POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Isabel Wiseler-lima (1/6)

«Fermer les frontières est inadmissible»



Isabel Wiseler-Lima, députée CSV (PPE au niveau européen), plaide pour un renforcement des pouvoirs du Parlement.  (Photo: Jan Hanrion / Maison Moderne/Archives)

Isabel Wiseler-Lima, députée CSV (PPE au niveau européen), plaide pour un renforcement des pouvoirs du Parlement.  (Photo: Jan Hanrion / Maison Moderne/Archives)

Timorée face à la crise sanitaire, piégée par les intérêts particuliers de ses États membres, faible au niveau des réponses économiques apportées… L’Europe est éreintée par la crise sanitaire. Y survivra-t-elle? Paperjam a notamment posé cette question aux députés européens luxembourgeois.

Alors que l’Europe fête ce samedi 9 mai les 70 ans de la déclaration de Robert Schuman, elle est une nouvelle fois cible de critiques virulentes. Éreintée par la crise sanitaire, on lui reproche un manque d’anticipation et de réactivité, de ne pas avoir su empêcher les fermetures des frontières, d’être soumise aux intérêts particuliers des États membres… À tel point que beaucoup se demandent si l’Europe telle que rêvée par les pères fondateurs a encore un sens et un avenir.

Pour tenter de répondre à cette question, Paperjam a sollicité les députés européens luxembourgeois. Isabel Wiseler-Lima (CSV) est la première à exposer ses arguments.

Face à la crise, on a beaucoup entendu le Conseil européen, la BCE, la Commission... Mais il a été très peu question du Parlement. N’est-ce pas un vrai problème?

Isabel Wiseler-Lima. – «Si, c’est une certitude. Clairement, le Parlement doit être beaucoup plus présent par rapport à ce qui est décidé. C’est tout de même lui qui représente les Européens. Mais il doit aussi et surtout jouer un rôle de contrôle. Mon groupe politique, le PPE, a d’ailleurs déploré d’avoir été privé de ce contrôle des décisions dans le cadre de la crise. Cela ne peut plus être le cas et c’est pour cela que nous voulons que le fonds de relance européen soit inclus dans le prochain budget européen et évidemment le cadre financier pluriannuel! Car il n’y a que comme cela que le Parlement pourra effectuer un contrôle correct.

Le Conseil européen a eu du mal à trouver un terrain d’entente sur les solutions à apporter à la crise. Quel regard jetez-vous sur ces atermoiements et parfois ces querelles?

«Il est évident qu’il est très difficile de mettre 25 pays d’accord. Quand on dit que l’Europe ne fait rien, c’est souvent parce que les décisions politiques ne suivent pas au niveau du Conseil. Il y a finalement eu un accord autour d’un nouveau mécanisme , car il fallait trouver le moyen de reconstruire . Maintenant, on attend de la Commission qu’elle avance sur ses choix, d’ici une ou deux semaines. Moi, je veux que le Parlement soit partie prenante des décisions. Il y a des échanges entre la Commission et le Conseil, il doit y en voir aussi avec le Parlement. Le PPE a été très clair sur ce point également.

Il faut créer des réserves européennes avec les produits qui nous sont vitaux.
Isabel Wiseler-Lima

Isabel Wiseler-Lima,  députée européenne,  CSV

Comment expliquer les fermetures des frontières?

«Il y a une part d’irrationnel… Mais il faut aussi savoir raison garder. Il y a eu aussi des mesures du même genre entre des villes aux USA ou des régions en Italie. De telles réactions ne devraient pas avoir lieu, mais nous sommes humains.

C’est donc une réaction inévitable, épidermique et donc normale?

«Non, et je suis opposée aux fermetures de frontières, pour moi c’est inadmissible. Des pays en ont d’ailleurs abusé. On ne peut pas remettre les accords de Schengen en cause, mais on doit aussi pouvoir limiter des mouvements dans une région si c’est nécessaire, adapté et limité dans le temps.

L’Europe n’a pas du tout la main sur les politiques de santé. Cela doit-il changer?

«Au niveau politique, des opportunités existent déjà dans les textes, il suffirait de mieux les exploiter. Il faut en tout cas fédérer nos atouts au service de la santé des Européens. C’est d’ailleurs ce qui est prévu à l’avenir. Nous devons aussi mettre en place des réserves européennes de produits vitaux, comme des médicaments. Mais aussi des instruments, par exemple, ou encore de la nourriture. Pour ce qui est vital, nous devons en avoir la maîtrise et donc être aussi en capacité de produire en Europe. Pour moi, c’est cela la résilience européenne, qui a été beaucoup évoquée par Ursula von der Leyen.

N’est-ce pas un repli sur soi?

«Non, car pour moi, le multilatéralisme sera toujours une valeur ajoutée et nous devons rester ouverts sur le monde. Mais pour certains éléments vitaux, nous ne pouvons dépendre des autres.

L’Europe ne va pas mourir?

«Non, mais pour évoluer et survivre, il faut tirer les leçons de la crise. Et, je le répète, renforcer le rôle du Parlement.»