PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Nadège Dufossé (Candriam)

«Les marchés ne progressent pas de manière indifférenciée»



Nadège Dufossé confirme que l’économie repart, mais le risque sanitaire reste une épée de Damoclès pour les investisseurs. (Photo: Candriam)

Nadège Dufossé confirme que l’économie repart, mais le risque sanitaire reste une épée de Damoclès pour les investisseurs. (Photo: Candriam)

Six mois après l’arrivée du nouveau coronavirus en Europe et à deux mois de l’élection présidentielle aux États-Unis, Nadège Dufossé, head of cross-asset strategy & deputy global head of multi-asset chez Candriam, porte un regard avisé sur la situation économique mondiale et l’évolution des marchés.

Que pensez-vous du changement de stratégie de la Fed annoncé la semaine dernière, qui tolère désormais une inflation légèrement supérieure à 2%?

Nadège Dufossé. – «Cette annonce ne recelait pas vraiment de grosses surprises. Beaucoup de choses avaient déjà été anticipées par les investisseurs. Ils s’attendaient à ce que la Fed reste extrêmement accommodante. Étant donné ces anticipations, on pouvait craindre déception éventuelle, mais cela ne s’est pas produit. Jerome Powell, le président de la Fed, est finalement resté relativement vague. En même temps, il a rassuré le marché quant à son soutien à l’économie.

Le principal message à retenir de son intervention est donc que les taux vont rester à des niveaux très bas encore longtemps?

«Effectivement. Les banques centrales vont apporter la liquidité nécessaire le temps que les économies reviennent peu à peu à la normale. Ces annonces sont donc rassurantes et la Banque centrale européenne, lors de la prochaine réunion de septembre, devrait, elle aussi, confirmer un fort soutien à l’économie.

La BCE va-t-elle suivre cette nouvelle voie?

«Elle va rester sur sa ligne de conduite. On n’attend pas de surprise de sa part actuellement. Toutes les banques centrales des grands pays sont engagées dans la même voie. Ce soutien est bien intégré par les investisseurs qui anticipent une poursuite de cet environnement monétaire favorable dans les mois qui viennent. Les communications des banques centrales gèrent bien les anticipations de marché dans la crise actuelle.

Vu le relativement faible taux d’hospitalisation, les marchés restent pour le moment assez sereins.
Nadège Dufossé

Nadège Dufossé,  head of cross-asset strategy & deputy global head of multi-asset,  Candriam

Près de 6 mois après le début du confinement du continent européen, peut-on déjà parler d’un redressement des économies européennes?

«Les chiffres montrent effectivement que l’activité a rebondi à partir du moment où le déconfinement a été entamé. Mais la croissance reste en deçà des niveaux précédents. Toute la question aujourd’hui concerne le rythme de la reprise. Il y a des éléments positifs – le soutien monétaire, celui des gouvernements aux entreprises, le fait que la consommation reparte – mais aussi des risques que cette reprise ne se passe pas aussi bien qu’espéré. Nous continuons à observer le rebond épidémique, qui reste une menace pour cette période de rentrée en Europe. Mais vu le relativement faible taux d’hospitalisation, les marchés restent pour le moment assez sereins. La seule chose qui semble pouvoir leur faire peur, c’est une saturation des capacités hospitalières qui entraînerait par exemple une fermeture des écoles ou le confinement d’une grande ville. Mais on n’en est pas là. La situation est mieux gérée.

Est-il logique d’avoir vu les marchés financiers se redresser avec un tel empressement?

«On observe effectivement un décalage entre l’économie réelle et la situation sur les marchés. En fait, ils ont anticipé la tendance de l’économie. Ils ont pris de l’avance, mais ne progressent pas de manière indifférenciée. On voit notamment que les grandes valeurs technologiques américaines ont progressé parce qu’elles bénéficient de la crise. En Europe, le mouvement pour l’environnement a tiré les valeurs connotées SRI (investissement socialement responsable). À l’inverse, le secteur de l’énergie, influencé par la situation du pétrole, reste à la traîne avec une chute de 40% depuis le début de l’année. Il y a donc une logique dans ces performances.

Un autre grand enjeu de ce scrutin est de savoir si le congrès sera unifié ou divisé.
Nadège Dufossé

Nadège Dufossé,  head of cross-asset strategy & deputy global head of multi-asset,  Candriam

Les élections américaines ont lieu dans deux mois. Un événement important pour les marchés en 2020?

«Oui, certainement. Pour l’instant, le plus simple à déterminer est l’impact qu’auront les programmes des deux grands partis sur les secteurs de la vie économique aux États-Unis. Selon la percée d’un des deux candidats dans les sondages, on voit l’un ou l’autre secteur surperformer ou sous-performer. Un autre grand enjeu de ce scrutin est de savoir si le congrès sera unifié ou divisé. S’il est unifié, le président disposera d’une marge de manœuvre confortable pour faire passer ses mesures. Ceci dit, le plus grand risque serait finalement que l’un des candidats conteste le suffrage et fasse procéder à un recomptage des voix. Cette période d’incertitude pourrait provoquer de la volatilité.

Étant donné l’ensemble de ces éléments, quel conseil donneriez-vous aux investisseurs aujourd’hui?

«Continuer à bien diversifier les investissements, tant sur le plan géographique qu’au niveau des classes d’actifs. Pour notre part, nous continuons à faire confiance aux valeurs technologiques américaines et aux valeurs SRI européennes. En même temps, nous avons commencé à prendre des positions sur des secteurs très en retard en Europe, comme les actions du secteur financier qui souffrent de la politique des taux bas et de la croissance faible.»