POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Vaccination contre le Covid-19

Vers une pénurie de seringues?



L’entreprise de matériel médical Medirel Medtech est confiante quant à la livraison de 500.000 seringues au gouvernement pour accompagner la campagne de vaccination dans les temps. Un avis qui diffère dans certains hôpitaux, qui parlent de pénurie. (Photo: SIP / Julien Warnand)

L’entreprise de matériel médical Medirel Medtech est confiante quant à la livraison de 500.000 seringues au gouvernement pour accompagner la campagne de vaccination dans les temps. Un avis qui diffère dans certains hôpitaux, qui parlent de pénurie. (Photo: SIP / Julien Warnand)

L’approvisionnement en seringues est sous contrôle selon Medirel Medtech, qui a déjà reçu un cinquième des 500.000 commandées par le gouvernement pour vacciner contre le Covid-19. Les hôpitaux, qui doivent se fournir eux-mêmes en matériel, craignent de leur côté une pénurie. 

86.400 premières doses de vaccins contre le Covid-19 devraient être arrivées d’ici la fin du mois de mars 2021 au Luxembourg. Mais qu’en est-il des seringues et des aiguilles servant à l’injecter?

Interrogé à ce sujet, le ministère de la Santé n’a pas pu nous répondre pour le moment. Mais selon Medirel Medtech, qui assure fournir le gouvernement en seringues, tout est sous contrôle: «L’approvisionnement ne pose aucun problème. Il n’y a pas de manque de seringue», affirme son directeur, Guido Tomassini.

«Nous avons eu une commande de 500.000 seringues de la part du ministère. Nous en avons déjà livré plus de 60.000.» 48.000 autres sont arrivées vendredi 15 janvier, pour être livrées la semaine suivante. Un contrat à 30.000 euros au total. Cela concerne uniquement les seringues, sans les aiguilles, pour qui le ministère a fait appel à un autre fournisseur. «Peut-être B. Braun en Allemagne», devine Guido Tomassini.

Il n’y a pas de manque de seringue

Guido Tomassini,  Directeur,  Medirel Meditech

Les premières seringues reçues par Medirel Medtech viennent d’un fabricant européen, mais ont un «volume mort» (environ 0,07 millilitre de vaccin perdus) alors que les secondes, à la demande du gouvernement, n’ont pas de volume mort et viennent d’un producteur américain. Les seringues sans volume mort, ou en tout cas avec un faible volume mort (inférieur à 0,035 millilitre), sont en effet conseillées par Pfizer-Biontech car elles permettent d’économiser une partie du liquide et d’obtenir six doses de vaccin au lieu de cinq. Mais d’après Guido Tomassini, celles avec volume mort issues de la première commande le permettent déjà «la plupart du temps». Le gouvernement va donc pouvoir tester les deux options avant de choisir lesquelles seront privilégiées pour la suite.

Les livraisons de seringues ne devraient en tout cas pas être moins rapides que celles en vaccins, assure Guido Tomassini. «Il ne peut pas y avoir de pénurie car même s’il n’y en n’a plus sans volume mort, il y en aura toujours avec volume mort». Il n’a pas non plus remarqué d’augmentation des prix sur le marché. Une seringue lui coûte en moyenne 6 centimes.

Une pénurie d’ici «deux ou trois mois»

Le gouvernement centralise les commandes en vaccins avant de les redistribuer aux hôpitaux du pays (975 doses ont déjà été livrées, 975 autres doivent arriver le 18 janvier, pour pouvoir vacciner d’abord 3.900 personnes, avant la totalité du personnel, soit 12.000 employés). Mais ce n’est pas le cas pour les dispositifs permettant de l’injecter, et chacun s’approvisionne de son côté.

Les Hôpitaux Robert Schuman peuvent compter sur une «supply chain mondiale» et beaucoup d’anticipation selon leur directeur administratif, Michel Schuetz. «J’ai commandé énormément de seringues», assure-t-il, préférant garder le nombre confidentiel. «Mais je peux déjà vous dire que beaucoup de grossistes sont en rupture de stock. Je vais directement au producteur. Pas nécessairement en Europe». Un discours bien différent de celui de Medirel Medtech qui parle d’un marché stable… «Les seringues vont être les prochains masques», prévoit ainsi Michel Schuetz. Il craint une pénurie d’ici «deux ou trois mois», à laquelle ses stocks lui permettraient d’échapper.

Les seringues vont être les prochains masques

Michel Schuetz,  Directeur de l’Administration,  Hôpitaux Robert Schuman

Parmi les plus gros producteurs de seringues, l’entreprise américaine BD (Becton Dickinson) a par ailleurs annoncé en décembre avoir reçu plus d’un milliard de commandes. L’entreprise a prévu un investissement de 1,2 milliard de dollars sur quatre ans pour étendre et moderniser ses capacités de production, afin de «poursuivre la croissance de nouveaux médicaments et vaccins injectables, mais aussi de répondre à la demande accrue de seringues pré-remplies en période de pandémie.»

Des prix qui commencent à gonfler

Depuis sa grosse commande datant de décembre, Michel Schuertz a également constaté une croissance de 15% des prix. Selon lui, il faut compter entre 70 centimes et un euro par personne vaccinée, puisque l’établissement utiliser différentes aiguilles pour percer le bouchon, pour la préparation et pour l’injection, par mesure d’hygiène. «Je prédis une hausse des prix de 50% dans les trois ou quatre mois à venir».

Cela vaut encore plus pour les fameuses seringues à faible volume mort recommandées par Pfizer et BioNTech. Même avec le bon matériel, «il n’est pas évident d’extraire la sixième dose», ajoute Michel Schuertz. Ce sont les préparateurs en pharmacie, déjà formés, qui s’en occupent à l’hôpital. «Cela demande de la patience et de la dextérité. On ne réussit pas à toutes les bouteilles mais on essaie». En moyenne, les équipes récupèrent 5,6 doses par flacon.

Lors de la première semaine de vaccination , environ 300 salariés ont pu recevoir l’injection. La prochaine devra voir 120 vaccinations par jour pour atteindre un total de 3.704 personnes avant la fin du mois de mars. Même si, plus que les seringues, ce sont les doses de vaccins qui inquiètent le responsable administratif. «Nous avons seulement les doses pour 1.700 personnes pour l’instant».

Au CHEM, où 1.980 employés et 260 médecins pourraient être vaccinés s’ils sont volontaires, «c’est très compliqué» de se procurer seringues et aiguilles. «Nous craignons une pénurie». L’établissement utilise une aiguille et une seringue par personne et réussit à extraire six doses par flacon.