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John psaila (deloitte luxembourg)

«Nous devons poursuivre l’effort collectif»



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L’agilité, la digitalisation et la durabilité sont les trois concepts prioritaires pour Deloitte Luxembourg, précise le managing partner du Big Four, John Psaila. (Photo: Deloitte Luxembourg)

Deloitte Luxembourg inaugure officiellement son nouveau siège ce soir à la Cloche d’Or. L’occasion de faire le point sur les priorités et la stratégie du cabinet avec son managing partner, John Psaila.

M. Psaila, on vous retrouve au nouveau siège de Deloitte à la Cloche d’Or, sur le Ban de Gasperich. Quel est votre coup de cœur au sein de ce bâtiment flambant neuf et que vos employés ont intégré en juin dernier?

John Psaila . - «Certainement l’atrium! C’est un peu comme la place centrale d’un village, là où les personnes se rencontrent et les échanges se matérialisent. Notre bâtiment est divisé en deux ailes. L’atrium est donc un point de rencontre naturel où il me plait de discuter de façon formelle et informelle avec nos collaborateurs. J’aimerais également mentionner notre fenêtre urbaine qui symbolise notre ouverture sur le monde.

Remarquez-vous, lors de ces conversations, le changement d’appartenance au travail dont font preuve les jeunes générations?

«Le rapport des nouvelles générations au travail a changé fondamentalement par rapport aux précédentes, avec la recherche d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée qui va de pair avec un besoin de flexibilité quant à leur emploi du temps. L’essentiel, pour nous, est de les écouter, de leur faire preuve de confiance et de leur apporter l’agilité qu’ils recherchent.

Comment s’est passé le déménagement de vos équipes de Neudorf et du Findel vers le Ban de Gasperich?

«Il s’est déroulé sur cinq jours ouvrables, de façon assez souple, sans souci majeur. Il reste quelques parachèvements à finaliser, mais tout le monde trouve ses marques et manifeste un certain enthousiasme grâce à la possibilité d’effectuer pas mal de choses sans recourir à la voiture.

Ce nouveau bâtiment nous permet aussi – et c’était l’objectif initial – de rassembler une majeure partie de nos équipes qui étaient auparavant réparties sur trois sites. Même si, entre temps, nous avons choisi de regrouper nos équipes en charge de nos solutions à destination de l’industrie financière à Belval en raison de la croissance de nos activités. Mais pouvoir rassembler un maximum de monde en un seul endroit est un véritable atout pour notre firme et nos clients.

Vue de l’atrium du siège de Deloitte Luxembourg. (Photo: Nader Ghavami)

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La fenêtre urbaine, marqueur du nouveau bâtiment. (Photo: Nader Ghavami)

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Vue depuis la fenêtre urbaine offrant un panorama sur la capitale et vers le sud du pays. (Photo: Nader Ghavami)

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Vue des bâtiments du cabinet. (Photo: Nader Ghavami)

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Vue des bâtiments du cabinet. (Photo: Nader Ghavami)

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Vue de l’entrée latérale située boulevard de Kockelscheuer. (Photo: Nader Ghavami)

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Quels sont vos dossiers prioritaires pour cette rentrée?

«Je parlerais plutôt de trois concepts prioritaires pour l’avenir de notre firme: l’agilité, la digitalisation et la durabilité. L’agilité est à considérer au sens large. Nous devons tout d’abord l’octroyer à nos collaborateurs, en lien avec les changements générationnels et sociétaux que nous évoquions. Nous devons aussi être agiles sur le marché et nous adapter, parfois assez rapidement, à ses évolutions au travers de notre offre de service.

Tout le monde veut qualifier son activité de durable, mais peu de normes sont reconnues par tous.
John Psaila

John Psaila,  managing partner,  Deloitte Luxembourg

La durabilité est sur toutes les lèvres. Comment aller au-delà de l’effet marketing?

«Certains acteurs l’affichent peut-être encore comme du ‘branding’, mais le critère de durabilité va devenir un impératif, tant pour les investisseurs, nos clients, le gouvernement, que pour tous les acteurs du marché au sens large. Je cite toujours la métaphore du rayon bio qui était quasiment invisible dans les supermarchés il y a 20 ans. C’est désormais un rayon d’appel et attractif.

L’enjeu sera de faire converger les notions entourant le concept de durabilité vers des normes reconnues et acceptées. Tout le monde veut qualifier son activité de durable, mais peu de normes sont reconnues par tous. Or, à l’avenir, il y aura une conformité qui doit s’établir et se faire reconnaître. Le Luxembourg a une belle carte à jouer dans ce contexte, mais il faut agir vite.

Que signifie la digitalisation pour Deloitte, un autre concept dont tout le monde parle?

«Il est utilisé parfois pour dire beaucoup de choses alors que la digitalisation n’est pas un phénomène nouveau. Elle recouvre, en revanche, une réalité très large. Qui aurait pensé, il y a quelques années, réserver un taxi avec son portable? Dans ce contexte, nous investissons sur trois axes: aider les nouvelles sociétés qui inventent des produits ou des services qui n’existent pas; aider les acteurs existants qui développent des modèles disruptifs grâce à la digitalisation et aider nos clients dans la rationalisation de leur efficacité opérationnelle au travers de la digitalisation.

Un ‘shift’ de compétences est nécessaire.
John Psaila

John Psaila,  managing partner,  Deloitte Luxembourg

La digitalisation transforme aussi vos propres métiers, dont l’audit…

«J’étais auditeur à mes débuts, et nous effectuions beaucoup d’opérations manuellement. La digitalisation offre désormais la possibilité de libérer du temps d’expertise humaine grâce à la prise en charge par les machines d’opérations de base ou routinières. L’auditeur va jouer un rôle plus important dans l’analyse, la compréhension du client et les diligences de haute valeur ajoutée. Il n’est pas non plus exclu que la blockchain soit intégrée dans le futur au processus d’audit, qui serait ainsi permanent et non plus annuel. Il s’agirait d’une forme de disruption du métier d’auditeur.

Ces changements, en cours ou à venir, nécessitent de se doter de nouveaux profils ou de faire évoluer les profils internes…

«Un ‘shift’ de compétences est nécessaire. Nous aurons toujours besoin de plus de techniciens. Il suffit de penser aux développements dans le domaine de la cybersécurité… Mais la digitalisation de l’économie entraîne une pénurie de talents dans ces métiers. Nous parvenons à en attirer grâce à l’attractivité de notre marque, bien que le pays soit dans une compétition de talents plus globale en raison de ses besoins en main-d’œuvre qui dépassent largement la masse de profils disponibles sur le marché de la Grande Région.

Comment combler ce manque à plus long terme?

«La priorité est d’investir dans le système éducatif pour réduire le décalage entre le curriculum et les besoins de l’économie. L’Université est sur la bonne voie, mais les efforts devront être poursuivis. Nous saluons d’ailleurs la création d’un ministère de la Digitalisation.

Au niveau des Big Four, nous investissons énormément dans nos collaborateurs pour les former aux évolutions réglementaires et de nos métiers. Nous aimerions évidemment les voir rester parmi nous, mais les mouvements inhérents au marché de l’emploi font que ces investissements en formation bénéficient aussi à l’ensemble de la société lorsque les collaborateurs nous quittent pour relever d’autres défis.

Vue aérienne du siège de Deloitte Luxembourg

Vous avez succédé à Yves Francis en tant que managing partner de Deloitte Luxembourg en juin 2018 . Dans quels domaines souhaitez-vous que votre cabinet soit particulièrement reconnu?

«Nous voudrions être les meilleurs dans tous les métiers que nous pratiquons. Notre grande force reste d’être bien équilibrés quant à l’importance relative de nos différents métiers dans notre firme.

Comment parvenir à faire bouger rapidement ou de façon agile un cabinet qui emploie quelque 2.350 personnes?

«L’agilité et la rapidité passent par des compromis ainsi que par la capacité de nos 125 associés et managing directors de se comporter comme des entrepreneurs. La liberté, l’autonomie, la confiance et des processus de décisions courts sont des éléments-clés pour y parvenir. Une grande firme peut sembler parfois lourde à manœuvrer, mais l’agilité est un travail de tous les instants.

Le Luxembourg doit, plus que jamais, se positionner comme porte d’entrée vers le marché unique.
John Psaila

John Psaila,  managing partner,  Deloitte Luxembourg

Comment percevez-vous la situation économique pour le reste de l’année et pour 2020?

«Je suis plutôt optimiste de nature, mais force est de constater que le contexte macroéconomique n’est pas simple avec la guerre commerciale USA-Chine, ou encore le Brexit. Le ciel est encore dégagé au-dessus du Luxembourg, mais des petits nuages s’amoncèlent à l’horizon, car le pays est évidemment concerné par ce contexte macroéconomique.

L’optimiste que je suis croit avec assiduité que l’incertitude à l’étranger peut aussi être un avantage pour notre pays qui reste un endroit sûr et stable, et qui sait s’adapter intelligemment aux contraintes externes.

Comment envisager les conséquences du Brexit pour la Place?

«Tout dépendra des conditions finales de sortie et de la manière dont la City se comportera après le Brexit. Elle aura une autonomie accrue, mais les entreprises et les investisseurs auront aussi besoin d’un repère en Europe pour se déployer sur les 27 autres pays membres. Le Luxembourg doit, plus que jamais, se positionner comme porte d’entrée vers le marché unique.

Ceci vaut aussi d’ailleurs pour les acteurs asiatiques. Je pense aux banques chinoises qui considèrent le Luxembourg comme voie ‘hub’ pour le marché européen. Nous devons préserver ce positionnement en poursuivant l’effort collectif, fourni tant par les acteurs publics que privés, et qui a toujours permis au pays de pérenniser sa bonne santé.»