POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Carole Dieschbourg, ministre de l’Environnement

Sur la COP26: «Il ne faut pas un accord à n’importe quel prix»



Lors de la COP25 à Madrid, aucun accord n’avait pu voir le jour, faute d’ambition suffisante, déplore la ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg (déi Gréng). Celle-ci espère que la COP26 sera l’occasion «de réaliser ce grand pas en avant au niveau des négociations» qui permettront de finaliser la mise en œuvre de l’accord de Paris. (Illustration: Maison Moderne)

Lors de la COP25 à Madrid, aucun accord n’avait pu voir le jour, faute d’ambition suffisante, déplore la ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg (déi Gréng). Celle-ci espère que la COP26 sera l’occasion «de réaliser ce grand pas en avant au niveau des négociations» qui permettront de finaliser la mise en œuvre de l’accord de Paris. (Illustration: Maison Moderne)

La COP26, qui se tiendra du 31 octobre au 12 novembre, aura un enjeu primordial: finaliser la mise en œuvre de l’accord de Paris. Carole Dieschbourg assure qu’il est encore temps de trouver un accord pour lutter contre la crise climatique – mais il devra être suffisamment ambitieux.

La ministre de l’Environnement, Carole Dieschbourg (déi Gréng), se rendra à la COP26 à Glasgow, qui se tient du 31 octobre au 12 novembre. L’enjeu sera de finaliser la mise en œuvre de l’accord de Paris, conclu lors de la COP21 en 2015. Même si cela sera «très difficile», la ministre assure qu’il est encore possible de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Mais il faudra trouver un accord suffisamment ambitieux, conforme aux recommandations du Giec .

Quelle est la priorité de cette COP26?

Carole Dieschbourg. – «Finir le ‘Paris Rulebook’, la mise en œuvre de l’accord de Paris, ce qui aurait dû être fait lors des deux dernières COP. En tant que pays européen, nous insistons pour finir ces travaux. En vue de cela, nous avons finalisé, il y a deux semaines, lors du dernier meeting des ministres de l’Environnement de l’UE, la position européenne, afin d’avoir un mandat clair et précis, une base de négociations au niveau international qui tienne la route.

Ce qui est important et qui a été intégré dans le mandat de l’UE, c’est que les marchés soient intègres, qu’il n’existe pas de double comptage, que la notion d’intégrité environnementale soit introduite et que les droits humains soient respectés. L’UE réclame aussi des cycles de négociations de cinq ans afin de réviser à la hausse les niveaux d’ambition à chaque échéance.

Le financement climatique international est aussi un des enjeux de cette COP26…

«Nous avons travaillé pour pouvoir faire une nouvelle annonce lors de la COP. Nous sommes déjà le pays qui investit le plus au niveau du financement climatique international. Mais nous avons préparé, avec le ministère des Finances et tous les acteurs du gouvernement, un positionnement qui nous met dans le peloton de tête des pays en la matière.

Si nous voulons que tout le monde remonte son niveau d’ambition, il est important de montrer ce que nous sommes en train de faire au niveau du financement climatique international. Parce que les pays les plus vulnérables n’auront pas confiance si nous ne leur montrons pas que nous sommes en train de travailler sur ce point. Et le Luxembourg a un rôle très important à jouer dans ce domaine.

Nous avons investi des sommes jamais vues dans le shift au niveau de la mobilité douce et du transport public.
Carole Dieschbourg

Carole Dieschbourg,  ministre de l’Environnement

La COP est aussi l’occasion de faire le bilan de l’action de chaque pays…

«En effet, il faut montrer que nous faisons nos devoirs au Luxembourg et que nous avons une stratégie climat à long terme pour atteindre la neutralité climatique en 2050. Pour cela, nous avons rehaussé le niveau d’ambition du Luxembourg de 40 à 55% avec la loi climat, nous avons mis en place nos objectifs sectoriels ainsi que les comités qui sont nécessaires pour poursuivre la lutte contre le changement climatique, à savoir l’observatoire scientifique.

D’autres membres du gouvernement seront-ils présents, en plus du ministère de l’Environnement?

«Oui, nous nous préparons aussi avec d’autres ministères qui seront présents. Il s’agit de montrer que le Luxembourg est en train d’opérer la transition dans d’autres domaines: par exemple, le ministre de la Mobilité, François Bausch (déi Gréng), va venir afin de montrer que, en tant que premier pays à avoir instauré la gratuité des transports publics, nous avons investi des sommes jamais vues dans le shift au niveau de la mobilité douce et du transport public.

Le Premier ministre, Xavier Bettel (DP), va tenir un discours lors de l’ouverture. Le ministre des Finances, Pierre Gramegna (DP), sera aussi présent. Ainsi, cela montre que tout le gouvernement est actif pour combattre la crise climatique.

En tant que ministre de l’Environnement, quel est votre rôle en coulisses?

«Lors de la deuxième semaine des COP, les ministres de l’Environnement de l’UE se réunissent chaque matin pour adapter et améliorer les positions européennes, puisque l’UE parle toujours d’une seule voix lors des négociations internationales.

En outre, le Luxembourg est dans un groupe qui s’appelle High Ambition Coalition, une coalition de pays créée à Paris. Nous nous voyons lors de chaque COP et, lorsqu’il faut plus d’ambitions sur certains éléments, lorsque nous voyons que certains risquent de ne pas se réaliser, nous négocions en coulisses, nous organisons des conférences de presse pour faire des déclarations politiques. Nous essayons ainsi de créer des dynamiques.

C’est donc cela le rôle de ministre: négocier, trouver des partenaires, des alliés, travailler dans les groupes où, si cela fonctionne bien, on obtient des résultats. Mais je négocie toujours dans le cadre de l’Europe, pour trouver une bonne position européenne.

Nous organisons aussi des rencontres bilatérales avec des pays partenaires, comme le Cap-Vert, pour faire le point concernant les actions sur lesquelles nous travaillons ensemble, en termes de plan climat, d’énergies renouvelables, et pour négocier afin que ces pays se positionnent de manière ambitieuse.

J’espère que nous aurons le courage de réaliser ce grand pas en avant au niveau des négociations.
Carole Dieschbourg

Carole Dieschbourg,  ministre de l’Environnement

Les COP passées se sont-elles révélées efficaces?

«En 2015 a eu lieu cette grande COP (la COP21, ndlr) lors de laquelle nous avons conclu l’accord de Paris, le cadre dans lequel nous travaillons maintenant. C’était une très bonne avancée.

Certains pas en avant ont ensuite eu lieu. À Katowice, nous avons terminé pas mal de boulot concernant la mise en œuvre de l’accord de Paris, sans pour autant parvenir à tout finaliser. À Madrid, malheureusement, nous n’avons pas fait de grand pas en avant à cause du contexte international. L’objectif, ici, était alors plutôt de ne pas revenir sur des acquis… Et l’année passée, il n’y a pas eu de COP, donc nous avons perdu du temps.

Pour cette COP-ci, il faudra donc terminer le travail sur le ‘Paris Rulebook’. Nous voulions finaliser cela il y a deux ans déjà. Donc j’espère que nous aurons le courage de réaliser ce grand pas en avant au niveau des négociations.

Ces négociations n’avancent-elles pas trop lentement au regard de l’urgence de la crise climatique?

«C’est clair. En tant que ministres de l’Environnement, nous voulons toujours aller plus loin et avancer plus vite. D’un autre point de vue, il faut aussi que les décisions prises tiennent la route. Ce n’est pas à n’importe quel prix qu’il faut avoir un accord: il faut aussi que cet accord soit suffisamment ambitieux.

Cette COP26 est parfois désignée comme «la COP de la dernière chance». Est-ce le cas?

«Certaines personnes le disent. Mais ça ne me plaît pas trop. Utiliser ces extrêmes peut aider ceux qui ne veulent pas d’accord. J’essaie donc d’être diplomate.

Est-il encore temps de trouver un accord qui permettra de limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C?

«Selon le rapport du Giec, nous pouvons encore atteindre cet objectif. Mais c’est très difficile. Il faut réagir dès maintenant et trouver des accords internationaux qui tiennent la route. Mais il nous faut l’ambition d’être en ligne avec ce que le Giec nous recommande. Il ne s’agit donc pas de trouver un accord à tout prix.

Cela dit, la constellation a bien changé maintenant: l’Europe a rehaussé son niveau d’ambition, les États-Unis sont de nouveau sur la table des négociations, la Chine a fait ses annonces. Dans cet esprit positif, nous pouvons espérer trouver un accord.»

Cette interview a été réalisée pour la newsletter Paperjam Green, le rendez-vous mensuel pour suivre l’actualité en matière d’environnement, de climat, de mobilité, de RSE et de green finance. Abonnez-vous ici.