POLITIQUE & INSTITUTIONS — Monde

Taxonomie européenne

Le nucléaire divise l’Europe lors de la COP26



Le nucléaire a divisé l’Europe durant la COP26 entre les partisans de son inclusion au sein de la taxonomie européenne et ceux, parmi lesquels le Luxembourg, qui y sont opposés. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne/Archives)

Le nucléaire a divisé l’Europe durant la COP26 entre les partisans de son inclusion au sein de la taxonomie européenne et ceux, parmi lesquels le Luxembourg, qui y sont opposés. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne/Archives)

L’Allemagne, l’Autriche, le Portugal, le Danemark et le Luxembourg ont fait une déclaration jointe lors de la COP26 pour s’opposer à l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie européenne. Une opposition frontale à la France, ainsi qu’à certains autres pays soutenant quant à eux l’inclusion du gaz.

«Afin que cette nouvelle taxonomie reste crédible, il est très important de ne pas y inclure le nucléaire, pas plus que le gaz ou toute énergie fossile; cette taxonomie doit rester vraiment verte», déclarait, ce jeudi 11 novembre, la ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg (déi Gréng), lors d’une conférence de presse en commun avec ses homologues allemand, portugais, danois et autrichien.

Cette déclaration jointe des quatre pays avait un objectif: maintenir le nucléaire hors de la future taxonomie verte que prépare la Commission européenne. Une taxonomie qui permettra aux investisseurs de s’assurer qu’ils composent leur portefeuille financier avec des investissements durables.

La composition de la taxonomie divise

Mais la composition de cette taxonomie est sujette à débat. La France milite ainsi activement pour y inclure le nucléaire. D’autres pays d’Europe centrale, comme la République tchèque, la Hongrie ou la Pologne, voudraient que le gaz – pourtant par définition une énergie fossile, mais à l’origine de moins de gaz à effet de serre que le charbon ou le pétrole – en fasse aussi partie.

Dans ce contexte, la COP26 a ainsi été l’arène de nombreux exercices de lobbying pro ou anti-nucléaire. Le jeudi 4 novembre, le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, participait ainsi, au pavillon français, avec le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, et celui de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Mariano Grossi, à une conférence intitulée «L’apport des innovations dans le nucléaire pour renforcer les complémentarités avec les énergies renouvelables».

Dangereux, lent et cher

De son côté, le Luxembourg et ses alliés ont voulu être très clairs: le nucléaire «est trop dangereux, trop lent et trop cher pour contribuer en quoi que ce soit à l’action climatique lors de cette décennie décisive», a ainsi déclaré la ministre de l’Environnement allemande, Svenja Schulze. «Il est évident que le nucléaire n’est pas une énergie durable et il y a de bien meilleures alternatives, comme l’éolien et le solaire, qui sont moins dangereuses, moins chères et qui sont disponibles dès maintenant. Il est très important que les investissements soient dirigés vers des énergies renouvelables.»

«C’est une énergie sale et dangereuse et nous ne pouvons pas permettre de greenwashing au sein de notre taxonomie», a renchéri la ministre autrichienne, Leonore Gewessler. «C’est une question de crédibilité et de confiance: nous devons montrer aux consommateurs et aux marchés que les investissements durables sont vraiment durables.»

Paradoxe autour du financement des énergies fossiles

Cette division de l’Europe autour du nucléaire a d’ailleurs pu amener à des situations paradoxales: le 4 novembre, une vingtaine de pays et cinq institutions financières publiques se sont engagés à mettre un terme au financement à l’étranger de projets d’énergie fossile d’ici à la fin 2022. Mais si le Canada ou les États-Unis étaient signataires, ni la France ni le Luxembourg n’en faisaient partie. Du fait du nucléaire, mais pour des raisons radicalement opposées.

Comme l’expliquait Mediapart dans un article du 9 novembre , la France s’est récemment alliée avec la Hongrie, la Pologne et la République tchèque afin d’avoir leur soutien concernant l’inclusion du nucléaire dans la nouvelle taxonomie européenne. En contrepartie d’un soutien de la France à l’inclusion du gaz. La France voulait donc ménager ses nouveaux alliés en ne s’opposant pas ouvertement, via un soutien de l’accord du 4 novembre, au gaz.

Quant au Luxembourg, si le pays a choisi «de ne pas participer à cette initiative», c’est parce que «le langage reste trop ouvert sur le nucléaire», explique le ministère de l’Environnement. Il s’agissait de rester cohérent en vue, justement, de cette déclaration commune contre le nucléaire du 11 novembre.