POLITIQUE & INSTITUTIONS
INSTITUTIONS

Étude

La face cachée du Brexit



222510.jpg

L’incertitude pèse de plus en plus sur la City, selon le rapport. (Photo: Shutterstock)

Les mouvements d’entreprises ou de capitaux vers Dublin ou Luxembourg annoncés jusqu’à présent en prévision du Brexit ne seraient que la face visible d’un phénomène encore sous-estimé. Face au flou politique, les acteurs de la finance n’attendent plus.

Un secteur multipolaire. Une perte d’influence de la City. Un transfert encore sous-estimé des actifs… et des emplois.

Publié ce lundi par le think-tank britannique  New Financial , le rapport «Brexitometer» dresse un état des lieux des mouvements de structures, d’équipes et d’actifs dans le secteur financier entrepris en prévision du Brexit.

Ce panorama donne l’impression que le secteur financier a déjà fait ses devoirs, en s’appuyant notamment sur les accords bilatéraux conclus entre régulateurs pour poursuivre les opérations aussi normalement que possible malgré l’incertitude quant aux conditions de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Précautions prises

Les banques et les banques d’investissement ont déjà transféré 800 milliards de livres sterling, selon les auteurs du rapport, soit les mêmes données déjà mentionnées par l’organe de promotion de la Place de Francfort en novembre dernier, Frankfurt Main Finance.

65 milliards ont été transférés par les asset managers, et 35 milliards par les assureurs.

Une tendance qui s’est accélérée au fil l’année dernière, face à l’incertitude politique, et en envisageant le «worst case scenario» d’une sortie sans accord, qui serait évitée, selon le vote intervenu mercredi soir à la House of Commons.

«De nombreuses grandes sociétés ont déjà leurs structures en place dans l’Union européenne depuis plusieurs mois et ont déjà dépensé des dizaines ou centaines de millions de dollars dans leurs plans de contingence, et elles ne vont pas faire marche arrière vers le Royaume-Uni de sitôt», pointe le rapport.

Un aller sans retour

Le nombre de 5.000 est évoqué pour estimer les déménagements d’équipes ou les recrutements sur le sol européen.

«Pour de nombreuses sociétés bancaires et financières, le Brexit a eu lieu dans les faits l’année dernière», indique le rapport. «L’incertitude politique depuis le référendum a forcé les firmes à envisager le pire scénario d’un ‘no deal’, sans période de transition et pour se préparer de façon adéquate.»

Or, peu de sociétés ont clairement chiffré leurs intentions. Les 800 milliards dans les banques représentent 10% du secteur en Angleterre, indique New Financial.

La seconde grille de lecture du rapport laisse donc apparaître des impacts encore méconnus ou sous-estimés.

Le dénouement politique du feuilleton sera un déclencheur. Les exigences croissantes des régulateurs européens quant à la substance que les structures doivent présenter joueront aussi en faveur d’une hausse des effectifs.

Dublin, Luxembourg et Paris

New Financial a d’ailleurs identifié 275 firmes au Royaume-Uni qui ont procédé, ou vont procéder, au déplacement d’une partie de leurs activités, personnels ou entités.

250 sociétés ont déjà choisi un des hubs financiers européens en tant que nouvelle porte d’entrée vers le marché unique.

Déjà citées dans d’autres rapports du Financial Times ou de KPMG , Dublin et le Luxembourg restent en tête du nombre de relocalisations:

Une City moins puissante

Alors que les députés britanniques doivent voter jeudi soir pour entamer une éventuelle procédure de report de la date de sortie, le 29 mars, les jeux semblent faits pour la City.

La Place londonienne ne va évidemment pas disparaître par l’effet du Brexit. Les acteurs politiques et financiers européens ont d’ailleurs tout intérêt à préserver des relations et des échanges aussi fluides que possible pour éviter qu’elle ne prenne une allure «offshore».

Mais le rapport de New Financial pointe d’ores et déjà une perte d’influence de la prédominance de la City en Europe en raison de la hausse des coûts, de la complexité et des risques, qui sera indissociable du Brexit.

Une sortie historique qui conduirait à une redistribution des centres de gravité de la finance européenne. Et à une finance toujours plus multipolaire.