POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Réactions des chefs économistes

Lagarde à la BCE: «Ce n’est pas une erreur de casting»



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À la tête du FMI depuis 2011, Christine Lagarde succédera à l’Italien Mario Draghi fin octobre. (Photo: Shutterstock)

Nommée présidente de la Banque centrale européenne mardi 2 juillet, Christine Lagarde n’a pas d’emblée fait l’unanimité. Philippe Ledent (ING Belux) et Bruno Colmant (Degroof Petercam Bruxelles) réagissent à cette nomination.

Les spécialistes de la politique monétaire n’ont pas tous sauté de joie à l’annonce de la nomination de la Française Christine Lagarde au poste de présidente de la Banque centrale européenne (BCE) mardi 2 juillet.

Car l’actuelle directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) ne coche ni la case d’économiste ni celle de théoricienne de la politique monétaire. Ce qui n’en fait pas moins un choix judicieux pour succéder à l’Italien Mario Draghi fin octobre, selon les économistes.

À 63 ans, l’avocate anglophone a d’abord travaillé pour le cabinet Baker & McKenzie avant d’entrer en politique. Elle a ainsi occupé, en France, les fonctions de ministre du Commerce extérieur, ministre de l’Agriculture et ministre des Finances et de l’Économie.

Expérience internationale

«C’est en apparence une nomination surprenante. Mais le président de la Fed, Jerome Powell, est lui aussi juriste de formation. Christine Lagarde a par ailleurs été impliquée dans tous les grands dossiers politiques et monétaires ces dernières années au sein du FMI. Ce n’est donc pas une erreur de casting», rappelle Philippe Ledent, senior economist chez ING Belux.

Même réaction de Bruno Colmant, head of macro research chez Degroof Petercam Bruxelles: «Il s’agit d’un bon choix: Christine Lagarde a d’abord une expérience internationale. Elle est juriste, ce qui constitue selon moi un avantage, car les problèmes à gérer ne sont pas qu’économiques. Enfin, sa gestion de la crise grecque a démontré qu’elle adoptait une approche tempérée et une sensibilité aux équilibres sociaux.»

Sa gestion de la crise grecque a démontré qu’elle adoptait une approche tempérée et une sensibilité aux équilibres sociaux.
Bruno Colmant

Bruno Colmant,  head of macro research chez Degroof Petercam Bruxelles

Pendant la crise de la zone euro, Christine Lagarde faisait en effet partie de la «troïka» (Commission européenne, BCE, FMI), qui pilotait les plans de sauvetage de la Grèce.

«Elle a géré une période difficile pour l’économie mondiale (à la tête du FMI depuis 2011, ndlr) et elle l’a très bien fait, ce qui compense le fait qu’elle n’ait pas le profil-type», ajoute Philippe Ledent.

Changement de style

Sa connaissance des rouages politiques pourra par ailleurs lui permettre de faire face aux défis majeurs que connaît aujourd’hui la zone euro , à savoir une croissance atone et des taux d’intérêt bas.

Mais aussi aux divergences internes et aux divisions entre États: «Elle va devoir gérer d’éventuelles dissensions politiques au sein de la BCE. Et si récession il y a, il va falloir concilier la vision et les intérêts des pays du Sud et de ceux du Nord de l’Europe. Un scénario avec un Français à la tête de la Commission européenne et un Allemand à la tête de la BCE aurait été beaucoup plus compliqué», déclare Bruno Colmant.

Un changement de ton et de procédé est possible avec Christine Lagarde.
Philippe Ledent

Philippe Ledent,  senior economist chez ING Belux

Un changement de style devrait cependant s’opérer par rapport à Mario Draghi. «Il venait généralement au Conseil des gouverneurs (membres du directoire de la BCE et des gouverneurs des banques centrales nationales des 19 pays de la zone euro, ndlr) avec une position à défendre et cherchait à rallier ces derniers à sa cause. Un changement de ton et de procédé est possible avec Christine Lagarde», estime Philippe Ledent.

Celle-ci devrait en effet plutôt rechercher le consensus entre les banquiers centraux et se placer davantage dans une posture de compromis et de dialogue. «Le centre de gravité bougera probablement vers les banquiers centraux nationaux», précise Philippe Ledent.