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Climat

COP26: le discours de Xavier Bettel à la loupe



Xavier Bettel a mis en avant les avancées du Luxembourg en matière de lutte contre le réchauffement climatique.  (Photo: capture d’écran)

Xavier Bettel a mis en avant les avancées du Luxembourg en matière de lutte contre le réchauffement climatique.  (Photo: capture d’écran)

Ambitieux et volontaire, le discours de Xavier Bettel à la COP26, à Glasgow, soulève tout de même quelques interrogations ou, du moins, nécessite des éclaircissements.

  Xavier Bettel (DP) a listé les actions et engagements du Luxembourg en matière de lutte contre le réchauffement climatique, le 1er novembre, lors de son discours à la COP26 de Glasgow . Nous avons confronté ses propos à la réalité des mesures déjà prises ou annoncées.

Objectif: 55% de réduction des émissions de GES

Le Premier ministre a ainsi mis en avant la détermination du Luxembourg en matière de lutte contre le réchauffement climatique. À l’occasion du rendez-vous de Glasgow, il a affirmé que le Luxembourg et son gouvernement ont «rehaussé à 55% l’objectif de réduction de gaz à effet de serre à l’horizon 2030 pour atteindre la neutralité climatique au plus tard en 2050».

C’est juste. En août dernier,  peu après la publication du rapport du Giec , Carole Dieschbourg (déi Gréng), ministre de l’Environnement, du Climat et du Développement durable, avait détaillé  la stratégie climatique luxembourgeoise . «Si on regarde bien, le Luxembourg a décidé de relever le niveau de réduction des GES de -40% à -55% d’ici 2030. Nous avons également opté pour la neutralité climatique au plus tard en 2050, ce qui est recommandé par le Giec. Le Luxembourg n’a donc pas attendu le sixième rapport du Giec pour rehausser ses ambitions», avait déjà annoncé la ministre.

Un aspect contraignant à nuancer

Toujours dans son discours au pupitre de la COP26, le Premier ministre a également mis en avant le fait d’avoir «ancré les objectifs climatiques dans la loi climat et des objectifs sectoriels annuels également contraignants».

Sur ce point, la réalité est peut-être un peu plus nuancée. En juillet dernier, sept mois après l’adoption de la loi climat par la Chambre , le règlement grand-ducal fixant les objectifs de réduction de gaz à effet de serre des différents secteurs économiques – un instrument essentiel de la loi – a été publié

Cette même loi a bien défini des objectifs dans cinq secteurs, à savoir: industries de l’énergie et manufacturières, construction; transports; bâtiments résidentiels et tertiaires; agriculture et sylviculture; traitement des déchets et eaux usées. La loi autorise également une certaine flexibilité entre les secteurs. Ainsi, un secteur ayant dépassé ses objectifs en matière de réduction des émissions de GES en 2030 pourra venir compenser un secteur moins performant en la matière.

Un mécanisme qui laisse perplexe le Mouvement écologique . Tout comme l’absence de sanctions ou de contre-mesures en cas de non-respect des objectifs. D’ailleurs, la seule instance à même de sanctionner, si les objectifs ne sont pas atteints, reste la Cour de justice de l’UE. Mais de telles sanctions ne pourront de toute façon pas avoir lieu avant 2030… Il est donc difficile de parler «d’objectifs contraignants».

Un financement à clarifier

Sur le volet financier, cette fois, le Premier ministre a un peu semé… la confusion. Dans son discours à Glasgow, Xavier Bettel a rappelé que le Luxembourg s’est doté d’une enveloppe de 200 millions d’euros sur cinq ans pour la solidarité internationale en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

C’est même un petit peu plus, puisque, selon les documents du budget de l’État, cette enveloppe nommée «Financement climatique internationale» (FCI) se monte à 210 millions d’euros sur cinq ans. Dans le détail, 40 millions d’euros ont été alloués cette année, 40,5 millions le seront l’année prochaine, 42 millions en 2023, 42,5 millions en 2024, et, enfin, 45 millions d’euros en 2025.

Les choses se compliquent quand le Premier ministre affirme que «ces fonds additionnels à l’aide publique au développement, à laquelle le Luxembourg continuera d’allouer 1% de son revenu national brut, seront, pour une part croissante, investis dans des instruments innovateurs afin de mobiliser des financements privés indispensables pour une action climatique efficace. Aujourd’hui, je peux vous annoncer que le Grand-Duché de Luxembourg augmentera sa contribution de 50% pour l’année prochaine.»

Faut-il comprendre que le montant de 40,5 millions d’euros prévu en 2022 sera augmenté de 50% pour atteindre 60,75 millions d’euros? Ou bien faut-il comprendre que l’aide publique au développement, à laquelle le Luxembourg contribue, selon nos estimations, à 640 millions d’euros (ou 1% du revenu national brut), sera augmentée de 50% pour atteindre 960 millions d’euros l’année prochaine?

La question a été posée au ministère des Finances, qui nous a renvoyés au ministère d’État. Ce dernier n’avait pas encore répondu au moment de rédiger cet article.

Une progression des capacités renouvelables

Le Premier ministre s’est encore réjoui d’avoir introduit la gratuité des transports publics et a affirmé que le gouvernement «a été en mesure de doubler la production d’énergie renouvelable, permettant ainsi de couvrir dorénavant la consommation de l’ensemble des ménages du Grand-Duché de Luxembourg». 

La semaine passée, l’ILR a indiqué, dans un rapport, que la capacité de production d’électricité au Luxembourg est passée de 488 à 522MW . La part du renouvelable a augmenté, quant à elle, de 377 à 421MW. Mais, ce qui est indéniable, c’est que, depuis 2016, la production d’énergie renouvelable est passée de 461GWh pour atteindre 979 GWh en 2020. Elle a donc bien doublé.

L’année dernière, le pays a produit 979GWh (contre 802GWh en 2019), soit 15,6% de la consommation nationale. Le Luxembourg a aussi produit de l’énergie non renouvelable couvrant 3,7% de sa consommation. 80,6% de l’énergie a dû être importée, en provenance d’Allemagne surtout.

Mais affirmer que la production d’énergie renouvelable couvre la consommation des ménages est peut-être un raccourci. En 2018, toujours selon l’ILR, les ménages consommaient 12% de la consommation finale. Mais sur le terrain,  un peu plus de 144.000 ménages se chauffent au gaz ou au mazout en hiver . Donc on peut considérer par une équivalence théorique que le renouvelable couvre les besoins des ménages, mais pas dans la réalité quotidienne de 54,34% des ménages du pays. 

«Je me réjouis de vous annoncer que mon gouvernement vient aussi d’adopter sa stratégie nationale à long terme en matière d’action climat, qui pose des jalons pour une économie décarbonisée, circulaire, résiliente et compétitive», a ajouté Xavier Bettel.

À raison: on peut effectivement constater que la hausse des capacités renouvelables se justifie par une croissance constante des capacités photovoltaïques avec un bond de +27MW. Sur les six premiers mois de l’année, l’ILR mentionne qu’elles ont déjà augmenté de 41MW.

Depuis 2019, les projets de grande envergure visant à installer des panneaux solaires se sont multipliés, notamment sur les toits des entreprises.