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grand oral

Lagarde, l’art et la manière de dépoussiérer la BCE



Christine Lagarde a annoncé qu’elle allait mener une revue stratégique de la BCE à partir du mois de janvier 2020. (Photo: BCE)

Christine Lagarde a annoncé qu’elle allait mener une revue stratégique de la BCE à partir du mois de janvier 2020. (Photo: BCE)

Jeudi 12 décembre, pour sa première conférence de presse en tant que présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde a annoncé un changement de style, et donné quelques pistes de la revue stratégique qu’elle entamera en janvier.

Installé le 1er novembre 2011 dans le fauteuil de président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi avait donné sa première conférence de presse deux jours plus tard, en pleine crise grecque. Et annoncé une baisse de taux, à la surprise générale.

Tout comme celle de Mario Draghi il y a huit ans, la première intervention de Christine Lagarde était très attendue des «ECB watchers». Mais pas de surprise cette fois-ci, hormis un net changement de style.

Alors qu’il avait été reproché à Mario Draghi un ton cassant et un manque de chaleur lors de son premier grand oral, Christine Lagarde, décomplexée et tout sourire, a prévenu: «Chaque président a son propre style de communication. Je sais que certains ont hâte de comparer et de noter… Je vais avoir mon propre style, donc ne cherchez pas à deviner, ne surinterprétez pas mes propos. Je serai moi-même, donc probablement différente!», a-t-elle lancé avant de s’attaquer aux sujets de politique monétaire et économique.

Taux inchangés

Attendue, la décision de politique monétaire a consisté à laisser les taux directeurs inchangés (0% pour le taux de refinancement, 0,25% pour le taux de prêt marginal, -0,50% pour le taux de dépôt ).

«À la lumière des perspectives actuelles d’une inflation faible, le Conseil des gouverneurs a rappelé la nécessité de maintenir une orientation très accommodante de la politique monétaire pendant une période prolongée afin d’affermir les tensions inflationnistes et de soutenir l’inflation globale à moyen terme», a précisé Christine Lagarde dans  sa déclaration introductive .

Charlotte de Montpellier, économiste chez ING, ne croit cependant pas à un nouvel assouplissement à l’avenir: «Plus les baisses de taux se succèdent, plus l’effet attendu sur l’inflation devient marginal, et plus les effets secondaires non désirés augmentent», commente-t-elle.

La présidente de la BCE a par ailleurs envoyé un signal positif concernant la situation économique de la zone euro, pointant du doigt de «premiers signes de stabilisation du ralentissement de la croissance et d’une légère accélération de l’inflation sous-jacente». Avant d’expliquer que «les risques pesant sur les perspectives de croissance de la zone euro, liés aux facteurs géopolitiques, à la montée du protectionnisme et aux vulnérabilités sur les marchés émergents, demeurent orientés à la baisse, mais se sont légèrement atténués».

Revue stratégique

Christine Lagarde a également annoncé qu’elle allait mener une revue stratégique de l’institution de Francfort. Un exercice qui n’a pas été mené depuis 16 ans.

«C’est un moment propice à cette initiative, car il y a actuellement moins de problèmes à régler au jour le jour. Le sentiment de crise et d’urgence s’est atténué, et laisse donc la place à cette revue stratégique», estime Charlotte de Montpellier.

Cette revue sera lancée courant janvier, et finalisée avant la fin de l’année 2020. «Il n’y a pas de zone d’atterrissage prédéfinie et le cadre de la revue n’a pas encore été arrêté par le Conseil des gouverneurs», a déclaré Christine Lagarde, tout en en distillant quelques thèmes majeurs, comme la prise en compte des évolutions technologiques, du changement climatique, ou encore des inégalités.

La «boîte à outils» à disposition de la BCE sera également analysée. «La politique de Mario Draghi s’est focalisée sur des objectifs à atteindre au moyen d’outils non conventionnels. Ces derniers sont petit à petit devenus une nouvelle norme, mais il convient désormais de les évaluer», ajoute Charlotte de Montpellier.

Costume de chouette

Cette revue stratégique sera menée en gardant en ligne de mire le mandat de l’institution, qui consiste à garantir la stabilité des prix en Europe, et en prenant des décisions «aussi consensuelles que possible», a souligné Christine Lagarde. Une référence aux dissensions internes que connaît le Conseil des gouverneurs au sujet de la politique monétaire accommodante menée par son prédécesseur.

Elle a d’ailleurs précisé à ce sujet qu’elle ne se rangeait ni du côté des colombes (partisans d’une politique accommodante), ni de celui des faucons (défenseurs de l’orthodoxie monétaire), mais qu’elle se voyait bien dans la peau… d’une chouette. «Mon ambition est d’être cette chouette, un oiseau souvent associé à – un peu – de sagesse», a-t-elle expliqué.

«Pour un premier grand oral, il était plutôt réussi. Elle a été claire et a d’emblée prévenu du changement de style. Cela évitera probablement que les marchés fassent ensuite des anticipations non désirées», résume Charlotte de Montpellier.

La prochaine réunion de politique monétaire, et donc la prochaine conférence de presse, aura lieu le 23 janvier 2020.