POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Christine Lagarde

«Je ne suis pas une fée»



Christine Lagarde est passée sur le gril de la commission des affaires économiques et monétaires, qui doit délivrer un simple avis sur sa candidature au poste de présidente de la BCE. (Photo: Shutterstock)

Christine Lagarde est passée sur le gril de la commission des affaires économiques et monétaires, qui doit délivrer un simple avis sur sa candidature au poste de présidente de la BCE. (Photo: Shutterstock)

La directrice générale du FMI a répondu sans ambages aux questions des députés européens dans le cadre de sa candidature à la direction de la Banque centrale européenne.

Christine Lagarde a exposé sa position concernant les missions de la BCE lors de son audition devant la commission des affaires économiques et monétaires. Sous le feu des questions durant 2h30, la directrice générale du Fonds monétaire international s’est bien gardée de critiquer ses prédécesseurs, tout en dévoilant ses ambitions si elle venait à être confirmée au poste de présidente de la BCE. 

Si la vingtaine d’eurodéputés ayant eu la parole ont, pour la plupart, salué la candidature d’une femme compétente à la tête de la BCE, ils n’ont pas retenu leurs questions afin de connaître sa position sur les enjeux actuels et à venir pour l’institution de Francfort.

«C’est la BCE, et non les dirigeants politiques, qui a sauvé l’euro», souligne l’eurodéputé allemand Sven Giegold (Verts). «La BCE devait être agressive sur sa politique monétaire, mais vos prédécesseurs ont renoncé à communiquer sur les effets dommageables de cette politique.»

Pour le moment, avec les menaces qui se profilent à l’horizon, nous avons besoin d’une politique très accommodante. Mon rôle sera pertinent si je parviens à communiquer les objectifs poursuivis pour que la population comprenne ces objectifs et leurs effets.

Christine Lagarde,  candidate à la présidence de la BCE

Une remarque que Mme Lagarde partage – entre les lignes. Elle défend l’action de la BCE durant la crise économique et financière de 2008 – «tout le monde a transgressé les règles pour protéger les dépôts et éviter une panique bancaire» –, tout en soulignant que «quand nous reverrons le cadre monétaire, nous devrons avoir à l’esprit toutes les catégories de personnes: emprunteurs, prêteurs, etc. – tous impactés par la variation des taux d’intérêt. Nous devrons décider dans quelle mesure nous allons utiliser nos outils pour obtenir un effet positif net. Pour le moment, avec les menaces qui se profilent à l’horizon, nous avons besoin d’une politique très accommodante. Mon rôle sera pertinent si je parviens à communiquer les objectifs poursuivis pour que la population comprenne ces objectifs et leurs effets.»

Mme Lagarde a également milité pour une «clarification» du sacro-saint seuil d’inflation de 2%, objectif primaire et primordial de la BCE en tant que garante de la stabilité des prix. «Le seuil de 2% devrait pouvoir être de 2,1 ou 2,2% autant que de 1,8 ou 1,9%», indique-t-elle, alors que la BCE veille traditionnellement à ce que le seuil de 2% ne soit pas dépassé.

La directrice générale du FMI en a profité pour rappeler les autres acteurs européens à leurs obligations, au premier rang desquels les États membres. «Certains pays ont de l’espace budgétaire pour améliorer leurs infrastructures et combattre la récession. La majorité des pays de la zone euro ont un déficit proche de zéro. C’est quand il fait beau qu’il faut réparer sa maison, comme le disait John Fitzgerald Kennedy. Les réformes structurelles sont également une mission inachevée dans beaucoup de pays. Les pays qui n’ont pas de marge fiscale doivent travailler à des réformes structurelles tant que nous avons de la croissance.»

Les gouverneurs sont sensibles aux changements et doivent garder à l’esprit la stabilité financière et la protection des consommateurs et des investisseurs, tout en facilitant l’innovation.

Christine Lagarde,  candidate à la présidence de la BCE

Interrogée sur sa volonté de verdir la politique monétaire de la BCE, Mme Lagarde rappelle que le FMI a, sous son égide, identifié le changement climatique et les risques environnementaux comme des risques macroéconomiques. «Sans préjuger de ce que va décider le conseil des gouverneurs, la BCE doit commencer par penser au changement climatique sous son propre toit, faire en sorte que son fonds de pension prenne des décisions sur ses investissements et faire jouer le réseau des banques centrales pour faire passer le message aux banques», notamment en requérant un provisionnement supplémentaire pour faire face aux risques environnementaux. «La BCE ne peut pas investir l’exclusivité de ses 3,6 milliards d’euros dans les ‘green bonds’, mais elle peut lancer un signal en augmentant ses investissements verts.»

Autre tendance à suivre: les changements technologiques. «Les gouverneurs sont sensibles aux changements et doivent garder à l’esprit la stabilité financière et la protection des consommateurs et des investisseurs, tout en facilitant l’innovation.» Pourquoi pas en lançant eux-mêmes des devises numériques.

Yves Mersch, prochain sur le gril

Ouverte à la discussion et aux changements actuels, la directrice générale du FMI a appelé à la «coopération» entre institutions européennes et États membres. «Je ne suis pas une fée, mais je vais essayer de régler les problèmes de façon collective, qu’il s’agisse du cyber-risque, du blanchiment d’argent, de la fiscalité, de la concurrence, ou encore du changement climatique. L’économie réelle est devenue mondialisée, mais nous devons éviter que les citoyens aient le sentiment que leur destin leur échappe et que les dirigeants politiques ne sont pas capables d’y remédier. Nous devons trouver ensemble la réaction à adopter.»

Un discours qui a semblé séduire les eurodéputés. Ils ont ensuite auditionné, mercredi après-midi, le Luxembourgeois Yves Mersch, candidat à la vice-présidence du conseil de surveillance prudentielle de la BCE.

À l’issue de ces auditions, la commission a voté en faveur de la désignation d’Yves Mersch et de Christine Lagarde. Un vote consultatif qui devra être confirmé par l’ensemble du Parlement européen dans deux semaines.

Les chefs d’État et de gouvernement officialiseront ensuite la nomination de Christine Lagarde lors d’un sommet prévu mi-octobre.