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Affaires maritimes

Un secteur maritime solide et à l’ambition raisonnée



Le Sanderus, un navire de 111,7 mètres de long, en activité depuis février 2020, est l’une des dragues de toute dernière génération de Jan De Nul, à émissions ultra-faibles, «un navire résolument engagé dans le ‘green shipping’», selon Franz Fayot. (Photo: Maison Moderne)

Le Sanderus, un navire de 111,7 mètres de long, en activité depuis février 2020, est l’une des dragues de toute dernière génération de Jan De Nul, à émissions ultra-faibles, «un navire résolument engagé dans le ‘green shipping’», selon Franz Fayot. (Photo: Maison Moderne)

En visite sur le navire Sanderus de Jan De Nul, le ministre Franz Fayot a décrit un secteur maritime discret, mais solide, fort de ses 216 navires sous pavillon luxembourgeois. L’ambition est désormais de consolider l’activité, sans viser la quantité, mais en tendant vers l’innovation et le durable.

«C’est un secteur qui a moins de visibilité que d’autres comme le ‘space’ ou la finance, mais il est de qualité, en bonne santé, et il se développe lentement mais sûrement», déclarait mardi à propos du secteur maritime luxembourgeois le ministre de l’Économie, Franz Fayot (LSAP). Celui-ci était alors en visite sur le Sanderus, un navire de drague de 111,7 mètres de long, en activité sur l’Escaut, dans le port d’Anvers, exploité par la compagnie Jan De Nul, mais battant pavillon luxembourgeois.

Et la description du ministre semble bien résumer ce qu’il en est du secteur maritime au Luxembourg: discret, sans ambition démesurée, mais solide. Avec 216 navires sous pavillon luxembourgeois en 2020, l’évolution est certaine depuis 1990 et la création du registre maritime luxembourgeois. Pour autant, l’ambition n’a jamais été de faire du Luxembourg une puissance maritime: «Ce n’est pas la quantité qui importe, mais la qualité» de la flotte luxembourgeoise, ont répété en boucle Franz Fayot et le commissaire aux affaires maritimes, Robert Biwer.

Green shipping

La visite du Sanderus était l’occasion de souligner cet aspect: ce navire du groupe Jan De Nul – dont le siège social est au Luxembourg et qui, sur ses 82 navires, en compte 76 sous pavillon luxembourgeois, soit un tiers du registre du pays – est l’une des dragues de toute dernière génération, à émissions ultra-faibles, «un navire résolument engagé dans le ‘green shipping’», selon Franz Fayot.

Franz Fayot, en visite sur le Sanderus, veut, pour composer le registre maritime luxembourgeois, des «secteurs comme ceux de Jan De Nul, qui montent des éoliennes, font du dragage et dont la mentalité se dirige vers plus de durabilité». (Photo: Franz Fayot)

Franz Fayot, en visite sur le Sanderus, veut, pour composer le registre maritime luxembourgeois, des «secteurs comme ceux de Jan De Nul, qui montent des éoliennes, font du dragage et dont la mentalité se dirige vers plus de durabilité». (Photo: Franz Fayot)

«Nous ne voulons clairement pas certains secteurs, comme les pétroliers, la pêche ou les navires de croisière géants, qui sont des activités compliquées au niveau environnemental», explique le ministre. Son désir va à l’opposé, vers «d’autres secteurs comme ceux de Jan De Nul, qui montent des éoliennes, font du dragage et dont la mentalité se dirige vers plus de durabilité».

Niche de diversification

Pourtant, à l’origine, lors de la création du registre au début des années 90, on était loin de telles ambitions écologiques. «C’était une nouvelle niche de diversification économique, née de la faiblesse du cadre belge de l’époque, qui a créé une demande forte du secteur des armateurs belges pour trouver un autre endroit où mettre leurs pavillons. Le Luxembourg est entré dans cette brèche, avec aussi l’idée de constituer une nouvelle opportunité pour le secteur financier», admet Franz Fayot.

Mais, par la suite, «cela s’est développé, comme souvent, dans une autre direction», estime le ministre, pour qui «certains secteurs de niche comme les dragues ou les navires transporteurs nous sont venus à un certain moment – aussi par opportunité, il faut le dire. Mais nous avons su les fidéliser et nous entendons les développer.»

Le secteur maritime apporte en tout cas «une réelle substance» au Luxembourg malgré le fait qu’il s’agisse d’un pays enclavé, assure Robert Biwer: au-delà des 300 emplois directs que compte aujourd’hui le secteur maritime, environ 2.000 personnes travailleraient dans des activités liées, dans la finance ou le juridique. Ce qui peut paraître faible quand on sait que Jan De Nul compte 6.267 salariés – et qu’une centaine est employée au siège social à Capellen.

Du sur-mesure pour les armateurs

La fiscalité n’est, bien sûr, pas étrangère à l’attractivité du registre luxembourgeois. Mais d’autres arguments sont relevés: du fait d’une bonne couverture sociale, les marins qui y sont inscrits seraient «très contents», selon Robert Biwer, pour qui «cela fidélise le marin par rapport à l’armateur».

Surtout, la taille limitée du registre permet au commissariat aux affaires maritimes de répondre, selon les besoins de l’armateur, à des demandes très spécifiques et de faire ainsi du «tailor-made», ce qui est «très apprécié par les armateurs», assure Robert Biwer.

Le secteur maritime luxembourgeois est donc désormais tout à fait crédible dans le milieu, assure Robert Biwer: «Lorsque nous nous rendons à l’Organisation maritime internationale ou à l’Agence européenne pour la sécurité maritime, le Luxembourg fait bonne figure. C’est davantage dans les milieux ‘non éclairés’ que nous avons encore parfois des problèmes de reconnaissance. Mais nous arrivons à surpasser cela.»

Consolider et innover

Dans les années qui viennent, l’idée n’est en tout cas pas d’aller vers une forte expansion de la flotte, mais bien de «consolider cette activité, voire de la développer dans des partenariats forts avec des entreprises comme Jan De Nul», explique Franz Fayot. «L’essentiel, c’est de fidéliser les belles entreprises que nous avons chez nous et de faire des choses intéressantes avec elles, que ce soit en matière de recherche et développement ou d’investissements dans des navires plus durables.»

Tout en restant, bien sûr, compétitif. «La concurrence joue, il faut que cela se passe dans un ‘level playing field’. Un armateur peut choisir du jour au lendemain d’aller vers un autre pavillon», rappelle, pragmatique, Robert Biwer. Il s’agira donc de soutenir des projets ambitieux, mais avec la prudence qui s’impose.