PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Banque centrale européenne

Quel sera le style Lagarde?



281836.jpg

Christine Lagarde prendra ses fonctions le 1er novembre. (Photo: Shutterstock)

Christine Lagarde remplace Mario Draghi à la présidence de la BCE ce vendredi 1er novembre. À quels changements faut-il s’attendre?

Première femme à avoir occupé le poste de directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), en juillet 2011, Christine Lagarde est désormais la première également à assurer la délicate mission de président de la Banque centrale européenne (BCE).

Après huit années de règne de l’imperturbable banquier italien Mario Draghi, faut-il attendre une révolution de la nomination de cette ancienne avocate, qui a également été ministre dans le gouvernement français pendant sept ans, dont quatre (2007-2011) en tant que ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie? «Sans doute pas une révolution, dans la mesure où Mario Draghi a déjà bien contribué à faire évoluer cette institution en quittant le rôle mécanique, indépendant et autoritaire de ses prédécesseurs», estime Philippe Ledent, senior economist chez ING Belux.

Nannette Hechler-Fayd’herbe, chief investment officer International Wealth Mana­gement chez Credit Suisse, mise également sur une transition dans la continuité. «Draghi s’est montré favorable au maintien d’une politique expansive, Christine Lagarde est dans le même camp. Il lui laisse un testament sous la forme d’un programme de rachat d’actifs quasi illimité, lié uniquement à l’évolution de l’inflation. Je la vois maintenir cette politique, mais en y ajoutant peut-être de nouveaux instruments d’intervention.»

Un «mix plus équilibré»

La différence entre Draghi et Lagarde devrait plutôt se jouer sur le profil professionnel, entre le banquier et la politicienne. «Christine Lagarde détient un background diplomatique et politique conséquent, note Madame Hechler-Fayd’herbe. Cette expérience lui donnera peut-être ­l’occasion de développer un mix de politique économique plus ­équilibré entre politique fiscale et politique monétaire.»

Quant à Mario Draghi, s’il a déjà su se montrer plus souple que ses prédécesseurs, Jean-Claude Trichet et Wim Duisenberg, il n’en reste pas moins un banquier pur jus, estime Philippe Ledent. «Il a gardé un aspect professoral, assez rigide, refusant de se prononcer sur des critiques jugées farfelues.» Mais pour la première fois dans la jeune histoire de la BCE, «Super Mario» a laissé transparaître les divisions qui pointent au sein du Conseil des gouverneurs plutôt que d’assener la «bonne parole» de l’institution de Francfort comme ce fut le cas avant 2011.

«L’arrivée d’une vraie femme politique va encore faire évoluer les choses», estime l’économiste d’ING. Elle devrait se montrer capable d’encore mieux gérer les différents courants d’opinion et de mieux intégrer la politique monétaire dans la politique économique globale. «Mais pour un président de la BCE, la communication est aussi un jeu dangereux. La confusion autour d’un message du président de la BCE peut très vite déstabiliser les marchés. Christine Lagarde devra donc parfaitement maîtriser tous les concepts de la politique monétaire», avertit Philippe Ledent.