ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Le Luxembourg aux manettes

Plongée dans la blue economy



Pour donner de l’oxygène aux océans, la Commission européenne a confié à PwC Luxembourg le lancement de BlueInvest, une plateforme innovante dont les résultats intéressent le pays à plus d’un titre. (Photo: Shutterstock)

Pour donner de l’oxygène aux océans, la Commission européenne a confié à PwC Luxembourg le lancement de BlueInvest, une plateforme innovante dont les résultats intéressent le pays à plus d’un titre. (Photo: Shutterstock)

«Une goutte d’eau dans l’océan» (KPMG); «Nous sommes tous dans le même bateau» (BEI); «La grande vague de l’économie bleue» (BNP Paribas AM Luxembourg): le sujet technologies-océans est celui qui suscite le plus de punchlines amusantes. Le Luxembourg s’y intéresse sans… vague à l’âme.

Le Luxembourg n’a pas de pétrole, mais il a des idées. Le Luxembourg n’a pas non plus d’océan, mais il a encore et toujours des idées. Surtout quand il s’agit de financer une des révolutions technologiques les plus essentielles à l’avenir de la «Planète bleue».

Les efforts financiers entrepris jusqu’à 2018 dans la «blue economy» étaient des coups d’épée dans l’eau (désolé, ndlr), même si chaque effort a permis de conscientiser les Européens. Alors, par exemple, qu’on a investi jusqu’à 38,5 milliards d’euros par an pour la préservation des océans, il en aurait fallu… 148 milliards. C’est la Commission européenne, jamais avare de vagues (pardon, ndlr) d’indignation, qui le dit après avoir enfin réuni une communauté, confiée à Laurent Probst et PwC Luxembourg, de professionnels de l’océan, de l’investissement et des technologies de rupture, pour répondre à des enjeux parfois très éloignés les uns des autres.

BlueInvest, qui réunit 1.064 membres, 115 sociétés de technologie éligibles, dont 50 ont été mises en contact avec des investisseurs et 14 ont effectivement sécurisé des investissements pour assurer leur croissance, s’intéresse tout autant à la biotechnologie (2.000 milliards de revenus annuels par an en Europe et 18 millions de jobs) qu’à l’énergie renouvelable (puisque 90% des capacités offshore mondiales se trouvent en Europe et que cela donnera du travail à 400.000 personnes d’ici 2050) ou au tourisme côtier – 51% des lits du tourisme en Europe se trouvent adossés à la mer, 192 deals ont eu lieu depuis 2016 principalement dans la révolution du transport et des structures d’accueil –, ou encore au «green shipbuilding» (aux recettes dépassant les 70 milliards d’euros annuels et 500.000 emplois).

227 start-up et PME «offertes» aux appétits des investisseurs

Selon le dernier bilan de BlueInvest, 227 autres start-up ont participé au BlueInvest Pipeline, sorte de scène de pitching pour que le comité décide une mise en relation avec des investisseurs.

En février 2020, la Commission européenne annonçait injecter 75 millions d’euros dans le BlueInvest Fund , géré au Luxembourg par l’European Investment Fund, qui s’ajoutaient aux 40 millions d’euros alloués par le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche aux PME qui souhaitaient surfer (pardon, ndlr) sur la digitalisation. Un an plus tard, malgré les ambitions européennes, la taille de l’investissement était ramenée à 45 millions d’euros , comme s’il s’agissait d’abord d’aller tâter le goujon (sorry, vraiment, ndlr).

Deux premiers fonds ont été retenus au lancement: le belge Astanor, au profil intéressant, parce que spécialisé dans l’alimentation du futur, et un fonds luxembourgeois créé ad hoc depuis la Suisse, Blue Horizon I, géré par Blue Horizon Management, où Michael Renner et Alex Lawrence sont arrivés cet été, tandis que le Suisse Michael Kleindl est reparti vers sa société Komm Investment.

Trois autres les ont rejoints aujourd’hui, les Britanniques d’ Ocean 14 Capital , Sofinnova Partners et les Norvégiens de Sarsia .

Un drone, un récif artificiel et des algues

Dans quoi ces investisseurs professionnels ont-ils mis des tickets? Les Norvégiens ont par exemple Sea Smart dans leur portefeuille. La start-up norvégienne est spécialement dans les drones sous-marins. Son produit phare permet de surveiller l’état de la richesse en poissons d’une zone, mais aussi leur stress.

Parmi les plus gros fonds d’investissement à impact en Europe, Astanor  est focalisé sur l’avenir de l’alimentation et s’intéresse, dans ce contexte, à l’utilisation raisonnée des produits de la mer. Un de ses investissements, dans une start-up américaine appelée Kuleana , par exemple, vise à remplacer le thon par des produits de biotechnologie. Il investit aussi dans l’allemande Bettafish , qui remplace les produits de la mer par des végétaux; dans les françaises  Ynsect pour ses produits à base d’insectes pour les poissons, et Calyxia , spécialisée dans les microcapsules biodégradables, et dans la britannique Notpla , qui remplace le plastique dans l’emballage par des matériaux de la mer et végétaux.

Particularité du projet européen? Il est assez transparent. La plateforme qui héberge les 230 projets prêts à être soumis à des investisseurs est en open bar . Elle a même un intérêt assez particulier en termes d’ergonomie: chaque start-up a sa fiche, et chaque fiche a le degré de maturité du projet, ce qui est intéressant parce que tous les investisseurs n’ont pas forcément le même horizon d’investissement.

Cette année, BlueInvest a récompensé les quatre start-up suivantes:

– la française Eolink , qui fabrique des éoliennes marines flottantes;

– la danoise Cliin , spécialisée dans la robotique associée au nettoyage des navires;

– l’espagnole Investalga , qui donne une nouvelle vie aux algues vertes dans la cosmétique, l’alimentation et la santé;

– la néerlandaise Reefy , qui a par exemple développé un récif artificiel modulaire face à la perte des récifs.

Il fait partie, comme le rappelle la Banque européenne d’investissement , d’une panoplie d’outils mis en place, sans forcément cibler la dimension technologique des projets. Comme la stratégie Blue Oceans, l’initiative surmédiatisée Clean Oceans.

Fin 2020, BNP Paribas Asset Management a levé l’ancre vers un autre horizon (désolé, encore, ndlr) pour lancer le premier ETF «Blue Economy» , qui suit l’évolution de 50 sociétés actives dans le secteur.

L’espace, une verticale luxembourgeoise qui y a sa place

«Le projet a plusieurs entrées pour le Luxembourg», explique Laurent Probst, à l’origine de la plateforme européenne. «Les océans représentent une économie de la data. Jusqu’ici, il n’y avait pas beaucoup de données, ou pas beaucoup de données publiques, parce que beaucoup sont très sensibles, comme celles de la surveillance maritime. Il va y avoir un impact sur le secteur de l’espace parce qu’en mer, on n’a aucun autre moyen de connecter une installation avec la Terre. Ensuite, dans un pays qui s’est positionné très clairement sur la finance verte, la blue economy doit être intégrée dans les stratégies d’investissement d’un côté, et dans les stratégies des assureurs de l’autre, qui sont confrontés à des catastrophes naturelles.»

Derrière ce sujet, il y a la mer à boire (pardon, ndlr), parce qu’il est en pleine croissance, au carrefour de thématiques technologiques, financières, de sécurité, d’environnement ou d’agriculture de demain.

Et si M. Probst navigue déjà dans les eaux de demain et d’après-demain (désolé, ndlr), il appelle à jeter un coup d’œil, par exemple, à la belgo-luxembourgeoise DeltaDriven 24 , qui permet de créer de l’énergie à partir du courant des rivières vers les océans, à la française Notilo Plus , elle aussi dans le domaine des drones et caméras sous-marins, et à l’allemande Plastic Fischer , qui produit des sortes de filtres à rivières, pour les 1.000 rivières qui rejettent le plus de plastique dans l’océan.

Cet article est issu de la newsletter hebdomadaire Paperjam Trendin’, à laquelle vous pouvez vous abonner  en cliquant ici .