POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

COnjoncture

Vers une récession inédite depuis 1975



Le secteur de la construction a particulièrement été affecté par la crise sanitaire puisque certains ouvriers en contrat précaire et les intérimaires n’ont pas pu bénéficier du chômage partiel. (Photo: Matic Zorman / archives paperjam)

Le secteur de la construction a particulièrement été affecté par la crise sanitaire puisque certains ouvriers en contrat précaire et les intérimaires n’ont pas pu bénéficier du chômage partiel. (Photo: Matic Zorman / archives paperjam)

Le Statec a réduit fortement ses prévisions économiques pour le Luxembourg sous le coup de la crise du coronavirus. Le PIB devrait reculer de 6%: du jamais-vu depuis la crise sidérurgique en 1975.

Le Statec l’appelle la crise de la quarantaine, d’autres simplement la crise du coronavirus. Quel que soit son nom, cette mise à l’arrêt brutal de l’économie pour limiter la propagation du Covid-19 a affecté la croissance. Elle devrait reculer de 6%, a annoncé l’institut de statistiques jeudi lors de la présentation de sa nouvelle note de conjoncture .

Il s’agit là d’une récession inédite depuis 1975, année parquée par la crise de la sidérurgie. Les économistes anticipent un rebond rapide avec une croissance de 7% en 2021. «Cela veut dire une évolution en V», commente Serge Allegrezza . Le directeur du Statec précise aussi qu’il s’agit ici d’une crise d’une tout autre nature et non pas interne à un secteur en particulier.

Cette concentration des dommages économiques dans un laps de temps réduit va d’ailleurs se faire sentir sur les chiffres trimestriels de la croissance, selon Bastien Larue. Le chef d’unité du département Conjoncture table pour l’heure sur une contraction de 3% de la croissance au premier trimestre de cette année, puis d’une dégringolade de 15% pour le trimestre suivant. «Ensuite, on devrait avoir un rebond, ça pourrait même être un rebond assez fort», estime-t-il.

Force est de constater qu’au plus fort du confinement, «un tiers de l’économie s’est retrouvée au chômage partiel», observe Ferdy Adam. «Nous sommes dans une crise atypique, ce n’est pas une récession classique», ajoute le conseiller en conjoncture, modélisation et prévisions.

Le chômage en hausse en 2020 et au-delà

Et pour cause, pour les secteurs les plus affectés comme la construction, l’horeca ou le commerce, le chiffre d’affaires perdu pendant le confinement est irrécupérable. C’est justement dans ces domaines où les possibilités de télétravail sont les plus limitées que le recours au chômage partiel a été le plus fort. Cette aide n’a pas empêché le taux de chômage de grimper en mars, sous le coup de la fermeture des chantiers et de la baisse de l’emploi intérimaire, dont les travailleurs ne sont pas éligibles au chômage temporaire.

Pour 2020, le Statec table sur un taux de chômage de 6,7% après 5,4% en 2019. Le taux est même attendu à 7,3% en 2021, selon la note de conjoncture.

«En mars-avril, on a une destruction nette d’emploi de 7.500 postes à peu près, et sur la même période, environ 4.500 chômeurs de plus», pointe Bastien Larue. Le statisticien n’observe pas pour avril de nouvelle hausse des inscriptions à l’Adem, mais en revanche, il constate une baisse des sorties. «Les entreprises n’ont pas du tout embauché en avril», conclut-il.

Les entreprises n’ont pas du tout embauché en avril.

Bastien Larue,  chef d’unité Conjoncture,  Statec

L’indexation attendra 2022

Le Statec estime que près de 140.000 personnes ont probablement subi des pertes de salaire sur un ou plusieurs mois pendant la crise. Celle-ci a aussi freiné les prix à la consommation, à l’exception de certains produits, notamment dans l’alimentaire, et le rebond récent des produits pétroliers. De 1,7% en 2019, l’inflation est attendue à 0,6% cette année, puis 1,6% en 2021. La prochaine tranche indiciaire est donc repoussée à 2022 selon le Statec.

Celui-ci se penche aussi sur les finances publiques, touchées cette fois par l’effondrement des bases fiscales davantage d’ailleurs que par les mesures d’aides gouvernementales. «Si l’économie s’effondre, il y a moins de bénéfices, moins de masse salariale et donc moins de bases imposables», résume Ferdy Adam.

Dans ce contexte, le solde public passerait de 2,2% du PIB en 2019 à -5,9% cette année, un déficit inédit au Luxembourg selon le Statec puisque sur les 25 dernières années, la trésorerie étatique s’était certes retrouvée à trois reprises dans le rouge, mais à un niveau d’à peine 1% du PIB à chaque fois. Pour 2021, l’hémorragie devrait être contenue à -2,8% du PIB, mais les chercheurs estiment que beaucoup d’incertitudes entourent cette projection.

Enfin, le confinement a drastiquement réduit l’activité économique et les émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, le Luxembourg pourrait probablement atteindre son objectif en matière d’émissions cette année selon les projections du Statec.

Résumé des prévisions économiques du Statec. Statec

Résumé des prévisions économiques du Statec. Statec

Une récession «plus forte mais plus courte»

Par ailleurs, toujours jeudi, le ministre de l’Économie, Franz Fayot (LSAP) et le ministre des Classes moyennes, Lex Delles (DP), ont fait le point sur les aides apportées aux entreprises ainsi que les perspectives économiques avec les députés des Commission parlementaires concernées.

«La récession sera plus forte mais plus courte qu’en 2009» a estimé Franz Fayot, indique le site internet de la Chambre . «Sur deux ans, la croissance devrait pourtant être nulle.»

Des signes positifs se profilent, indique Lex Delles en parlant des demandes d’autorisation d’établissement qui reviennent vers un niveau normal. Les demandes d’aides qui ne sont pas en lien avec la crise repartent aussi à la hausse dont 600 dossiers d’aides à l’investissement pour un montant de 8,5 millions d’euros et 130 dossiers d’investissements financés par un prêt (pour un total de 2,7 millions d’euros).