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gestion de crise

La tripartite pour gérer le présent et préparer le futur



En mai dernier, le gouvernement avait procédé à des rencontres tripartites, ici avec le patronat. Les partenaires sociaux et l’exécutif se retrouvent en tripartite cette fois. (Photo: SIP/Emmanuel Claude/Archives)

En mai dernier, le gouvernement avait procédé à des rencontres tripartites, ici avec le patronat. Les partenaires sociaux et l’exécutif se retrouvent en tripartite cette fois. (Photo: SIP/Emmanuel Claude/Archives)

Le Comité de coordination tripartite se réunit ce vendredi à partir de 9h au château de Senningen. L’ordre du jour prévoit un état des lieux de la situation socioéconomique. Il sera aussi question de l’emploi et du chômage.

En 1977, quand le Comité de coordination tripartite voit le jour en pleine crise de la sidérurgie, on lui assigne deux objectifs majeurs: prendre les mesures nécessaires pour la stimulation de la croissance et maintenir le plein-emploi. Depuis lors, ses prérogatives ont été élargies au point d’en faire, comme le souligne le chercheur Franz Clément dans son livre sur le dialogue social au Luxembourg , «l’institution maîtresse lorsqu’il s’agit de négocier les plus importants accords au niveau national».

Gouvernement et partenaires sociaux se réunissent ce vendredi 3 juillet à partir de 9h au sein de ce comité, au château de Senningen. Une réunion demandée depuis plusieurs semaines par les syndicats, et à laquelle le patronat n’a montré aucune opposition.

«Les discussions sous forme bipartite nous convenaient et ont produit des résultats pour le plan de stabilisation. La situation du marché du travail justifie maintenant une concertation à trois», explique Jean-Paul Olinger , directeur de l’UEL.

L’emploi comme dénominateur commun

L’ordre du jour prévoit évidemment un état des lieux de la situation socioéconomique, alors que la crise sanitaire n’est pas encore passée et que les dommages de la crise économique doivent être anticipés au mieux.

«Sur le plan sanitaire, la première vague est maintenant derrière nous, mais on ne sait pas comment les choses vont évoluer par la suite. Au niveau économique, nous devons préparer au mieux les prochaines étapes, en tenant compte des indicateurs macroéconomique sur l’emploi, le chômage, le PIB et leur reflet dans les finances publiques», poursuit Jean-Paul Olinger. Qui plaide logiquement « pour soutenir l’emploi à travers la facilitation de l’activité économique.»

Ce qui assurera la confiance, donc influera positivement sur la consommation et donc la bonne santé de l’économie. «C’est un cercle vertueux», note-t-il. Le recréer est indispensable, mais n’est pas simple: «c’est un peu comme si nous nous étions arrêtés à vélo en pleine côte. Nous avions déjà à ce moment-là des défis en face de nous: commerce international, Brexit, digitalisation, transition énergétique… Là, on doit repartir mais avec des défis supplémentaires qui se sont ajoutés, et non des moindres.»

L’UEL profitera aussi de cette réunion pour rappeler au gouvernement le rôle de l’État comme facilitateur d’investissements. «Secteurs public et privé doivent investir de manière anticyclique, c’est-à-dire maintenant et pas dans deux ans. L’État reconstituera ses caisses quand cela ira mieux. D’ailleurs, l’accélération des procédures pour des projets clés constitue une opportunité à ne pas rater, et ne coûterait rien. C’est indispensable pour assurer la relance économique», confirme Jean-Paul Olinger.

Faire preuve de pragmatisme

Les syndicats préparent évidemment, eux aussi, ce rendez-vous, très attendu, depuis plusieurs jours et même plusieurs semaines. «La situation est extrêmement grave», explique Patrick Dury, président du LCGB. «La crise sanitaire n’est pas encore finie, mais on voit déjà la crise économique arriver.»

Alliés et agissant «en front commun», LCGB, OGBL et CGFP assurent «vouloir participer de manière constructive et agir en faveur de l’emploi, c’est notre priorité absolue».

Le positionnement du patronat est évidemment connu des représentants des travailleurs, et pas toujours identique à celui des syndicats. «C’est vrai, notre approche est parfois différente. Mais il faut tout de même faire preuve de pragmatisme: c’est la pire crise vécue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale! Nous avons intérêt à chercher des solutions en commun. C’est une des forces de ce pays. Nous verrons comment les choses vont se mettre en place vendredi, on avance pas à pas.»

Et si cette réunion tripartite est une première dans ce contexte, ce ne sera sans doute pas la dernière. «Le modèle a fait ses preuves. Le coronavirus n’a pas attendu cette tripartite pour faire des dégâts. Nous devons encore renforcer le dialogue social pour agir.» Car des entreprises remontent «des inquiétudes. Les gens se posent des questions quant à leur emploi. Nous devons tout faire pour y répondre.»

Au final, le credo est le même au sein des syndicats et de l’UEL: gérer le présent et préparer le futur.