ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Réglementation européenne

Nouvelles encres: un répit informel pour les tatoueurs



Une centaine de tatoueurs exercent dans 60 salons au Luxembourg. (Photo: Faton Agolli/Archives)

Une centaine de tatoueurs exercent dans 60 salons au Luxembourg. (Photo: Faton Agolli/Archives)

Les tatoueurs doivent respecter depuis le 4 janvier la réglementation européenne Reach qui interdit l’utilisation de certaines encres considérées comme dangereuses. L’Administration de l’environnement va se montrer tolérante à l’égard d’une mesure difficile à appliquer et retarder les contrôles.

4.000 substances chimiques désormais considérées comme dangereuses supprimées, un étiquetage plus strict… La réglementation européenne Reach interdit, depuis mardi 4 janvier 2022, certaines encres utilisées pour les tatouages ou maquillages permanents. Au lendemain de son entrée en vigueur, le règlement semble difficile à appliquer.

«Les producteurs avaient deux ans pour s’adapter et développer de nouvelles encres, mais pour finir, personne n’est prêt», témoigne Marion Pierre Thill, vice-président de la Confédération Hair Beauty and Tattoo Guild asbl.

Il y a bien quelques sociétés qui ont créé des encres conformes, puisque les fournisseurs européens doivent eux aussi s’adapter à cette réglementation, qui concerne aussi bien les ventes que les stocks. Mais leurs produits sont «déjà en rupture de stock», selon Marion Pierre Thill.

C’est un peu du n’importe quoi.

Marion Pierre Thill,  vice-président,  Confédération Hair Beauty and Tattoo Guild asbl

Pas de contrôle pour l’instant, mais pas de date précise

Conséquence: «Nous n’avons pas d’autre choix que de continuer à travailler avec nos anciennes encres, sinon il faut fermer la boutique», admet M. Thill. Qui estime à environ une centaine le nombre de tatoueurs travaillant dans 60 salons au Luxembourg.

Heureusement pour eux, l’Administration de l’environnement, en charge des contrôles, compte leur laisser du temps. «Nous avons indiqué que nous n’allons pas effectuer tout de suite des contrôles en 2022», déclare-t-elle à Paperjam. «Cependant, nous n’allons pas communiquer une date précise. Nous comprenons la situation difficile actuelle du secteur, mais nous avons aussi une obligation légale existante qui nous oblige à procéder à des contrôles. Il serait donc opportun que chacun se mette en règle le plus vite possible.»

Même une fois que les encres aux normes seront disponibles, certains craignent la disparition de plusieurs couleurs. Des pigments seront interdits à partir de janvier 2023 et des tatoueurs s’inquiètent notamment du bleu et du vert, pour lesquels une alternative pourrait être compliquée à trouver.

«Difficile à dire», commente Marion Pierre Thill. Il note surtout des conservateurs qui sont supprimés des encres. «Au lieu d’un an, la durée d’utilisation après ouverture passerait à cinq mois. Il faudra acheter en plus petite quantité et plus souvent. Si ce n’est que ça, nous n’avons pas de problème. Nous aimons travailler avec des produits sains et de bonne qualité.»

Il ne comprend cependant pas l’intérêt des nouvelles restrictions et doute des affirmations de l’Union européenne, qui a considéré, à la suite d’études, que certaines substances chimiques contenues dans les encres pouvaient provoquer, en plus d’allergies cutanées, des mutations génétiques et des cancers. «La réglementation ne tient pas la route, c’est un peu du n’importe quoi», résume-t-il.

Refaire les stocks

Le vice-président de la confédération des tatoueurs s’attend aussi à ce que les nouvelles encres coûtent plus cher. «Il faudra racheter tout son stock», ajoute-t-il. Il craint aussi le fait que «beaucoup de sociétés moins grandes n’ont pas le budget pour développer de nouvelles gammes».

Il a cependant moins d’appréhension en ce qui concerne la concurrence des tatoueurs étrangers, soumis aux mêmes règles que ceux luxembourgeois lorsqu’ils participent à des salons internationaux sur le territoire. Il devine plutôt une recrudescence du tatouage clandestin. «Certains vont essayer de se procurer sur internet des encres hors de l’Union européenne et tatouer dans leur cave ou au noir.»

Sachant que ces règles obligent déjà, d’une certaine façon, à «travailler dans la clandestinité» depuis le 4 janvier.

Après publication de l’article, l’Administration de l’Environnement a tenu à préciser qu’elle n’allait pas effectuer de contrôles début 2022, mais que cela ne voulait pas dire qu’elle n’allait pas effectuer de contrôles du tout au cours de l’année.