POLITIQUE & INSTITUTIONS — Justice

Fuite informatique

Le Parquet classe l’affaire ChamberLeaks



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La Chambre des députés a mené un audit visant son infrastructure informatique, mais n’a saisi le Parquet qu’à l’encontre des journalistes ayant révélé le pot aux roses. (Photo: Maison Moderne/Archives)

Le Parquet de Luxembourg a indiqué jeudi avoir «décidé de classer l’affaire sans suites pénales».

Plus d’un an après la révélation des lacunes de sécurité sur le site internet de la Chambre des députés, le Parquet de Luxembourg a finalement décidé de ne pas poursuivre les journalistes qui en ont fait la découverte.

«Dans l’appréciation du Parquet de Luxembourg, les faits mis en évidence par l’instruction ne sont pas de nature à caractériser de manière suffisante une infraction en matière de cybercriminalité qui pourrait justifier la continuation des poursuites pénales contre les personnes visées dans cette instruction», indique le Parquet dans un communiqué publié ce jeudi matin.

La radio 100,7 avait rapporté en mars 2018 que de nombreux documents «internes et sensibles» n’étaient pas sécurisés sur le site internet de la Chambre des députés. En modifiant simplement des URL dans la barre de navigation, ces documents confidentiels pouvaient être consultés par n’importe quel internaute.

Une enquête pour intrusion dans un système informatique

Cette faille aurait permis d’accéder à des «milliers» de documents, dont des rapports provisoires de la commission parlementaire de contrôle du Service de renseignement de l’État (Srel), des autorisations pour des hausses budgétaires pour ledit service, ou encore des notes internes pour des visites d’invités venant de l’étranger.

D’autres documents concernaient, toujours selon 100,7, le fonctionnement interne de la Chambre, notamment des documents concernant des recrutements.

Les services techniques de la Chambre avaient rapidement sécurisé le site avant que le président de la Chambre, à l’époque Mars di Bartolomeo , ne saisisse le Parquet à l’encontre des journalistes pour intrusion dans le système informatique. Un acte perçu comme de l’intimidation par la radio 100,7 comme par l’Association luxembourgeoise des journalistes professionnels .

La radio 100,7 n’a rien fait d’illégal, mais a suivi son devoir journalistique d’informer les citoyens sur le dysfonctionnement de l’infrastructure informatique de la Chambre.

Radio 100,7

Celle-ci a d’ailleurs été  perquisitionnée en mai 2018 . Une perquisition condamnée par la radio 100,7 alors que le service informatique de la Chambre, à l’origine de la faille, n’a jamais été inquiété.

Réagissant à l’annonce du Parquet ce jeudi, la radio socioculturelle estime qu’«il est normal et juste que la justice ait vérifié si quelque chose d’illégal s’est produit», mais que l’enquête visant les seuls journalistes s’avère «disproportionnée». «L’instruction du juge d’instruction Ernest Nilles aurait dû aussi se diriger vers la Chambre afin de déterminer si des data ont été dérobées et lesquelles», dénonce-t-elle.

Ce classement sans suite, s’il n’est pas commenté outre mesure par le Parquet, confirme que «la radio 100,7 n’a rien fait d’illégal, mais a suivi son devoir journalistique d’informer les citoyens sur le dysfonctionnement de l’infrastructure informatique de la Chambre». Dysfonctionnement confirmé par l’audit mené l’an dernier à la Chambre, mais toujours pas pleinement corrigé d’après la radio.

Cet abandon des poursuites constitue en tout cas une bonne nouvelle pour les journalistes ayant accompli leur devoir d’information. On se souvient que dans l’affaire LuxLeaks, il avait fallu attendre le jugement de première instance pour que le journaliste Édouard Perrin soit  blanchi des accusations  portées contre lui et le réquisitoire devant la Cour d’appel pour entendre  les excuses du premier avocat général .