POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Jens Kreisel, vice-recteur recherche à l’Uni

«L’Uni est une véritable université de recherche»



Né en Allemagne, Jens Kreisel a également étudié en France où il a dirigé le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) de Grenoble avant de rejoindre le CRP-Lippmann, devenu le List, et de devenir vice-recteur à la recherche en 2018. (Photo: Université du Luxembourg)

Né en Allemagne, Jens Kreisel a également étudié en France où il a dirigé le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) de Grenoble avant de rejoindre le CRP-Lippmann, devenu le List, et de devenir vice-recteur à la recherche en 2018. (Photo: Université du Luxembourg)

L’Uni vient d’accueillir son 1.000e doctorant. Une pierre blanche dans l’histoire de la jeune université qui mise sur l’interdisciplinarité, l’excellence et l’orientation internationale pour se faire une place dans le paysage mondial de la recherche. Entretien avec Jens Kreisel, le vice-recteur à la recherche de l’Université du Luxembourg.

Que vous inspire le chiffre symbolique du 1.000e doctorant accueilli par l’Uni?

Jens Kreisel. – «Derrière ce symbole se cachent l’effort et le travail de 1.000 thèses doctorales. L’investissement humain, la quantité et la qualité de savoir sont formidables. Nous sommes fiers d’avoir franchi cette étape en tant qu’institution, mais avant tout nous sommes très fiers de nos doctorants et de leur succès.

Le 1.000e doctorant est un nombre symbolique fort, mais ce n’est peut-être pas le plus important. Aujourd’hui, 900 doctorants sont inscrits à l’Université, par rapport aux 6.400 étudiants inscrits en bachelor, master ou en formation continue. C’est un ratio remarquable par rapport à d’autres universités, et qui illustre bien que l’Université est une véritable université de recherche.

Les universités sont les seules institutions à pouvoir décerner des diplômes de doctorat, c’est une des caractéristiques qui symbolisent et rendent unique une université. Une telle étape porte donc un poids tout particulier pour une jeune université.

1.000 doctorants, ce sont aussi 1.000 ambassadeurs, qui portent l’image de notre université à travers le monde dans divers établissements de recherche, des industries ou dans le domaine public.
Jens Kreisel

Jens Kreisel,  vice-recteur à la recherche,  Université du Luxembourg

Que signifie ce seuil du 1.000e doctorant pour l’image et l’appréciation de l’Uni à travers le monde?

«Les doctorants de manière générale contribuent à l’image de l’Université et du Luxembourg à l’étranger. La recherche de pointe ne peut être réalisée qu’avec des doctorants excellents, que ce soit dans la recherche fondamentale ou la recherche appliquée. Ceci compte pour la production et la qualité de recherche, mais aussi la perspective internationale et les projets collaboratifs.

Notre jeune université figure régulièrement au top des classements mondiaux dans les catégories de recherche , un succès qui est inconcevable sans la contribution des doctorants. Il n’est d’ailleurs pas surprenant que la formation doctorale soit intégrée dans le vice-rectorat de recherche, alors que dans de nombreuses universités, elle se situe sous le vice-rectorat des études.

Finalement, 1.000 doctorants, ce sont aussi 1.000 ambassadeurs, qui portent l’image de notre université à travers le monde dans divers établissements de recherche, des industries ou dans le domaine public. Parmi nos doctorants, 15% viennent du Luxembourg et près de 40% viennent de France ou d’Allemagne. Les 45% restants représentent 75 nationalités, contribuant fortement à l’environnement international de l’Université.

Mais les doctorants sont aussi des catalyseurs de collaborations au Luxembourg. De nos 900 doctorants actuels, 100 mènent leur recherche dans le List, le LIH ou le Liser. De plus, de très nombreux doctorats se font en partenariat de recherche et innovation avec l’industrie ou le secteur public.

Combien de doctorants comptez-vous chaque année?

«Le premier doctorant a décroché son diplôme en 2006-2007 (par hasard également en finance, comme le 1.000e, Carmine Gabriele), et en 13 ans, l’Université a sans cesse attiré des doctorants hautement qualifiés. De 9 doctorants en 2007 à 900 en 2020.

La moitié des doctorants travaillent au Luxembourg pour leur premier emploi.
Jens Kreisel

Jens Kreisel,  vice-recteur à la recherche,  Université du Luxembourg

Gardez-vous contact avec vos anciens doctorants? Leur passage à l’Uni leur a-t-il servi de tremplin?

«Nous suivons effectivement nos anciens doctorants et leurs carrières, c’est un élément important pour l’Université.

Un doctorat ouvre la porte à un choix extraordinaire de carrières. Parmi les quatre écoles de formation doctorale de l’Université (en sciences et ingénierie , en droit, en économie et finance, en sciences humaines et sociales), les sciences et la technologie réunissent la majorité des doctorants. Pour leur premier emploi, la moitié des doctorants vont travailler dans le secteur académique et scientifique, un tiers commence dans le secteur industriel, et 20% dans le secteur public, européen ou associatif. La moitié des doctorants travaillent au Luxembourg pour leur premier emploi.

Après ce premier emploi, un tiers travaille actuellement dans le secteur scientifique ou académique et un tiers travaille dans le secteur industriel.

Ce sont des chiffres pour la totalité des docteurs diplômés, les données varient bien entendu selon les disciplines.

Une partie des doctorants sont attirés par l’entrepreneuriat et lancent des spin-off. Dans le but de consolider sa stratégie de transfert de connaissances, l’Université vient d’accueillir un nouveau chef du service de partenariats et transfert de technologies , Christophe Haunold.

Afin d’offrir les meilleures chances aux doctorants, l’Université propose une formation doctorale moderne, avec des formations en compétences transversales comme en éthique scientifique, communication ou gestion de projet, ainsi qu’en compétences prétendument non techniques ou ‘soft skills’, un terme que je n’utilise guère, car il est trompeur. Ce sont des compétences essentielles pour une carrière de haut niveau.

Par ailleurs, 40% de tous nos doctorants sont des femmes.

Une stratégie de recherche en cours de réflexion

Comment définiriez-vous la stratégie de recherche de l’Uni? Que faut-il pour rester attractif et performant au niveau mondial?

«La stratégie de l’Université orbite autour des valeurs d’interdisciplinarité, d’excellence et de perspective internationale. Les trois missions de l’Université sont l’éducation supérieure, la recherche de pointe et l’impact socioculturel et économique sur la région. L’Université attire et retient des talents au Luxembourg, bénéficiant à la recherche et l’innovation, au pays et sa population, avec un rayonnement international.

D’où l’Uni tire-t-elle son attractivité en termes de recherche pour les doctorants et les enseignants-chercheurs?

«L’Université figure dans les premières places de classements universitaires en matière de recherche et perspective internationale. L’Université emploie des professeurs qui sont réputés sur la scène internationale et offre la possibilité de s’épanouir à travers des idées audacieuses et des projets intéressants. Le bon réseau de partenaires internationaux offre des possibilités de projets collaboratifs avec des institutions à l’étranger.

L’aspect interdisciplinaire joue un rôle non négligeable dans la recherche aujourd’hui et attire de nombreux candidats. Enfin, le Luxembourg offre des infrastructures de recherche de pointe et promeut son écosystème de recherche et d’innovation.

Tous ces indicateurs comptent pour les potentiels doctorants compétitifs.

Quels sont vos objectifs pour la prochaine décennie?

«Nous travaillons actuellement sur une stratégie à long terme, que nous communiquerons une fois finie.»