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Voitures électriques: entre incitants et freins



Claude Turmes souhaite voir le parc des voitures de société devenir entièrement électrique, une annonce qui passe mal pour le secteur automobile luxembourgeois. (Photo: Shutterstock)

Claude Turmes souhaite voir le parc des voitures de société devenir entièrement électrique, une annonce qui passe mal pour le secteur automobile luxembourgeois. (Photo: Shutterstock)

L’électrification du parc des voitures de société souhaitée par Claude Turmes agite le secteur qui dénonce plusieurs écueils, dont l’étendue du réseau de recharge et le régime de subsides offerts. Petit tour d’horizon.

La sortie vendredi dernier de  Claude Turmes  (Déi Gréng) au sujet des voitures de société continue d’électriser les professionnels de l’automobile. «Le régime va être retravaillé. À l’avenir, il ne devrait plus y avoir que quasiment exclusivement des voitures électriques», a annoncé le ministre de l’Énergie lors d’une conférence de presse, sans pour autant livrer un agenda précis.

Actuellement, ces véhicules ne représentent que 1,8% des immatriculations, tandis que 92% du parc reste doté d’un moteur thermique.

Des incitants en question

L’Automobile Club du Luxembourg (ACL) s’interroge sur le relèvement du subside à l’achat d’un véhicule électrique de 5.000 à 8.000 euros dans le cadre du plan «Neistart Lëtzebuerg». Car sur les 2.600 véhicules électriques immatriculés au Luxembourg, la moitié le sont au nom de sociétés avec dans ce contingent environ 500 Tesla. «Économiquement, est-ce bien de subsidier des véhicules au nom de sociétés?», s’interroge Jean-Claude Juchem , CEO de l’ACL.

Le Club dénonce aussi un autre écueil: cet avantage en nature n’est pas imposé à 1,5% comme c’est le cas pour un véhicule thermique, mais à 0,5%. «Cela fait un gain au niveau de la rémunération, c’est sûr. Mais les bénéficiaires de ces voitures de société électriques se retrouvent alors subventionnés deux fois», estime Jean-Claude Juchem, en tenant compte de la subvention de 8.000 euros.

«Au Luxembourg, nous avons plus de 50.000 voitures qui ont plus de 10 années d’ancienneté, ce sont des voitures qui sont potentiellement de grands pollueurs», pointe l’ACL. Il préconise plutôt une aide ciblant les ménages particuliers pour l’achat d’une voiture neuve, moins polluante, moyennant la mise à la casse de leur ancien véhicule.

Les bornes se font attendre

La question du rechargement des véhicules électriques se pose. «Le réseau, c’est le plus gros challenge dans l’électrification», estime le président de Mobiz, Gerry Wagner, qui considère les capacités actuelles insuffisantes.

Même son de cloche à l’ACL, qui prépare une étude sur les bornes au Luxembourg et dans la Grande Région. L’association a testé une soixantaine de bornes «et les résultats ne sont pas encourageants», annonce Jean-Claude Juchem, avant d’évoquer des soucis de connectivité, de tension électrique et de disponibilité. À ses yeux, la voiture électrique est une solution, mais pour une utilisation urbaine ou périurbaine. «La plupart des personnes en ville vivent en appartement. Aujourd’hui, il n’y a encore rien de prévu au niveau des grands immeubles à appartements en matière de développement des bornes de recharge», commente l’ACL.

Des kilomètres qui comptent

«Les voitures de société parcourent en moyenne 32.000km par an, c’est beaucoup», indique Gerry Wagner.

Mobiz suggère dès lors d’inclure les véhicules électriques comme voitures de pool au sein des entreprises, afin de laisser la liberté à chacun de rejoindre son lieu de travail dans le moyen de locomotion de son choix et répondant au mieux à ses besoins. L’association propose aussi de jouer sur un budget mobilité divisé entre, d’une part, un montant dédié au paiement d’un loyer pour une voiture de leasing et, d’autre part, une valeur à dépenser dans des moyens de locomotion alternatifs.

Autant d’idées qui alimentent un débat animé dans le secteur de l’automobile. Celui-ci emploie 5.000 personnes au Luxembourg.