, ce n’est pas la seule.»

Il craint que l’abolition des zones géographiques ait pour conséquence une désertification de certaines zones et un nombre trop important de véhicules dans des lieux comme la gare ou l’aéroport par rapport aux places de stationnement dédiées.

À la place de ces deux points, il parle d’une réduction des zones ou de plus de flexibilité pour l’octroi des licences. «Et il faut certainement mieux contrôler le secteur, ce qu’il réclame lui-même depuis de nombreuses années.»

Un examen obligatoire pour les conducteurs de taxi et de VLC

«Nous sommes d’avis que oui, il est important de travailler sur la qualité et l’accueil», commente Tom Wirion. Il se dit favorable à des cours pratiques, correspondant aux besoins. «Nous sommes en contact avec le ministère pour que cette formation soit la plus pratique et adaptée au secteur. Nous nous proposons de faire cela ici, à la Chambre des métiers.» Dans son avis, celle dernière regrette simplement la limite d’âge de 70 ans, qui «apparaît trop stricte et devrait être adaptée en fonction des capacités réelles de chaque conducteur, qui pourraient être appréciées par la médecine du travail».

Des normes environnementales à respecter

Le projet de loi sous avis fixe les valeurs environnementales des taxis et des VLC à l’identique, avec une limite maximale d’émissions de CO2 de 150g/km, ce qui correspond à la limite fixée par la loi actuelle pour les taxis. Il réduit cette limite à 95g/km en cas de flotte de véhicules, c’est-à-dire à partir de deux taxis ou de deux VLC appartenant à un même exploitant. Tom Wirion qualifie cela d’«hors sujet». «Nous considérons que la loi qui régit une activité n’a pas vraiment à se prononcer sur les valeurs d’émissions de CO2

La nouvelle limite pour les flottes serait-elle trop difficile à respecter? «Il y a des efforts qui sont faits. Mais si on suivait le projet de loi tel quel, ce serait quand même compliqué. Les entreprises ont investi dans des véhicules. Il faut pouvoir amortir ces investissements.»

Une demande possible d’un report d’une année

Maintenant qu’elle a envoyé son avis, la Chambre des métiers attend que le ministre de la Mobilité, François Bausch  (déi Gréng), l’analyse. Et espère une entrevue «pour voir s’il y a des ouvertures possibles». La nouvelle loi est censée entrer en vigueur le 1er janvier 2022. Si les doléances de la Chambre des métiers ne sont pas prises en compte, cette dernière demande que cette date soit décalée d’un an, au 1er janvier 2023. Les deux abolitions constitueraient «un changement fondamental du modèle d’affaires. Faire cela en pleine pandémie, avec des entreprises fragilisées, notamment par le manque de tourisme et de tourisme d’affaires, ce n’est pas possible. Elles sont en train d’essayer de survivre.» En espérant qu’en 2022, «on retrouve une année d’avant-Covid, et que les entreprises aient le temps de s’organiser».

Il n’envisage en tout cas pas, à court terme, l’arrivée de plateformes concurrentes telles qu’Uber . «Son modèle d’affaires ne serait pas transposable comme cela au Luxembourg. Est-ce qu’il va l’adapter pour investir au Luxembourg, je ne sais pas.»