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Réforme de la loi sur les taxis

Uber, toujours plus près du Luxembourg



Quatre ans après, la réforme des taxis n’a pas permis de faire baisser les prix. Le ministre dégaine donc une nouvelle réforme, qu’il avait déjà promise il y a deux ans. (Photo: Shutterstock)

Quatre ans après, la réforme des taxis n’a pas permis de faire baisser les prix. Le ministre dégaine donc une nouvelle réforme, qu’il avait déjà promise il y a deux ans. (Photo: Shutterstock)

Uber et les sociétés de location de voitures avec chauffeur se rapprochent du Luxembourg, qui avait jusqu’ici verrouillé le marché en faveur des taxis. La réforme de 2016 n’a pas produit les effets attendus par le ministre de la Mobilité, François Bausch.

«Je ne peux pas encore ignorer pendant 10 ans que certains ne souhaitent que garder un monopole, et pouvoir ainsi demander des prix exorbitants.» Près de deux ans après sa «menace» à peine voilée, le ministre de la Mobilité, François Bausch (Déi Gréng), l’a mise à exécution. Ce vendredi, le conseil de gouvernement a adopté son nouveau projet de réforme, quatre ans après le dernier, du secteur des taxis.

Pourquoi? Parce que la réforme de 2016 n’a pas donné les effets escomptés. Les prix, déjà parmi les trois plus élevés du monde au kilomètre, n’ont pas baissé, mais augmenté, comme ils avaient augmenté de manière spectaculaire en 20 ans. Entre 1999 et 2019, les prix des taxis luxembourgeois ont augmenté de 86,5% (soit 3,2% par an), contre +26% en France et +36% en Belgique… Une course moyenne valait 20,67 euros à Luxembourg-ville, contre 11,13 euros à Bruxelles, ou 11,77 à Paris, où, certes, les chauffeurs ont longtemps été beaucoup plus désagréables.

Les tarifs ont même augmenté plus vite pour les clients (+11,3% entre mars 2017 et juin 2019) que les charges pour les entrepreneurs (+6,1%).

Entrée en vigueur attendue le 1er janvier 2022

La nouvelle réforme, dont l’entrée en vigueur est attendue pour le 1er janvier 2022, commence par faire sauter les six zones. Logique, les compagnies de taxis ne se battaient que pour les licences de la capitale, tandis qu’au nord du pays, les trois quarts des 550 licences pour le pays n’étaient même pas attribuées.

Ensuite, elle aligne les véhicules avec chauffeur et les taxis, ce qui ne dit pas clairement comment les VTC seront considérés, mais la porte-parole du ministre confirme à Paperjam qu’effectivement, cela rapproche Uber d’une présence au Luxembourg, «s’ils remplissent toutes les conditions sociales du Luxembourg, cotisations sociales incluses», ce qui est justement toujours le même point d’achoppement entre la société américaine et le ministre des Transports.

Cette position est celle que le ministre a toujours défendue. Sauf qu’Uber, condamnée en France pour des clauses abusives au détriment de ses clients, s’est tout juste sortie, comme Lyft, du guêpier californien… et que les deux entreprises ont accepté de payer leurs chauffeurs au salaire social minimum, ainsi que les cotisations sociales. Et sans surprise, les deux sociétés ont directement répercuté ces nouveaux coûts sur les tarifs pratiqués envers leurs clients.

La nouvelle réforme va quand même plus loin, en exigeant que les nouveaux acteurs du transport de personnes se conforment à tous les pans du droit du travail, ou soient obligés de soumettre leur véhicule au contrôle spécifique de la Société nationale de circulation automobile.

Enfin, la nouvelle réforme prévoit un examen d’entrée pour les nouveaux chauffeurs, de taxi ou de VTC, et une limite d’âge des chauffeurs (70 ans).

Le temps des hommes d’affaires qui arrivaient à la gare de Luxembourg ou au Findel et qui passaient, sans s’en soucier, le prix de leur course sur leurs notes de frais est révolu.