PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Vue des marchés

Retournement sur le marché des matières premières



Le fer a vu son cours dévisser de 23% en quelques semaines sur fond d’inquiétude quant à la relance. Un phénomène qui touche toutes les matières premières industrielles. (Photo: Shutterstock)

Le fer a vu son cours dévisser de 23% en quelques semaines sur fond d’inquiétude quant à la relance. Un phénomène qui touche toutes les matières premières industrielles. (Photo: Shutterstock)

C’est un coup de théâtre qui vient de frapper les marchés: la hausse spectaculaire, ces derniers mois, des cours des matières premières, pétrole en tête, a subi un coup d’arrêt pour cause de progression du variant Delta en Chine et de changement de ton de la politique monétaire américaine.

Le pétrole dans une séquence de baisse inédite durant ces 18 derniers mois; les métaux industriels – cuivre, zinc, nickel, aluminium et fer – suivent une trajectoire semblable impactant les compagnies minières et pétrolières. Ce revirement traduit deux inquiétudes chez les opérateurs: celle d’un ralentissement de la reprise économique et le retour vers des actifs moins risqués.

Dans cette nouvelle donne, c’est la Chine, première consommatrice de ressources naturelles au monde, qui donne le ton. La résurgence du Covid en Chine souligne les signes de ralentissement de l’économie chinoise, pesant sur les perspectives de la demande en matières premières. Tout comme les réponses sanitaires des autorités de Pékin face à la pandémie, une politique «zéro Covid». Il aura suffi d’un cas pour mettre à l’arrêt le port de Ningbo-Zhoushan, troisième port commercial au monde, au sud de Shanghai. Déjà, en mai, le port chinois de Yantian, proche de Hong Kong, avait fermé pendant deux semaines pour les mêmes raisons. Avec des impacts similaires au blocage du canal de Suez sur les activités du fret maritime. De quoi faire germer chez les investisseurs l’anticipation que la reprise économique va ralentir.

Changement des attentes sur les cours

D’autant plus que la Chine a posé des objectifs climatiques ambitieux en «ordonnant» notamment aux aciéries de plafonner leur production au niveau de 2020, ce qui a provoqué une baisse de 23% du cours du fer.

Pour ce qui est du pétrole, dont les prix commençaient à se stabiliser courant juillet, la demande n’a, de plus, pas trouvé le relais espéré avec la «driving season» aux États-Unis – premier pays consommateur au monde devant la Chine – où la consommation de carburant n’a toujours pas retrouvé ses niveaux pré-pandémie. Les stocks d’essence ont augmenté de 700.000 barils alors que les analystes prévoyaient une baisse de l’ordre de 2 millions de barils avec les traditionnels déplacements de l’été. Les déplacements de vacances des Américains n’ont pas été aussi nombreux qu’attendu, notamment pour cause de reprise de la pandémie dans certaines régions, pesant sur les cours. Cette demande moins forte va de pair avec les augmentations de productions décidées ces dernières semaines par l’OPEP et ses alliés, dont la Russie.

On assiste à un changement dans les attentes sur les cours. À terme, c’est une bonne situation pour les automobilistes qui devraient payer leur carburant moins cher. À moins que l’OPEP+, qui doit se réunir ce 1er septembre, ne s’entende pour peser sur l’offre.

Un dernier élément menace le cours des matières premières: le changement de ton de la politique monétaire américaine qui provoque une remontée du dollar, traditionnellement néfaste aux cours des matières premières. De plus, l’annonce d’un ralentissement des politiques accommodantes pour la fin de l’année rend les actifs risqués moins attrayants, incitant les investisseurs à se replier sur les actifs plus sûrs, ce qui pèse également sur les marchés.