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Cinéma

«Fritzi», une animation coproduite par les Luxembourgeois



Le long métrage «Fritzi, histoire d’une révolution», est une nouvelle animation coproduite par les Luxembourgeois grâce à Doghouse Films. Le film sort en salle le 16 octobre.

Cela fait 30 ans cette année que le mur de Berlin est tombé. Mais malheureusement, l’histoire se répète, et d’autres murs sont toujours existants aujourd’hui, qu’ils soient bien réels ou symboliques. «Fritzi, histoire d’une révolution» est l’histoire d’une petite fille de 12 ans qui vit en 1989 à Leipzig, coté Allemagne de l’Est donc. Un jour, sa meilleure amie, Sophie, part en vacances en Hongrie, et lui confie son petit chien Sputnik.

Mais Sophie ne rentre pas, car sa mère a choisi de tenter sa chance pour passer la frontière et d’aller à l’Ouest. Fritzi, elle, découvre au fur et à mesure que la frontière n’est pas tant faite pour les protéger de ces «affreux capitalistes», mais pour les empêcher de circuler librement. Elle essayera pourtant de rapporter son petit chien à son amie passée à l’Ouest, sans baisser les bras devant les menaces de la Stasi. En parallèle, le peuple de Leipzig manifeste dans la rue pour sa liberté, et la jeune Fritzi se retrouve à marcher à leurs côtés.

Ce film, réalisé par Ralf Kukula et Matthias Bruhn, est donc une fenêtre ouverte sur l’Allemagne de l’Est au moment de la chute du mur, vue à hauteur d’enfant. Ce long métrage, qui sort en salles le 16 octobre grâce à une distribution assurée par Tarantula Distribution, est coproduit par quatre pays: l’Allemagne, le Luxembourg, la Belgique et la République tchèque. Pour le Luxembourg, c’est la société de production Doghouse Films qui a relevé le challenge. L’occasion de poser quelques questions à David Mouraire et Pierre Urbain, les producteurs et fondateurs de Doghouse Films.

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David Mouraire et Pierre Urbain (Photo: Marion Dessard pour le 1535° Creative Hub – Differdange)

Comment avez-vous eu connaissance du projet de cette animation?

David Mouraire. – «Nous avons découvert le projet lors de salons professionnels, comme c’est souvent le cas pour les producteurs. La première fois que nous avions entendu le pitch de «Fritzi», c’était lors de Cartoon Movie il a quatre ans, puis de nouveau à Amsterdam.

L’histoire nous plaisait, le fait que cette période historique soit abordée du point de vue d’un enfant et que l’histoire fasse ressortir le côté humain nous séduisait. Un peu plus tard, le Film Fund a organisé une mission pour les producteurs à Cologne à laquelle nous avons participé, et là, nous avons rencontré Richard Lutterbeck, qui était un des producteurs allemands déjà engagés dans l’aventure de «Fritzi». Il nous a fait rencontrer Matthias Bruhn, un des deux réalisateurs, avec qui nous nous sommes très bien entendus. Nous en avons plus appris sur le projet, ses besoins. Nous sommes revenus au Luxembourg avec le scénario, que nous avons étudié, et trouvé très enthousiasmant.

Pierre Urbain. – «C’est alors que la coproduction s’est mise en place et que le puzzle avec les autres coproducteurs a pu s’organiser. Nous avons pu déposer un dossier auprès du Film Fund, qui a accepté de soutenir ce projet.

Il me semble que votre rôle ne s’est pas limité à un apport financier pour autant. Pouvez-vous nous préciser quel a été votre rôle dans cette production?

P.U. – «À côté de Doghouse Films, nous avons une autre société, Doghouse Studio, qui intervient sur la fabrication des animations. En plus de les aider dans le montage financier du projet, nous pouvions aussi les aider par la réalisation des décors, ce dont ils avaient besoin. Nous avions aussi un savoir-faire en 3D qui les intéressait, car, même si tout le film est réalisé en 2D, les véhicules sont dessinés en 3D. Nous avons eu aussi la possibilité de leur proposer le compositeur du film, André Dziezuk, avec qui les réalisateurs ont eu un très bon contact et qui a donc composé toute la musique du film. D.M. – «Notre apport financier s’élève à environ 20% du coût total du projet, qui est chiffré à 5,4 millions d’euros – ce qui est d’ailleurs relativement peu pour un long métrage d’animation. Mais nous avons en effet pu aussi apporter une plus-value artistique à ce projet. En fait, nous avons même reçu la direction artistique pour tous les décors.

Quel a été l’apport des autres coproducteurs, à savoir Artémis pour la Belgique, Maur Film pour la République tchèque, et Balance Film et TrickStudio Lutterbeck pour l’Allemagne?

P.U. – «Les Allemands sont intervenus dans la recherche historique très précise des personnages et des lieux. Les Belges ont travaillé sur le design des personnages et le ‘compositing’, qui est l’étape où les personnages et les décors sont intégrés dans une même image, et les Tchèques se sont occupés de l’animation et l’enregistrement de la musique, avec l’orchestre de la TV tchèque. À cela, il faut ajouter un travail d’assistanat qui a été réalisé en Asie.

Après «Pachamama», votre dernière production, cette animation traite aussi d’un sujet engagé, politique. Est-ce une marque de fabrique de Doghouse Films?

D.M. – «Plus qu’une marque de fabrique, c’est une réelle volonté de notre part. Nous souhaitons produire des films d’auteur qui ont des choses à dire, dont les spectateurs peuvent retirer quelque chose. Ce ne sont pas des films chewing-gum, qu’on mâche un moment puis qu’on jette. Ce sont plutôt des films qui s’inscrivent dans la durée, qu’il est possible de revoir plusieurs fois et qui peuvent aussi avoir une longue vie auprès des enseignants par exemple.

Lorsqu’on regarde ces films, on peut aussi apprendre quelque chose. Ils ne sont pas là que pour divertir. Beaucoup de films aujourd’hui vont dans ce sens. C’est une bonne chose. Comme nous ne pouvons pas rivaliser avec les animations américaines, il y a un véritable cinéma d’auteur européen qui se développe en animation, à l’image de ce qui peut se faire dans le cinéma live.

Comment se porte l’animation au Luxembourg?

P.U. – «Très bien! Le budget alloué aux films d’animation par le Film Fund est tous les ans un peu plus important. Le secteur représente aujourd’hui environ 250 personnes qui sont reconnues au niveau international. Le fait d’avoir fait beaucoup de coproductions nous a permis de faire évoluer le niveau général des studios luxembourgeois qui sont devenus aujourd’hui des acteurs importants au niveau européen.

Nous pouvons fournir un travail de qualité et une bonne expertise dans nos domaines. Et nous sommes reconnus pour notre savoir-faire en coproduction, ce qui n’est pas le cas de tous les pays. Il n’y a qu’à voir le palmarès des films d’animation coproduits au Luxembourg! ‘Pachamama’, par exemple, notre film précédent, a été nommé aux Césars et a reçu un prix à Tokyo, ce qui est un peu la Mecque pour le secteur de l’animation! Et les films de nos confrères marchent aussi très bien.

Quels sont vos projets futurs?

D.M. – «Nous avons pour ambition de réaliser trois films tous les deux ans. Chaque projet prend du temps à être développé. Ce ne peut donc pas être un rythme très rapide. Nous travaillons actuellement sur une animation pour adultes inspirée de nouvelles de Haruki Murakami, ‘Saules aveugles, femme endormie’. Nous travaillons aussi avec Samsa sur le prochain long métrage d’Ari Folman qui porte sur l’histoire d’Anne Franck.

Et nous travaillons sur un projet que nous avons pour une fois totalement initié, ‘Le Club des gribouilleurs’, qui est un projet coproduit avec RTL. Nous allons dans 18 classes d’écoles primaires et demandons aux enfants d’imaginer une histoire et de réaliser les dessins de ces histoires. De retour au studio, nous traitons toutes ces données pour en créer une série d’animations. Ce projet sera diffusé à partir de février prochain.»