PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Résultats annuels

Les banques gardent le cap



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Les banques luxembourgeoises se plaignent depuis plusieurs années des taux d’intérêt très bas, voire négatifs, lorsqu’elles doivent placer des liquidités auprès de la BCE. (Photo: Shutterstock)

Les cinq grandes banques retail du pays ont récemment publié leurs résultats annuels. Pas de quoi paniquer, même si certaines ont vu leur bénéfice reculer. Premier bilan.

Comme leurs consœurs européennes, elles se plaignent depuis plusieurs années des taux d’intérêt très bas, voire négatifs, lorsqu’elles doivent placer des liquidités auprès de la Banque centrale européenne. Et dans ce con­texte qui rabote leur capacité bénéficiaire, elles doivent continuer à investir pour répondre aux deman­des de leurs clients en nouvelles solutions digitales et respecter les exigences réglementaires.

L’année 2018 a encore été bien chargée à ce niveau avec la mise en œuvre de Mifid II et du RGPD, qui vise au respect de la vie privée. Mais à la différence de leurs consœurs étrangères, les cinq grandes ban­ques commerciales du Luxem­bourg ont l’habitude de passer entre les gouttes. Et restent largement bénéficiaires à l’heure de présenter, chacune, leur bilan pour l’an dernier.

ING a même annoncé, le 15 mai dernier, une année record. Celles qui ont vu leur bénéfice reculer – BGL BNP Paribas et la Spuer­keess­ – pointent en premier lieu le changement de norme comptable. L’ensemble des résultats annuels ayant été publié, c’est l’occasion de tirer quelques conclusions.

Crédits et dépôts

Le Luxembourg restant un pays économiquement privilégié, les grandes banques retail ont globalement vu leur activité commerciale progresser sur l’année 2018. Les chiffres des crédits et dépôts sont généralement en hausse. Au sein de l’activité de prêts, c’est encore le crédit immobilier qui se taille la part du lion. ING annonce, par exemple, une hausse de 15%.

La BCEE affiche une progression de 7,6%, alors que Raiffeisen note une évolution favorable de 12% au niveau des crédits immobiliers accordés à la clientèle professionnelle. Les taux d’intérêt bas y sont évidemment pour quelque chose. De nombreux ménages perçoivent l’opportunité d’acquérir un bien ou de renégocier un ancien prêt à un taux plus favorable.

Mais, les banquiers le déplorent, ils peuvent de moins en moins compter sur cette activité classique des banques pour assurer leur rentabilité avec taux plancher. «Avec l’évolution actuelle des taux d’intérêt, le modèle ancien, par lequel la banque assurait sa marge par la transformation sur les taux d’intérêt à partir de dépôts à court terme et de crédits à moyen terme, est révolu», expliquait récemment Geoffroy Bazin , CEO de BGL BNP Paribas, dans nos pages.

La banque privée

Pour garantir un niveau correct de bénéfice, les grandes banques généralistes misent notamment sur le développement des activités de banque privée. Pour s’imposer sur ce marché, BGL BNP Paribas a racheté et intégré en 2019 les activités de gestion de fortune d’ABN Amro Luxem­bourg. Une opération qui lui a permis d’accroître ses actifs sous gestion de 23%.

Lancée en 2017 seulement chez Raiffeisen pour élargir le spectre d’activité, la banque privée joue son rôle. En 2018, la banque coopérative a enregistré une hausse de 64% de ses con­trats, alors que ses actifs sous gestion ont grimpé de 70%. Dans ce créneau, Colette Dierick , CEO d’ING Luxembourg, pointe l’intérêt de miser sur les crédits accordés aux grandes fortunes. En quatre ans, la banque a connu une croissance de 85% dans ce segment.

Le changement de norme comptable

Depuis le 1er janvier 2018, les banques ont dû revoir leurs calculs pour adopter la nouvelle norme comptable IFRS 9. Un changement qui a occasionné des dégâts chez certaines dans la ligne du résultat final. À la Spuerkeess, on estime qu’il s’agit d’une des causes qui expliquent la diminution de 11,5% du produit bancaire total.

«À partir de l’exercice 2018 sous cette nouvelle norme comptable, la Spuerkeess a l’obligation d’évaluer un éventail plus large d’instruments financiers à la valeur de marché par le compte de résultat; ceci engendre ainsi un accroissement de la volatilité de son compte de résultat», expliquait la banque dans son communiqué des résultats 2018.

Par contre, certains revenus ont dû être comptabilisés en fonds propres, ce qui améliore son ratio de solvabilité. BGL BNP Paribas explique aussi avoir vu ses chiffres de 2018 se dégonfler après le passage à cette nouvelle norme. Il a contribué pour 4% dans la baisse du bénéfice, qui a subi une chute de 7,4%.

Les frais généraux

Au cours des dernières années, le monde bancaire a subi une hausse régulière du total de ses coûts. Les causes sont diverses, mais de manière générale, les dirigeants évoquent des investissements dans les nouveaux outils digitaux et les nouvelles obligations réglementaires, afin de mieux contrôler le secteur.

L’afflux de réglementations contraint en effet à rechercher des profils supplémentaires dans la compliance et le risk management. L’offre se faisant de plus en plus rare, les salaires proposés deviennent de plus en plus élevés. À la BCEE, les frais généraux ont augmenté de 4,3%, à 342,3 millions d’euros.

«75% de nos frais généraux sont liés aux salaires», nous a précisé Françoise Thoma , la directrice générale, en marge de la publication des résultats. «La progression des frais est liée à l’évolution des carrières, à l’in­tro­duction du compte épargne-temps, qui nous impose des provisions, et au renforcement des effectifs.» Chez BGL BNP Paribas, ils progressent de 11,8%, chez Raiffeisen de 3,9%, à la Bil de 1%, et chez ING de 4%.

La solvabilité

Depuis la crise bancaire de 2008-2009, les exigences de fonds propres ont été fortement relevées. La réglementation de Bâle III place la barre à un ratio de 10,5% de fonds propres par rapport aux montants prêtés. Les banques luxembourgeoises, de manière générale, sont suffisamment capitalisées.

Dans son étude Banking in Luxembourg 2018, PwC indique un ratio de solvabilité moyen des institutions bancaires luxembourgeoises de 24,8% en 2016, et 25,9% en 2017. Selon les résultats récemment publiés pour l’année 2018, ils restent largement supérieurs aux exigences définies par Bâle III.

Chez ING, le chiffre est de 26%. La BCEE pointe à 22,7%, BGL BNP Paribas à 22,6% et la Bil à 15,6%. Les banques grand-ducales sont donc solides, ce qui leur permet d’engager de nouveaux investissements pour le futur.