ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Poêles à bois, isolation, bioéthanol…

Ces business boostés par la hausse des prix de l’énergie



Poêles à pellets, à bois, pompes à chaleur… Les consommateurs investissent pour réduire leur facture de gaz. (Photo: Shutterstock)

Poêles à pellets, à bois, pompes à chaleur… Les consommateurs investissent pour réduire leur facture de gaz. (Photo: Shutterstock)

La hausse des coûts de l’énergie pousse les consommateurs à investir dans d’autres moyens de se chauffer. La demande de poêles à bois a, par exemple, explosé dans les entreprises de vente et d’installation. 

+56,9% en un an pour tous les produits pétroliers selon le Statec en mars 2022, +106% pour le gasoil de chauffage entre le 1er juillet 2020 et le 28 février 2022 selon la Chambre des salariés (CSL). Face à l’explosion des prix de l’énergie, les consommateurs cherchent des alternatives. Ce qui profite à certains segments commerciaux.

Notamment celui des installateurs de poêles à bois. «Avant, on faisait seulement trois ou quatre installations par an. Maintenant, c’est quatre fois plus», résume Johan Gries, responsable de Gries Frères. Le chiffre d’affaires, qui variait habituellement entre 140.000 et 170.000 euros, a dépassé les 230.000 euros en 2021. Et au cours du premier trimestre  2022, «on est déjà à 10.000 euros de plus que l’année dernière». Les deux frères responsables de l’entreprise familiale emploient une personne en CDD. «Si la demande reste aussi forte, nous allons pouvoir le pérenniser, voire embaucher une ou deux personnes en plus dans les deux ans», prévoit Johan Gries.

Un intérêt nouveau des Luxembourgeois pour les poêles à bois

«Nous travaillons en France, Luxembourg et Belgique. Lors des précédentes hausses des prix de l’énergie, nous recevions surtout des appels de clients français et belge. Depuis la fin d’année dernière, ils sont aussi Luxembourgeois car ceux-ci ont vu leurs avances de gaz augmenter.» Le poêle à bois n’est donc plus seulement là pour «faire beau», mais représente un supplément voire une alternative au chauffage au gaz pour réduire la facture. «Avec le bois, on peut avoir une certaine indépendance au niveau du combustible», analyse-t-il.

Il faut compter «entre 5.000 et 10.000 euros» pour installer un poêle à bois ou à pellets. «On nous demande  les deux de manière égale. Les pellets auront plutôt le côté pratique. Ceux qui cherchent l’esthétique de la flamme choisiront le bois». Dans tous les cas, la forte demande au niveau mondial a fait exploser les délais. Qui sont passés d’une semaine à six mois.

Les prix augmentent pour toutes les énergies.

Sarah Juchems,  Responsable du conseil,  Klima-agence

Les prix des poêles ont également augmenté, d’environ «10-12% en un an», complète Jean-Sebastien Koch, responsable de Cottyn-Kieffer. Alors que la demande a «doublé» pour cette entreprise. Le chiffre d’affaires a ainsi augmenté «d’environ 30%».

Leur installation coûte entre 6.000 et 7.000 euros pour une gamme qui se veut «premium». L’entretien consiste ensuite en un ramonage annuel, à environ 150 euros. Attention cependant, car en cas d’utilisation constante, ce qui est «de plus en plus souvent le cas», l’entreprise conseille de ramoner tous les six mois.

Les particuliers se sont également tournés vers les panneaux photovoltaïques. La demande a presque doublé pour les entreprises spécialisées qui témoignent dans cet article.

Pompe à chaleur et isolation

D’autres choisissent la pompe à chaleur, même si «cela vaut le coup surtout pour de nouvelles constructions, ou des rénovations complètes», explique l’entreprise Baumert. Qui annonce un coût de «30.000 à 40.000 euros». Malgré tout, elle note une hausse des appels de particuliers – entre trois et quatre par semaine – qui se renseignent sur le sujet depuis environ un mois.

Avant d’investir dans le chauffage, il faut aussi investir dans l’isolation, pour éviter les pertes énergétiques. «Nous avons beaucoup plus de demandes», témoigne l’entreprise 3D Concept services, «pour du double ou triple vitrage. Je ne peux pas dire qu’on a fait fois deux, mais on n’est pas loin». Les clients sont aussi «plus pressés de signer» en raison de la hausse des prix. «La semaine dernière, ils ont encore augmenté de 7% pour tout ce qui est aluminium, PVC.»

Chez Isomontage isolation, la croissance de la demande «dure déjà depuis quelques mois», ajoute son directeur, Jean-Claude Wauters. Mais il regrette que les particuliers ne reçoivent «pas assez d’aides étatiques» pour investir à ce niveau. Il faut compter jusqu’à «150 euros par mètre carré» à isoler, calcule-t-il.

Un investissement à calculer au cas par cas

Alors, dans quoi vaut-il mieux investir? «Chaque situation est différente», avertit Fenn Faber, directeur de la Klima-agence. En fonction de la «localisation, de la situation technique du bâtiment, du budget». D’autant que «les prix augmentent pour toutes les énergies», rappelle la responsable du conseil, Sarah Juchems. Le prix du bois aussi. Avant de changer de système de chauffage, il faut donc modifier certains comportements pour réduire sa consommation, en «diminuant la température» par exemple. Mais aussi investir dans l’efficience énergétique du bâtiment.

Dans le cadre d’une nouvelle construction, le standard comprend «idéalement, une pompe à chaleur avec de la géothermie», résume Fenn Faber. En plus de panneaux photovoltaïques, on atteint la combinaison «parfaite».

C’est plus compliqué pour les constructions existantes. Les panneaux photovoltaïques et le poêle à bois peuvent en tout cas être complémentaires. Dans le premier cas, «on produit et on injecte dans le réseau», précise le directeur de l’agence. L’investissement est rentabilisé au bout de «10 à 12 ans» sur base de la prime de réinjection. Le poêle à bois ou à pellets peut de son côté venir comme solution complémentaire pour diminuer la facture de gaz, même si l’agence le conseille plutôt en zone rurale, car en zone urbaine, il détériore la qualité de l’air. Certaines réglementations sont également à respecter. La rentabilité est ici plus difficile à calculer pour les deux spécialistes, puisque les prix des modèles varient fortement et que l’efficacité énergétique dépend de plusieurs facteurs, comme sa connexion ou non au système central.

Qu’en est-il des éoliennes? «D’un point de vue technique et économique, jusqu’à présent, nous ne sommes pas convaincus que cela ait un sens» pour les particuliers. Ce sont plutôt de «grands projets», note Fenn Faber.

Même des clients luxembourgeois nous appellent parce qu’ils ont vu leurs avances de gaz augmenter.

Johan Gries,  Responsable,  Gries Frères

La question se pose aussi pour la consommation de carburant. L’entreprise Auto racing constate un «gros boom» de la demande de conversion de véhicules au superéthanol E85. Même si les clients sont «80% de Français», les autres des résidents luxembourgeois proches de la frontière. Ce carburant composé jusqu’à 85% de bioéthanol ne se trouve pas au Luxembourg mais permet de diviser par deux le coût d’un plein selon l’entreprise, alors que le prix de la reconversion s’élève à 800 euros. «En 13 pleins, elle est rentabilisée», calcule le gérant, Samuel Duca.