ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Automobile

Quel moteur pour demain?



Selon KPMG, le traditionnel moteur thermique a de la concurrence sur sa route. (Photo: Patricia Pitsch / archives Paperjam Drive)

Selon KPMG, le traditionnel moteur thermique a de la concurrence sur sa route. (Photo: Patricia Pitsch / archives Paperjam Drive)

Entre véhicules hybrides, électriques ou encore hydrogène, les possibilités se multiplient sur la route de la mobilité du futur. Mais reste à voir quelle solution l’emportera. Passage en revue.

Certains pensaient la remiser au garage, mais la crainte de se retrouver dans des transports publics bondés lors du déconfinement a ravivé l’intérêt autour d’elle: la voiture n’a pas dit son dernier mot.

D’ailleurs, KPMG s’attend à une remontée de la production et des ventes de véhicules à travers le monde durant le dernier trimestre de cette année, peut-on lire dans sa dernière  «Global Automotive Executive Survey 2020» . «Le marché traditionnel est en train de se dissoudre, et le Covid-19 va considérablement accélérer ce processus», estime Bruno Magal, head of automotive chez KPMG Luxembourg.

Le cabinet évoque un déclin du moteur à combustion interne à l’horizon 2030, qui devrait alors partager le marché avec d’autres types de motorisations comme l’électricité ou encore l’hydrogène.

Quels sont ces possibilités, leurs atouts et leurs limites? Tentative de réponse.

La voiture hybride: un moteur électrique d’appoint

Un moteur thermique couplé à un moteur électrique qui entre en action dans des courts trajets urbains, par exemple: voilà le pari de cette technologie qui représente, selon les chiffres du Statec, 1,2% du parc automobile au Luxembourg avec un peu plus de 5.000 véhicules.

Les voitures hybrides peuvent être moins énergivores si le moteur électrique est bien utilisé. (Photo: Shutterstock)

Les voitures hybrides peuvent être moins énergivores si le moteur électrique est bien utilisé. (Photo: Shutterstock)

La présence d’un moteur électrique permet aussi d’alléger le niveau d’émissions polluantes du véhicule, ce qui n’est pas sans poser de questions. «Si le conducteur n’a pas la possibilité de charger le véhicule chez lui ou au travail, c’est contre-productif, car il ne va pas consommer 2L/100km comme annoncé, mais 12L/100km», souligne Jean-Claude Juchem , CEO de l’Automobile Club Luxembourg.

La voiture électrique: branchée, mais limitée

Elle commence à se faire une place au Luxembourg avec plus de 2.000 unités, selon le Statec (0,5% du parc automobile), mais la voiture électrique compte encore une série de points faibles à commencer par son prix d’achat, souvent jugé élevé, et son autonomie réputée limitée. Le réseau des bornes de recharge électrique  Chargy prend du retard au Luxembourg et ces bornes ne répondent pas à l’ensemble de la demande. Voilà pourquoi l’État a lancé un appel d’offres pour installer 85 bornes de recharge rapide dans le pays. «Au lieu d’attendre deux ou trois heures pour recharger sa voiture, cela se fera en 10 minutes», estime Jean-Luc Santinelli , CEO d’Enovos Services Luxembourg.

Le prix d’achat et l’autonomie souvent jugée limitée freinent la voiture électrique dans le choix des conducteurs. (Photo: Patricia Pitsch / archives Paperjam Drive)

Le prix d’achat et l’autonomie souvent jugée limitée freinent la voiture électrique dans le choix des conducteurs. (Photo: Patricia Pitsch / archives Paperjam Drive)

L’entreprise a créé la plateforme mydiego.lu avec la Fédération des artisans pour faciliter l’installation des bornes de rechargement chez les clients privés. «À partir de 1.500 euros TTC, vous pouvez avoir une borne installée à la maison», assure le responsable. Mais attention, la facture peut monter à 5.000 euros pour les bornes extérieures que l’on retrouve sur les parkings, par exemple, et même à 100.000 euros pour une borne rapide. «Si vous mettez 10 bornes, il faut aussi renforcer le réseau avec un transformateur, il faut alors compter 50.000 euros environ», calcule Jean-Luc Santinelli.

La voiture à hydrogène: une technologie à potentiel

Total l’a annoncé à l’automne dernier à l’occasion de ses 80 ans de présence au Luxembourg: il souhaiterait installer une station à hydrogène dans le pays d’ici 2022. Pourtant, le parc automobile ne compte pas encore de modèles dotés de cette technologie, mais pour le pétrolier, elle revêt un réel potentiel. «Les véhicules à hydrogène actuels sont en fait électriques: il s’agit d’un stockage gazeux à 700 bars avec une pile à combustible qui produit de l’électricité pour le moteur électrique», explique Patrick Schnell, directeur général de Total Luxembourg.

Total souhaiterait ouvrir une station qui proposerait notamment de l’hydrogène aux automobilistes. (Photo: Shutterstock)

Total souhaiterait ouvrir une station qui proposerait notamment de l’hydrogène aux automobilistes. (Photo: Shutterstock)

L’hydrogène permet donc de recharger en trois minutes son véhicule en lui donnant 500 à 600km d’autonomie. Total compte une vingtaine de stations de ce type en Allemagne, où les constructeurs (dont Daimler) planchent beaucoup sur ce carburant, qui s’affiche pour l’heure au même prix au kilomètre que les carburants fossiles.

Mais à ce stade, l’hydrogène n’est soumis qu’à la TVA et non pas aux accises sur les carburants. Total estime qu’il est possible de maintenir l’hydrogène dans la même fourchette tarifaire que les carburants s’il est produit à grande échelle. Encore faut-il que la demande suive. «Il y a pour l’instant une très forte pression technologique sur la solution des véhicules à batterie», observe Patrick Schnell.

Il y a pour l’instant une très forte pression technologique sur la solution des véhicules à batterie.

Patrick Schnell,  directeur général,  Total Luxembourg

À ses yeux, les voitures électriques tirent leur épingle du jeu sur les courts trajets, tandis que celles à hydrogène peuvent apporter une réponse aux besoins d’autonomie plus prononcés. Il peut donc y avoir de la place pour tout le monde sur le marché, à condition que les autorités ouvrent la voie.

À ce jour, le plan de relance Neistart Lëtzebuerg ne prévoit que des primes pour l’achat de voitures électriques et une subvention des bornes de recharge électrique, tandis que les voitures dotées d’une pile à combustible à hydrogène ne sont pas ciblées. Elles demeurent éligibles à une autre aide de 5.000 euros.