PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Paperjam Top 100 

2 – Françoise Thoma: «Un besoin de leaders à visage humain»



Françoise Thoma cherche à mettre en avant la créativité, dans la banque comme dans sa vie privée. (Photo: Andrés Lejona/Maison Moderne)

Françoise Thoma cherche à mettre en avant la créativité, dans la banque comme dans sa vie privée. (Photo: Andrés Lejona/Maison Moderne)

Françoise Thoma affiche un style qui lui est propre à la tête de la Spuerkeess. Elle se dit à l’écoute des collaborateurs de la banque et a ressenti, en ces temps troublés, un plus grand besoin de leadership de la part de ces derniers.

Vous êtes une habituée des places d’honneur du Top 100. C’est important pour vous?

Françoise Thoma. – «Je regarde ce classement avec beaucoup d’humilité, mais c’est une belle reconnaissance, effectivement. La Spuerkeess occupant une place centrale dans l’économie luxembourgeoise, il n’est pas anormal que je me retrouve régulièrement au cœur de ce Top 100, mais j’essaie surtout d’être constante et stable dans l’exercice de mes responsabilités, et de donner toujours le meilleur de moi-même.

Diriger une entreprise était un but pour vous?

«Ce n’était pas un but lorsque j’ai entamé ma vie professionnelle. Mais ce n’est pas un hasard non plus. C’est une voie qui s’est ouverte au fur et à mesure de l’évolution de ma carrière. J’apprécie le fait d’exercer des responsabilités. J’aime gérer des dossiers et être responsable d’hommes et de femmes. Gérer une entreprise et le personnel qui la compose est pour moi un honneur.

Est-ce que, en ces temps troublés, le besoin de leadership devient encore plus important?

«Oui, absolument. On sent dans l’entreprise que les gens ressentent vraiment un besoin de leadership. Mais ce mot prend aujourd’hui une nouvelle dimension, il est de plus en plus rempli de substance. Il ne s’agit plus uniquement d’être à la tête d’une hiérarchie. Les gens sont surtout à la recherche de leaders qui affichent un visage humain.

Être un leader ne veut pas dire être infaillible, mais essayer de comprendre les besoins de l’entreprise et des personnes qui y travaillent. Cette période génère des sentiments d’angoisse et d’insécurité chez un nombre non négligeable de personnes, ce qui rend le leadership d’autant plus important. Les leaders de l’entreprise à tous les niveaux doivent être conscients de cela. Tous les responsables d’équipe doivent se montrer disponibles pour leurs collaborateurs. Cette prise de conscience sera sans doute un des effets bénéfiques de cette crise.

L’entreprise est aujourd’hui un acteur sociétal qui a une responsabilité morale et éthique dans une société.
Françoise Thoma

Françoise Thoma,  directrice générale,  Spuerkeess

Est-ce que le fait d’avoir de l’influence entraîne des responsabilités vis-à-vis de la collectivité?

«Bien entendu. L’entreprise est aujourd’hui un acteur sociétal qui a une responsabilité morale et éthique dans une société. On le constate d’ailleurs à travers l’importance que prennent des notions telles que le développement durable et les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Les citoyens sont bien conscients de cette responsabilité, et une société qui se veut durable ne peut pas l’ignorer. C’est peut-être paradoxal, mais cette responsabilité me semble encore plus évidente dans un petit pays comme le Luxembourg, où tout le monde se connaît et où les responsables ont un visage.

Vous êtes à la tête d’une des entreprises préférées des Luxembourgeois.Quel sentiment cela vous apporte-t-il?

«Un mélange de responsabilités et de fierté. Nous avons effectivement été reconnus en tant que marque préférée des Luxembourgeois dans le secteur financier . Les gens nous reconnaissent des atouts tels que l’intégrité, la solidité et la compréhension du client. Pour nous, cela crée une grande responsabilité. Nous avons d’ailleurs réorienté récemment notre image de marque pour encore mieux illustrer ce lien avec la population qui vit ou travaille au Luxembourg.

Y a-t-il autant de place pour la créativité et l’audace dans une banque contrôlée par l’État plutôt que par un actionnaire privé?

«Je dirais même qu’il y a plus de liberté pour la créativité positive, car notre propriétaire a une vue holistique de la création de valeur. Cela étant, créativité ne signifie pas prise de risque. Quand on a la chance d’avoir un actionnaire, public ou privé, qui est capable de voir la valeur de son entreprise au-delà du seul rendement financier, cela offre un champ de créativité beaucoup plus important.

Lorsque l’on met en avant le fait que vous êtes une «femme» influente, ça vous flatte ou ça vous embête?

«Ni l’un ni l’autre, en fait [rires]. Je suis une femme, j’ai mon style, mais j’exerce ce métier en tant que personne avec les traits de ma personnalité, qui est féminine. Je ne sais pas en quoi mon style aurait été différent si j’avais été un homme.

Et comment, alors, définiriez-vous votre style de management?

«Je suis ouverte à des propositions externes et j’écoute les autres. Le monde est devenu bien trop complexe pour qu’on prétende tout connaître. Je prends en compte l’avis de mes collègues avant la prise de décision, qui est très souvent commune, mais qui, évidemment, parfois, me revient en dernier lieu. Mais j’ai mes points de vue, et je les exprime et les explique. Je pense avoir un style inclusif et démocratique, mais mes responsabilités m’obligent aussi à prendre des décisions, et cela ne me fait pas peur.

Une crise telle que celle que nous connaissons ne peut pas être solutionnée par le capital seul, même si elle réclame des moyens importants.
Françoise Thoma

Françoise Thoma,  directrice générale,  Spuerkeess

Vous lisez des livres de management?

«J’en lis, mais je ne les prends jamais comme des ‘bibles’ à suivre à la lettre. C’est une source d’inspiration. C’est toujours intéressant de voir ce que certains ont vécu ou ce que des experts académiques ont établi de manière plus scientifique. Mais je suis assez éclectique, je ne suis donc pas la femme d’une seule doctrine ni d’un programme strict. Il faut avoir des sources d’inspiration, mais, à la fin, construire sa propre philosophie.

Si vous n’aviez pas été banquière, qu’auriez-vous aimé faire?

«Au départ, j’ai appris le métier d’avocat et je l’ai exercé pendant plusieurs années. J’aime argumenter et débattre d’un sujet. Mais je ressens aussi un intérêt particulier pour les métiers créatifs. J’aurais donc très bien pu apprendre un métier comme joaillier ou fleuriste, qui allie la création et l’esthétique. Un de mes loisirs est d’ailleurs la photographie de paysages; tout ce qui se passe dans la nature m’attire énormément. Être à la tête d’une banque n’empêche pas les loisirs créatifs.

Qu’est-ce qui influence le plus le cours du monde? Le capital ou la politique?

«Bonne question… Le capital avait dans de nombreux pays pris le dessus depuis un certain temps, mais les événements récents ont remis la politique au centre du jeu. Une crise telle que celle que nous connaissons ne peut pas être solutionnée par le capital seul, même si elle réclame des moyens importants. Les événements actuels exigent beaucoup de doigté et d’agilité politiques – en prenant la politique au sens noble du terme, celui de la direction de la Cité, devenue un écosystème mondial unique.»

François Thoma obtient la 2e position dans le classement du Paperjam Top 100 2020, présenté dans le numéro de janvier 2021 du magazine Paperjam, en kiosques à partir du 17 décembre.

Ce que dit le jury de François Thoma

Elle est reconnaissable par son énergie déterminée à promouvoir les idées du changement et la nécessité de se réinventer.
Jury du Paperjam Top 100 

Jury du Paperjam Top 100 

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