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Politique (mise à jour)

Wickrange : déballage parlementaire



À la tribune, les accusations nominatives ont côtoyé les interpellations directes. (Photo : Charles Caratini)

À la tribune, les accusations nominatives ont côtoyé les interpellations directes. (Photo : Charles Caratini)

Le débat à la Chambre des députés s’est ouvert ce mercredi après-midi, dans un climat hallucinant. Du jamais vu ! La commission parlementaire sur les tenants de l’affaire Livange-Wickrange, réclamée par l’opposition, n'a pas reçu les faveurs de la majorité.

Alors que les voix ministérielles et parlementaires devaient en être à l’échauffement, en prélude au débat à la Chambre sur la désormais mythique « affaire Livange-Wickrange », l’opposition faisait parvenir à la presse le texte de résolution – déposée par Claude Meisch pour le DP et François Bausch pour les Verts - qu’elle souhaitait voir adopté.

Il y était exigé une « commission d’enquête ayant pour mission de traiter de toutes les questions de nature juridique et politique qui se posent de manière directe et indirecte dans ce dossier ». Les « considérants » de la résolution sont un programme en soi : on y parle de « déclarations contradictoires de certains membres du gouvernement » et des « informations circulant dans la presse », ainsi que de « graves accusations formulées par un promoteur des projets Wickrange et Livange à l’encontre du gouvernement ». Le texte notait aussi « que la responsabilité pénale et politique dans ce dossier doit être élucidée jusque dans les derniers détails »…

Ligne franchie

La résolution allait-elle être adoptée ? Telle quelle ? En clair, une majorité parlementaire allait-elle décider, par un vote démocratique, de donner des moyens d’investigation pour enquêter « contre » son propre gouvernement ?

Et puis il y avait le contexte, malsain, obscur et inédit, renforcé par la dernière révélation en date, signée RTL : un mystérieux document sonore, envoyé anonymement à la station, dans lequel le promoteur de Wickrange, Guy Rollinger, accuse « le gouvernement » de l’avoir explicitement menacé « de lui briser la nuque » s’il ne renonçait pas… Qui enregistre et dans quelles circonstances ? Qui menace exactement ? Qui envoie ce témoignage explosif ?
C’est dans cette atmosphère de film d’espions de série B que les parlementaires ont dû entamer leurs travaux ! François Bausch a ouvert le feu, en retraçant l’historique, déjà touffu, de ce dossier. Et en décochant les premières flèches : « Le gouvernement est tombé dans le piège d’un promoteur. » Pour lui, « la ligne rouge a été franchie » dans les relations entre décideurs publics et intérêts privés.

Crise grave

Les accusations nominatives côtoient les interpellations directes. Tout ça en direct sur la télévision parlementaire relayée par de nombreux médias. « C’est la plus grave crise politique du pays depuis longtemps », résume Claude Meisch. « Il est temps de faire éclater toute la vérité. Il en va de la crédibilité du pays. » Et, sans hésiter, le leader du DP assène que, s’il ne devait pas être décidé d’une commission d’enquête parlementaire, son parti et Déi Gréng saisiraient directement la justice, en déposant plainte contre les ministres concernés. Il cite Jeannot Krecké, Jean-Marie Halsdorf et aussi… Jean-Claude Juncker, « parfaitement au courant », selon lui.

Le Premier ministre, à la tribune, a fait le dos rond. En vrac, il a bien rencontré Guy Rollinger, dès 2009, puis Flavio Becca. Il les a invités à s’entendre. Il a été informé des menaces contre Guy Rollinger, en a parlé avec MM. Halsdorf et Krecké, qui ont démenti toute pression sur M. Rollinger.
S’il admet les engagements politiques du gouvernement sur les lignes de force du projet Livange, tandis que celui de Wickrange ne séduisait pas (« Tout le monde était contre », rappelle-t-il), Jean-Claude Juncker ne voit aucun engagement envers les promoteurs, rien de juridiquement contraignant, et donc rien de répréhensible.

Majorité contre opposition

Le ton est rapidement monté. Il a beaucoup été question de mensonges et d'éthique, de part et d'autre. Le débat, arbitré par le président Mosar, obligé d'appeler les députés au calme et à la retenue, a rapidement tourné au traditionnel combat entre majorité et opposition. Les porte-parole du CSV et du LSAP ont suivi, comme un seul homme, le même raisonnement: on est au-delà de la compétence d'une commission parlementaire, que les groupes majoritaires refusent donc.

Alors que chacun arrivait à en appeler au travail de la justice, tombait le communiqué du parquet de Luxembourg: ouverture d'une enquête préliminaire... Du coup, la séance pouvait se lever, plus vite que le doute.