POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Charles Goerens (3/6)

«L’UE est bien meilleure que sa réputation»



«La réaction de l’UE a été dans l’ensemble remarquable et bien plus importante que ce qui a pu être perçu à l’extérieur», estime le député européen DP Charles Goerens (Renew Europe au niveau européen). (Photo: Matic Zorman/Archives)

«La réaction de l’UE a été dans l’ensemble remarquable et bien plus importante que ce qui a pu être perçu à l’extérieur», estime le député européen DP Charles Goerens (Renew Europe au niveau européen). (Photo: Matic Zorman/Archives)

Pour beaucoup, l’Union européenne a raté son rendez-vous avec la crise du Covid-19. Manque de coordination, frontières qui se referment, mécanismes d’aide tardivement proposés… Paperjam a interrogé à ce sujet les députés européens luxembourgeois, dont Charles Goerens.

Face à la crise du Covid-19, estimez-vous que la réaction de l’UE a été suffisante et appropriée?

Charles Goerens (DP). – «La réaction de l’UE a été dans l’ensemble remarquable et bien plus importante que ce qui a pu être perçu à l’extérieur. L’UE est d’ailleurs en général bien meilleure que sa réputation, mais sa communication est très mauvaise.

Son aide a été considérable et est très utile. La BCE a ainsi décidé de racheter 750 milliards d’euros de dette des États et d’investir 120 milliards supplémentaires dans le sauvetage des entreprises. Le Mécanisme européen de stabilité (MES) a débloqué une enveloppe de 240 milliards d’euros. Le programme Sure vise à atténuer les effets de la crise sur le marché de l’emploi avec 100 milliards d’euros. Et la Commission a décidé de flexibiliser le cadre des aides d’État pour permettre de mieux soutenir l’économie.

Des États ont décidé de fermer unilatéralement leurs frontières. Considérez-vous que l’UE a été suffisamment vigilante sur ce point?

«La fermeture des frontières n’a pas de sens. Et il faut admettre qu’en tant que gardienne des traités, la Commission aurait pu faire davantage pour défendre Schengen.

Certains reprochent à l’UE son inaction dans le domaine sanitaire. Comment la jugez-vous sur ce point?

«La compétence sanitaire relève des États membres. Tout comme dans un système fédéral. En Allemagne, Angela Merkel n’arrive pas à s’imposer vis-à-vis de ses États fédérés. Chaque région a son propre système. Et il y a des réunions de coordination une fois par mois. De même, l’UE se mêle avant tout de ce qui la regarde.

La Commission a, dans ce domaine, un rôle de facilitateur et de coordination. Et sa réponse a eu lieu dans les domaines où elle était responsable et compétente. Elle a ainsi organisé la conférence des donateurs du 4 mai, qui a réuni plus de 7 milliards d’euros de dons pour la recherche de traitements et de vaccins et pour que ceux-ci, s’ils sont trouvés, puissent être accessibles pour tous les États membres.

Le Parlement européen a-t-il eu un rôle à jouer dans cette crise?

«Un autre gros morceau est la résolution votée par le Parlement européen visant la création d’un plan de relance. Celui-ci devrait être présenté d’ici la fin du mois. Nous espérons que les fonds seront constitués par des dons et non par des prêts sinon la dette des États ne sera plus soutenable.

Un autre chantier est celui autour des applications de traçage. Nous travaillons dessus. L’objectif est de trouver un bon équilibre entre sécurité et efficacité. Il faut un système de collecte décentralisé et interopérable. Avec des centaines de villes transfrontalières, cela n’aurait pas d’effet ni de sens qu’il n’y ait pas de possibilité d’interopérabilité.»