LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Carrière

Mon premier job (1/10)

Pierre Urbain: «Je devais me lever très tôt le matin»



Pierre Urbain est un producteur de films pour le cinéma et la télévision qui travaille exclusivement dans le secteur de l’animation. Avec David Mouraire, il a fondé Doghouse Films en 2012. «Where is Anne Frank», un long métrage du studio de Differdange, sera présenté au Festival de Cannes cette année. (Photo: Pierre Urbain)

Pierre Urbain est un producteur de films pour le cinéma et la télévision qui travaille exclusivement dans le secteur de l’animation. Avec David Mouraire, il a fondé Doghouse Films en 2012. «Where is Anne Frank», un long métrage du studio de Differdange, sera présenté au Festival de Cannes cette année. (Photo: Pierre Urbain)

Quels ont été leur premier job d’étudiant, leur premier métier et leur premier salaire? Qu’en ont-ils fait, et quelle expérience en ont-ils retirée? Delano et Paperjam ont posé la question à une dizaine de personnalités au Luxembourg. Cette semaine: Pierre Urbain, producteur chez Doghouse Films.

En premier lieu, quel est votre métier actuel?

Pierre Urbain. – «Je suis producteur de films pour le cinéma et de séries pour la télévision, mais uniquement dans le secteur de l’animation, du dessin animé.

Quel a été votre tout premier job?

«Mon premier job d’étudiant a été de travailler dans un entrepôt de produits alimentaires pour une grande marque, en Belgique, près de Charleroi. C’était le père de ma copine qui, à l’époque, m’avait proposé ce job. À cette époque, j’étudiais le cinéma à Bruxelles, je voulais devenir réalisateur, mais j’ai complètement raté ces études. Voilà sans doute pourquoi, beaucoup plus tard, je suis devenu producteur! Il me fallait gagner des sous. Je me souviens que je devais me lever très tôt le matin en été et prendre le train pour arriver vers 5 ou 6 heures du matin, au moment où les premiers camions arrivaient, les uns après les autres, pendant toute la journée. Cela ne s’arrêtait pas.

Ils étaient énormes et je devais les décharger. Ils étaient remplis de palettes qui contenaient des casiers de bouteilles vides de toutes sortes de marques. Une fois les palettes déchargées, je devais classer les bouteilles et les bacs suivant les marques dans l’entrepôt. C’était un travail très fatigant et pas très gratifiant, mais comme l’usine était dirigée par mon ex-beau-père, il s’était arrangé pour que je reçoive un beau premier salaire, à l’époque. Je me souviens que certains ouvriers étaient quelque peu jaloux de mon salaire de simple étudiant. C’était dur, mais c’était une première expérience. L’année suivante, j’ai travaillé dans un magasin de la même marque, et cette fois, je devais réassortir les rayons d’alimentation.

Seriez-vous prêt à refaire ce travail, même pour une journée?

«Je ne vois pas pourquoi je devrais le refaire, mais si je devais, oui, pour une journée ou deux. La différence, c’est que je déchargerais certainement moins de palettes sur une journée et que je discuterais certainement beaucoup plus avec le personnel. Et puis j’aurais certainement un peu plus mal au dos!

Vous vous entendiez bien avec votre patron?

«Je me suis toujours bien entendu avec les différents patrons pour lesquels j’ai travaillé au cours de ma carrière. Je crois que l’on gagne toujours beaucoup, au niveau du boulot, à essayer de comprendre ce que la personne en face demande et pourquoi elle vous le demande. Le fait d’avoir souvent essayé de comprendre et d’apprendre de l’autre, même quand il est votre propre employé, m’a beaucoup aidé à trouver les solutions aux problèmes.

J’ai également la chance de travailler avec un associé avec qui je gère notre société de production par des échanges permanents et respectueux, même si nous ne sommes pas toujours d’accord et que nous sommes différents. Le respect et l’écoute sont, pour moi, des valeurs essentielles. Donc, oui, globalement, même si j’ai souvent décidé de quitter un job pour en prendre un autre parce que je n’avais plus beaucoup à apprendre, je me suis toujours bien entendu avec mes différents patrons. Ils m’ont aussi permis, à chaque fois et sans forcément le vouloir, d’évoluer et d’apprendre dans ce monde très particulier que sont la production et l’animation.

Je me suis précipité dans un magasin de hi-fi pour acheter un super ampli Marantz.

Pierre   Urbain,  producteur,  Doghouse Films

À l’époque, vos collègues auraient-ils été surpris d’apprendre que vous deviez devenir producteur/fondateur d’un studio de cinéma d’animation?

«Pas mal de collègues de travail et de contacts institutionnels ont été agréablement surpris quand je leur ai expliqué que j’avais, avec mon associé, créé un studio de production d’animation. Au fond de moi, c’était une idée qui germait depuis des années sans que je me décide réellement, car j’ai un esprit très indépendant et autonome. Mais d’un autre côté, les risques étaient aussi importants à devenir son propre patron avec toutes les implications personnelles, financières, familiales, etc. Sans un associé avec lequel réfléchir et construire, je ne l’aurais certainement jamais fait.

Nous nous sommes rencontrés tous les deux en travaillant sur un même film pour un autre producteur et en nous disant que réunir nos deux expériences complémentaires pourrait peut-être donner quelque chose. Ce qui est le cas, en toute humilité. Je me souviens que nous nous sommes décidés dans l’avion en allant en Italie pour travailler sur le film avec son réalisateur. 

Depuis, je suis très heureux de cette démarche qui me donne beaucoup de liberté. Nous choisissons les films sur lesquels nous travaillons parce que nous aimons les histoires qu’ils racontent, mais aussi parce que nos partenaires de production travaillent également dans la même démarche que la nôtre. Travailler avec une petite structure encadrée par une équipe de professionnels expérimentés et talentueux sur de chouettes films, c’est vraiment un travail passionnant.

En ce moment, ce qui est drôle, c’est que je rencontre parfois certains de mes anciens patrons, toujours producteurs, alors que je le suis devenu également. Mais dans ce métier, pour autant que l’on ait envie de travailler sur un certain type de film, il n’y a pas vraiment de concurrence, du moins au Luxembourg et dans le secteur de l’animation. Et dans ce secteur justement, un des atouts principaux est d’avoir son propre studio de fabrication, fonctionnant grâce à des artistes de talent, motivés, expérimentés et prêts à faire de leur mieux pour le film. Et pour ça, je dois dire que j’ai eu beaucoup de chance, car nos artistes se plaisent dans notre studio à taille humaine. C’est vraiment un chouette studio qui mélange la motivation des jeunes artistes et l’expérience des plus anciens.

Qu’est-ce que vous vous êtes offert avec votre premier salaire?

«Il faut savoir que je suis passionné par la musique depuis toujours, étant moi-même un musicien amateur. Je ne peux d’ailleurs pas travailler sans musique, ce n’est pas toujours facile pour les autres, même au studio. Avec mon premier salaire équivalent à 650 euros, à l’époque, je me suis précipité dans un magasin de hi-fi pour acheter un super ampli Marantz qui valait la moitié de mon salaire. Avec cet ampli, je pouvais enfin écouter de la musique dans ma chambre. Cela a fait bondir mes parents, car on n’avait pas vraiment les mêmes goûts. Je me suis débarrassé de cet ampli il y a quelque temps, et je le regrette encore.»