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Jean Asselborn

«Nos capacités d’accueil ne sont pas infinies»



Présent à New York dans le cadre de la session des Nations unies, le ministre Jean Asselborn a notamment évoqué l’importance de l’accès aux soins, aux médicaments et à la sécurité sociale pour les migrants. (Photo: MAEE)

Présent à New York dans le cadre de la session des Nations unies, le ministre Jean Asselborn a notamment évoqué l’importance de l’accès aux soins, aux médicaments et à la sécurité sociale pour les migrants. (Photo: MAEE)

Un préaccord quant à une possible répartition des migrants de la Méditerranée a été trouvé lundi à La Valette. Mais Jean Asselborn, ministre des Affaires étrangères, ne pense pas qu’il pourra être approuvé lors de la réunion prévue à Luxembourg le 8 octobre.

Depuis 2015 la répartition des migrants venus de la Méditerranée entre les pays de l’Union européenne est un problème qui semble sans issue. Lundi, cependant, un préaccord a été trouvé à La Valette. Mais il est bien trop tôt pour crier victoire.

«Ce préaccord a été trouvé entre quatre pays: l’Allemagne, la France, l’Italie et Malte», commente depuis New York  Jean Asselborn , ministre des Affaires étrangères, présent là-bas dans le cadre de la 74e assemblée générale des Nations unies. «Trouver un terrain d’entente entre quatre pays n’est pas un miracle. C’est beaucoup plus compliqué quand il faut en dégager un entre six, huit ou plus d’états encore.»

Pas de décision officielle le 8 octobre à Luxembourg

Dès lors, penser que ce préaccord à petite échelle puisse être entériné par les 28 pays membres de l’UE lors de la réunion prévue à Luxembourg le 8 octobre est illusoire. «Ce n’est pas un sommet européen qui est prévu, mais une réunion de travail des ministres de la Justice et des Affaires intérieures, ce qu’on nomme une réunion ‘Jai’. Il faut faire attention à la terminologie employée. Trouver un accord de prise en charge des migrants à cette date est improbable.  Ce que je note comme vrai progrès à La Valette, c’est le changement de position de l’Italie depuis que Salvini n’est plus là . À Luxembourg, dans quelques semaines, on discutera et on verra alors les positions des uns et des autres», tempère Jean Asselborn.

Ce dernier indique que le Luxembourg a toujours été très actif dans son aide aux migrants sauvés en Méditerranée, puisque c’est pour ceux-ci que l’on aimerait établir des quotas de répartition. «Depuis un an, nous en avons accepté une quarantaine», souligne le ministre, qui s’est livré à un petit calcul démontrant les efforts luxembourgeois. «En deux ans, 8.000 personnes ont été sauvées en Méditerranée. L’Europe compte 500 millions d’habitants. Si on fait une proportion avec la population du Luxembourg, puisque c’est en partie sur cette base que les quotas pourraient être fixés, nous aurions dû en accueillir 8 en deux ans. Nous sommes à 40 par an. Mais pour un pays comme l’Allemagne, cela en ferait 1.300 à accueillir tous les deux ans.»

Une mission au Niger dans quelques semaines

De plus, Jean Asselborn souligne que les migrants de la Méditerranée ne sont pas les seuls à attendre de l’aide. Et ne sont pas non plus les seuls à qui le Luxembourg tend la main. «En octobre, une nouvelle mission, menée avec l’Office luxembourgeois de l’accueil et de l’intégration (Olai), partira au Niger afin de valider les venues de migrants bloqués à Agadès. Chaque pays européen s’est engagé à faire un effort en leur faveur, dont le Luxembourg», indique le ministre.

On peut espérer, à terme, un accord entre 12 pays européens qui participeraient à l’accueil des migrants. C’est un effort que nous devons faire pour la solidarité humaine internationale.
Jean Asselborn

Jean Asselborn,  ministre des Affaires étrangères

Mais même au Luxembourg, les aides ont des limites. «On ne peut prendre en charge tout le monde, c’est évident. Et, oui, nos capacités d’accueil ne sont pas infinies», conclut Jean Asselborn. Qui ne rêve plus d’un grand accord de répartition entre tous les pays membres de l’Union, certains pays de l’Est freinant des quatre fers face à la perspective de se voir imposer des quotas. «Mais on peut espérer un accord entre au moins 12 pays membres de l’UE qui participeraient à l’accueil sur leur sol. C’est un effort que nous devons faire pour la solidarité humaine internationale», commente encore le chef de la diplomatie luxembourgeoise.

À New York, dans le cadre de l’assemblée générale des Nations Unies, Jean Asselborn a soigné les relations internationales du Luxembourg. Il a ainsi rencontré Mahmoud Abbas, chef de l’autorité palestinienne. Mais aussi le Premier ministre du Maroc Saadeddine El Othmani, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Koweït Cheikh Sabah Khaled Al Hamad Al Sabah, le ministre des Affaires étrangères de la Moldavie, Nicolae Popescu, et la ministre des Affaires étrangères de l’Indonésie, Retno Marsudi.

Le directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), Antonio Vitorino (à gauche) a évoqué au ministre les dernières tendances migratoires, notamment en Méditerranée. (Photo: MAEE)

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Le chef de la diplomatie luxembourgeoise était accompagné par le Premier ministre dans le cadre de la 74e session de l’assemblée générale des Nations unies. (Photo: MAEE)

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Jean Asselborn et le Vice-Premier ministre, ministre des Affaires étrangères du Koweït Cheikh Sabah Khaled Al Hamad Al Sabah. (Photo: MAEE)

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En réunion avec le ministre des Affaires étrangères de la Moldavie, Nicolae Popescu. (Photo: MAEE)

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Bruno Eduardo Rodríguez , ministre des Affaires étrangères de Cuba, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS et Jean Asselborn. (Photo: MAEE)

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Jean Asselborn a aussi eu une entrevue bilatérale avec le directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), Antonio Vitorino. L’échange de vues fut l’occasion d’évaluer les dernières tendances migratoires, en particulier dans la région de la Méditerranée, et de faire le point sur la coopération fructueuse entre l’OIM et le Luxembourg. Lors de son discours dans le cadre d’un événement organisé avec l’OIM, le ministre a évoqué l’importance de l’accès aux soins pour les migrants: «La protection sociale et l’accès aux soins, notamment l’accès aux médicaments à un prix abordable, sont des aspects fondamentaux de la santé des migrants, quel que soit leur statut juridique», a ainsi dit Jean Asselborn.