ENTREPRISES & STRATÉGIES — Industrie

Sidérurgie

Liberty Steel: le Luxembourg toujours dans le flou



Liberty Steel et sa filiale LLD emploient 772 salariés sur deux sites industriels situés à Flémalle et à Tilleur en Belgique. À Dudelange, le sidérurgiste compte plus de 200 salariés.  (Photo: Nader Ghavvami/Archives)

Liberty Steel et sa filiale LLD emploient 772 salariés sur deux sites industriels situés à Flémalle et à Tilleur en Belgique. À Dudelange, le sidérurgiste compte plus de 200 salariés. (Photo: Nader Ghavvami/Archives)

Pendant que les syndicats donnent de la voix, le ministère de l’Économie analyse encore le dossier pour trouver la meilleure des solutions pour Liberty Steel à Dudelange. Pour le moment, aucune ne donne cependant entière satisfaction.

«Dehors! Raus! Get out!» Les syndicats LCGB et OGBL n’auraient pas pu être plus clairs lors d’un piquet de protestation devant l’usine de Liberty Steel à Dudelange, ce vendredi.

Face à des difficultés financières et un manque de liquidité après la faillite de son créancier Greensill , le groupe sidérurgique n’a pas les fonds pour acheter assez de matière première pour faire tourner l’usine de Dudelange à plein régime ou à régime tout court. Conséquence directe, près de la moitié des salariés sont au chômage partiel avec une perte de salaire de 20%.

«Chaque salarié et sa famille perdent actuellement 20% de leur pouvoir d’achat, non pas par faute d’une mauvaise conjoncture, ce que chacun pourrait comprendre, mais en tant que victimes d’un artifice financier abritant une honteuse escroquerie des temps modernes actuels», proteste Robert Fornieri, secrétaire général adjoint du LCGB, devant les grilles de l’usine dudelangeoise.

Les syndicats veulent le départ de Liberty Steel, ou du moins une volonté affichée de vendre dans l’espoir de trouver un repreneur industriel stable avec le soutien de l’État luxembourgeois.

«Le piquet de protestation est l’expression du grand désarroi dans lequel se trouvent les salariés de Liberty Steel à Dudelange depuis des semaines. Je pense à eux et à leurs familles, mais aussi aux nombreux sous-traitants et fournisseurs, avec leur personnel, qui subissent aussi la situation actuelle. Le ministère de l’Économie est toujours en contact régulier avec toutes les parties concernées, dont notamment les syndicats. En s’appuyant sur l’expertise de la SNCI, il s’agit de trouver, malgré la complexité du dossier, la meilleure solution possible à la situation actuelle dans l’intérêt de l’usine, de ses salariés, et dans l’intérêt de la commune de Dudelange comme site industriel national», a fait savoir le ministre de l’Économie Franz Fayot (LSAP).

Pas de vente au Luxembourg pour le moment

Mais pour le moment, Liberty Steel n’a encore jamais évoqué le moindre désir de vendre l’usine de Dudelange. Alors qu’à Hayange, Liberty Steel a déjà lancé les manœuvres pour trouver un repreneur . De plus, le site luxembourgeois fait partie de Liberty Liège-Dudelange (LLD), complexifiant le dossier. Le ministère de l’Économie reste prudent en étudiant toujours les possibilités. Le portage de LLD par l’État, même sur quelques mois, est pour le moment un scénario comme d’autres, ni plus ni moins. «Le dossier est très complexe et international avec la faillite de Greensill. Un autre problème réside dans l’utilisation de l’argent que l’État peut mettre pour soutenir Liberty Steel. Le risque est de voir cet argent transféré ailleurs», souligne une personne proche du dossier.

Franz Fayot (LSAP) avait expliqué à la Chambre des députés avoir mandaté la Société nationale de crédit et d’investissement (SNCI) pour analyser la situation dans le but de mettre sur la table des solutions. «Pour le moment, il n’y a pas de solution toute faite et idéale, autrement elle serait déjà adoptée», assure-t-on dans l’entourage du ministre.

Dans l’opposition, le dossier est également suivi de près. Le député Laurent Mosar (CSV) s’impatiente, par le biais d’une question parlementaire au ministre, de connaître les premières conclusions de la SNCI, qui a été chargée d’analyser la situation et de trouver des chemins de sortie de crise. Laurent Mosar s’interroge également quant à un éventuel repreneur pour Dudelange, alors que plusieurs sites de Liberty Steel en Europe sont en train d’être vendus. Le député s’interroge aussi sur les montages financiers du groupe sidérurgique, surtout s’ils sont réalisés par des holdings au Grand-Duché.

La Wallonie propose un prêt à Liberty Steel

En Belgique, la Région wallonne a annoncé avoir proposé d’octroyer un prêt à la société Liberty Liège-Dudelange (LLD), au travers de la Sogepa (l’équivalent de la SNCI en Wallonie), afin qu’elle puisse poursuivre ses activités pendant une période de temps limitée à la durée strictement nécessaire pour organiser une procédure de recherche de repreneurs transparente et objective. «Une proposition subordonnée à des conditions strictes qui visent notamment à garantir le remboursement intégral de ce prêt et à organiser une procédure de vente à laquelle la Sogepa devra être étroitement associée», a indiqué, dans un communiqué de presse, Willy Borsus, vice-président du gouvernement de Wallonie et ministre de l’Économie en Belgique.

Pour le moment, aucun détail ne filtre de cette proposition. «Il y a encore des négociations en cours», indique-t-on du côté du cabinet de Willy Borsus.

Pour rappel, dans la région liégeoise, Liberty Steel et sa filiale LLD emploient 772 salariés sur deux sites industriels situés à Flémalle et à Tilleur.