POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

JOËLLE ELVINGER À LA COUR DES COMPTES

«Le plus grand défi est de rapprocher l’UE des citoyens»



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Soulagée par le vote du Parlement européen, Joëlle Elvinger n’attend plus que sa nomination officielle par le Conseil de l’UE dans les prochaines semaines. (Photo: Paperjam)

La députée DP a obtenu mardi le feu vert du Parlement européen pour intégrer la Cour des comptes européenne. Retour sur le parcours de cette avocate perfectionniste.

Entre le conseil communal de Walferdange et la Chambre des députés,  Joëlle Elvinger  est une femme difficile à intercepter, mais elle n’est pas du genre à se disperser. «J’aime me consacrer entièrement à ce que je fais», affirme-t-elle.

Avocate de formation – elle a monté sa propre étude en 2009 après un début de carrière dans le notariat puis son inscription au Barreau et quelques années chez Turk&Prum –, elle «a cessé de prendre de nouvelles affaires après 2013 pour [se] concentrer» sur son mandat de députée. Et il y avait de quoi, puisque c’est à elle qu’a été confié le projet de loi sur la réforme fiscale voté fin 2016, puis celui sur le budget 2018. «C’était un honneur et un grand défi d’être rapporteur de deux projets d’une telle envergure au premier mandat et à 36 ou 37 ans», souligne-t-elle avec un soupçon de fierté. Surtout que sa fille est née un mois après le dépôt de la réforme fiscale.

Il y avait alors une ambiance formidable avec l’émergence de la nouvelle coalition, une motivation, une envie de faire bouger les choses.
Joëlle Elvinger

Joëlle Elvinger,  députée DP

Une ascension remarquable pour la jeune femme entrée en politique en 2005 au conseil communal de Walferdange avant d’en devenir l’échevine en 2011 puis la bourgmestre de 2016 à 2017. Parallèlement à la Chambre des députés à laquelle elle est entrée en 2013, à la faveur du retour au pouvoir du DP après neuf ans d’opposition et de la nomination au gouvernement de  Corinne Cahen . «Il y avait alors une ambiance formidable avec l’émergence de la nouvelle coalition, une motivation, une envie de faire bouger les choses», se souvient-elle. «Nous avons voté un grand nombre de projets de loi lors de la dernière législature, notamment la réforme fiscale qui a été un moment crucial puisqu’elle a apporté quelque chose à la fois aux personnes physiques et aux entreprises, comme le budget.»

La politique va-t-elle lui manquer? «Je me suis longtemps posé la question, j’ai pesé le pour et le contre. J’ai adoré travailler à la Chambre des députés et suis très honorée d’y avoir été élue. La politique me manquera à certains moments, mais je ne regrette rien de ce que j’ai fait jusqu’à présent. J’ai appris dans les moments plus difficiles.»

Je suis une Européenne convaincue, j’aime bien découvrir de nouveaux environnements professionnels et c’est une matière qui m’intéresse parce que je suivais déjà les dossiers économiques et relatifs aux finances publiques à la Chambre.
Joëlle Elvinger

Joëlle Elvinger,  députée DP

Celle qui préside la commission des classes moyennes et est ou a été membre des commissions des finances et de l’exécution budgétaire, des institutions, du travail, est avide de «nouveaux défis». Ce qui l’a amenée à «manifester [s]on intérêt» lorsque le DP a hérité du droit de nommer le remplaçant d’Henri Grethen – figure tutélaire du parti libéral – à l’issue de son mandat expirant le 31 décembre prochain, tandis que le LSAP obtenait de haute lutte le poste de commissaire que va bientôt occuper  Nicolas Schmit  sous réserve du vote au Parlement européen ce mercredi.

«Je suis une Européenne convaincue, j’aime bien découvrir de nouveaux environnements professionnels et c’est une matière qui m’intéresse parce que je suivais déjà les dossiers économiques et relatifs aux finances publiques, à la place financière, à la fiscalité et à la transparence à la Chambre.» Elle avait d’ailleurs défendu l’action et présenté les intentions du gouvernement en matière de fiscalité lors d’ une interview croisée pour Paperjam  au printemps 2017 et encore  en juillet dernier  alors que se profile  une nouvelle réforme fiscale .

Le plus grand défi de la Cour des comptes européenne, c’est de faire regagner la confiance des citoyens dans l’UE et dans les finances de l’UE, et cela passe par des audits bien choisis qui servent à améliorer la gestion des finances de l’UE.
Joëlle Elvinger

Joëlle Elvinger,  députée DP

Une expérience qu’elle a mise en exergue lors de son audition devant la commission du budget du Parlement européen le 12 novembre dernier. «Ma formation juridique sera utile puisque la vérification de la légalité et de la conformité aux réglementations est le point de départ pour une bonne gestion des finances publiques», souligne-t-elle. «Le plus grand défi de la Cour des comptes européenne, c’est de faire regagner la confiance des citoyens dans l’UE et dans les finances de l’UE, de rapprocher l’UE des citoyens, et cela passe par des audits bien choisis qui servent à améliorer la gestion des finances de l’UE. En plus du rapport annuel et de la déclaration d’assurance, les rapports spéciaux sont en ce sens très intéressants et enrichissants.» Des rapports lancés après consultation de la commission du budget du Parlement européen.

La future membre de la Cour a marqué son intérêt pour la chambre IV de la Cour (marché unique et politique monétaire) et la chambre I (environnement, changement climatique et politique agricole commune). Elle pourra en tout cas compter sur l’appui de son prédécesseur, Henri Grethen, qui quitte la maison après 12 années de service et l’a déjà accompagnée dans sa préparation de l’audition devant les eurodéputés. Un «mentor» qui figure parmi les modèles libéraux de la jeune femme, entre  Lydie Polfer , Anne Brasseur et, sans qu’elle ait pu le connaître, Gaston Thorn.

Dernière ligne droite à la Chambre

Prochaine étape: la validation par le Conseil de l’UE de sa nomination à la Cour des comptes, pour une entrée en fonction effective au 1er janvier. Son assermentation devant la Cour de justice de l’UE devrait intervenir dans la foulée – voire plus tard sans affecter sa prise de fonction puisque ses collègues roumain et croate intégrés en juillet ont prêté serment début novembre.

Mme Elvinger déposera le 31 décembre ses mandats de conseillère communale et de députée. «Je vais me concentrer sur mon travail à la Chambre» jusqu’au 20 décembre, assure-t-elle. Le dernier projet de loi dont elle a rédigé le rapport porte sur les mécanismes de règlement des différends fiscaux – application de l’action 14 du projet Beps –, pour lequel le Conseil d’État a rendu son avis tout juste mardi. Restent quelques réunions des commissions concernant le budget 2020 ou encore les aides de minimis avant le vote du budget avant les vacances de Noël.

Direction ensuite le Kirchberg dans une «petite» institution européenne – la Cour des comptes affiche en effet 900 collaborateurs, soit beaucoup moins que le Parlement européen, la Commission ou la Cour de justice de l’UE. Un «nouveau défi» que Mme Elvinger aborde avec enthousiasme.