POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Blocage à Westminster

Brexit: Johnson forcé de demander un délai à Bruxelles



Jeudi à Bruxelles, Boris Johnson caressait encore l’espoir de convaincre samedi les députés britanniques de se prononcer en faveur de l’accord trouvé avec l’UE. (Photo: Commission européenne/Services audiovisuels)

Jeudi à Bruxelles, Boris Johnson caressait encore l’espoir de convaincre samedi les députés britanniques de se prononcer en faveur de l’accord trouvé avec l’UE. (Photo: Commission européenne/Services audiovisuels)

Un amendement déposé par un député de son propre camp et approuvé par une majorité de députés britanniques a contraint le Premier ministre, Boris Johnson, à demander un report du Brexit à Bruxelles. Du moins en apparence.

C’est l’histoire d’un feuilleton sans fin. Alors qu’un vote historique était attendu samedi à la Chambre des communes – le Parlement britannique – sur l’accord décroché jeudi entre les représentants du gouvernement britannique et les autorités européennes  sur les modalités de sortie du Royaume-Uni au 31 octobre , un nouveau coup de théâtre s’est déroulé.

Le vote sur l’accord a finalement été ajourné. En cause? L’amendement «Letwin», du nom du député Oliver Letwin qui est issu du propre camp de Boris Johnson. Cet amendement (adopté à 322 voix contre 306) demande un report du Brexit le temps que toute la législation nécessaire à sa mise en œuvre soit adoptée.

Conséquence en cascade, le «Benn Act» est entré en vigueur. Il oblige le Premier ministre à demander à Bruxelles un report du Brexit du 31 octobre 2019 au 31 janvier 2020 si aucun accord de sortie n’est trouvé. Du nom du député travailliste Hilary Benn qui l’avait déposé début septembre et qui avait remporté l’adhésion d’une majorité de députés, cet acte qui, à force de loi, a été pensé par le député pour que le pays sorte sans accord.

Trois courriers à Bruxelles

Boris Johnson s’est donc exécuté. Et les autorités européennes ont accusé réception de la demande. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, voit donc sa fin de mandat à nouveau bousculée par le Brexit. Il va devoir entamer une série de nouvelles discussions avec les leaders européens.

Pas sûr qu’un nouveau délai recueille leurs faveurs si l’Europe veut rester crédible face à une classe politique britannique incapable de s’entendre.

Mais c’est en réalité trois lettres qui ont été envoyées, selon Le Monde, qui mentionne différentes sources au sein des services de Downing Street, le cabinet du Premier ministre britannique.

La première lettre n’est pas signée par Boris Johnson. Il s’agit simplement «d’une photocopie du modèle intégré au Benn Act, sans y apposer sa signature», indiquent nos confrères.

La deuxième, signée de sa main, rappelle qu’il veut éviter à tout prix un nouveau délai. La troisième est rédigée l’ambassadeur britannique auprès de l’UE, Tim Barrow. Elle mentionne que la demande de report n’est effectuée que pour se conformer au «Benn Act».

Cet énième revirement va-t-il provoquer un nouveau référendum sur le Brexit? Les milliers de manifestants réunis samedi à Londres voulaient y croire. Cela va-t-il pousser l’organisation de nouvelles élections? Le Brexit aura définitivement apporté jusqu’ici plus de questions que de réponses concrètes.

Jeudi, Jean-Claude Juncker pensait avoir réalisé le plus difficile,  à savoir finaliser un accord qualifié de «juste» et «équilibré» . Mais l’abnégation du président de la Commission européenne et du négociateur en chef pour l’UE, Michel Barnier, n’aura pas été entendue à Westminster, qui reste décidément la Chambre de toutes les surprises.