ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Premier vol habité pour SpaceX

Elon Musk et la Nasa relancent la conquête spatiale



Dimanche, les deux astronautes de la Nasa, Douglas Hurley et Robert Behnken, vêtus des combinaisons de SpaceX, sont arrivés sur le pad 39 à bord… d’une Tesla, autre success-story d’Elon Musk. (Photo: Nasa)

Dimanche, les deux astronautes de la Nasa, Douglas Hurley et Robert Behnken, vêtus des combinaisons de SpaceX, sont arrivés sur le pad 39 à bord… d’une Tesla, autre success-story d’Elon Musk. (Photo: Nasa)

Ce mercredi soir, à 22h33 au Luxembourg, toute l’Amérique aura les yeux rivés vers le ciel de Floride pour le premier lancement d’une fusée de SpaceX avec deux astronautes. Une nouvelle page pour la société d’Elon Musk, mais aussi pour la Nasa, neuf ans après son dernier vol habité.

Une fois les interminables contrôles de sécurité effectués, une route mène vers le mythique «pad 39». Les panneaux alertent sur la présence d’alligators près des vastes étendues d’eau qui la bordent, mais personne ne se souvient si un journaliste ou un ingénieur a disparu à cet endroit. À Cap Canaveral, les yeux sont rivés vers le ciel.

Ce soir, à 4h33 (EDT, 22h33 au Luxembourg), Elon Musk sera tendu comme l’arc de Robin des bois. Sa «forêt de Sherwood» à lui est là, à l’endroit où se sont déroulés tous les exploits de l’aventure spatiale américaine.

Quand le fantasque entrepreneur a obtenu la location pour 20 ans de ces lieux chargés d’histoire, personne n’en voulait. La guerre froide terminée, Américains et Russes avaient réorienté leurs faramineux budgets vers d’autres postes.

Musk, lui, adolescent attardé et génie controversé, rêve de Mars, l’imagination alimentée par les films de science-fiction des années 1970 et les fanzines en noir et blanc puis en couleurs. Monsieur «Dream Big» est au bord de la faillite, cette fin décembre-là, et quand la Nasa ouvre une première porte à ses projets fous, l’entrepreneur s’y accroche avec toute son énergie et sa détermination.

SES, client historique de SpaceX

Petit à petit, son Falcon 9 ridiculise tous les lanceurs de la planète: mettre un satellite en orbite peut coûter trois à quatre fois moins cher qu’Ariane et, au Luxembourg, SES accepte d’essuyer les plâtres des mises au point pour être parmi les premiers clients à lancer avec SpaceX, puis à lancer à bord de la première fusée réutilisable. Car le lanceur revient, attiré en douceur sur une plate-forme télécommandée par la fusée elle-même et surnommée «I still love you».

Ce soir, il ne s’agit plus de cela. Mais du premier vol habité d’un de ses engins, un SpaceX Crew Dragon, avec deux astronautes américains expérimentés à bord, Robert Behnken et Douglas Hurley, qui ont tous les deux été intégrés au prestigieux staff de la Nasa en 2000 et qui ont chacun participé à deux aventures spatiales à bord d’un STS. Hurley a même clos l’aventure spatiale américaine à bord du STS-135 en 2011 .

C’était sans compter sur la foi inébranlable du patron de Tesla. Ce soir, pour la «Demo-2 mission», les deux astronautes tests de la Nasa seront propulsés dans le ciel à 26.000km/h. Direction la Station spatiale internationale, où les deux hommes deviendront membres de l’Expédition 63.

52 ans après le dernier Américain sur la Lune

On ignore exactement combien de temps durera leur aventure, mais le SpaceX Crew Dragon devrait au minimum rester en orbite pendant 110 jours, tandis que les exigences de la Nasa se montent à 210 jours. L’enjeu pour Elon Musk est de réussir à obtenir cette certification de l’agence spatiale américaine pour pouvoir continuer à rêver de la Lune d’abord, et de Mars ensuite.

La prochaine étape devrait être une nouvelle arrivée sur la Lune en 2024. Ce serait 52 ans après qu’Harrison Schmitt ait foulé le sol lunaire pour la dernière fois, en décembre 1972 .

L’«ennemi» n’est plus soviétique ou russe, il est chinois: le 5 mai, l’empire du Milieu a lancé un nouveau test de sa «Long March 5B», une copie du Falcon 9 capable en théorie de transporter six hommes et qui devrait, dans les prochaines années, amener en orbite de quoi construire sa propre station spatiale, d’une taille cinq fois moins grande que celle dans laquelle vont aller les deux astronautes américains ce soir. Mais la Chine n’a que 10 ans d’histoire spatiale et c’est déjà un authentique exploit.

Probablement que cette nouvelle concurrence a, une nouvelle fois, incité les décideurs américains à accélérer dans la nouvelle conquête spatiale. Dans le ciel de Floride, ce mercredi soir, le SpaceX Crew Dragon mettra deux minutes avant de disparaître de la vue de ceux qui seront massés là, et un peu partout autour, pour savoir si Musk a réussi son nouveau pari.

Le lancement peut être suivi en direct à cette adresse .

Pour s’amuser à arrimer le Space X Crew Dragon à l’ISS .