LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Argent

ARGENT COMPTANT

«Je me suis fait la promesse de profiter plus tard»



Sandrine Pingeon: «Je me suis offert mon premier jean de marque. Ça a mis mon père en colère, il n’a jamais compris qu’on puisse dépenser autant d’argent pour un pantalon.» (Photo: Edouard Olszewski)

Sandrine Pingeon: «Je me suis offert mon premier jean de marque. Ça a mis mon père en colère, il n’a jamais compris qu’on puisse dépenser autant d’argent pour un pantalon.» (Photo: Edouard Olszewski)

Tous les mois, dans Paperjam, une personnalité influente du Grand-Duché se livre à notre interview «Argent comptant». Au tour ce mois-ci de Sandrine Pingeon, la fondatrice de: Les paniers de Sandrine.

La valeur des choses

Votre premier salaire?

«Dès que j’ai eu mon permis, j’ai travaillé en tant qu’étudiante dans un restaurant à Les Thons, en Haute-Saône. Mes parents ne me donnaient pas beaucoup d’argent de poche. Il fallait travailler pour obtenir quelque chose.

C’est également devenu votre devise?

«J’essaie d’élever mes deux filles de la même manière. Les parents ont tendance à offrir aux enfants tout ce qu’ils demandent. Ce n’est pas un service qu’on leur rend. Rien de ne doit être ‘gratuit’.

Comment avez-vous dépensé votre première paie?

«Je me suis offert mon premier jean de marque. Ça a mis mon père en colère, il n’a jamais compris qu’on puisse dépenser autant d’argent pour un pantalon. Selon lui, pour la même somme, j’aurais pu en acheter quatre.

Principe de précaution

Avez-vous toujours été regardante sur la dépense?

«Non, j’ai aussi connu des phases où j’ai eu envie de me faire plaisir. Mais certaines étapes dans ma vie ont fait que j’ai acquis un comportement précautionneux, surtout par rapport à mes enfants et à l’entreprise. Cela dit, quand je parviens à dégager une petite cagnotte, je sais me faire plaisir aussi.

Des choses pour lesquelles vous ne regardez pas à la dépense ?

«La bouffe! [rire]. Pour ça, je n’hésite pas. Je suis plutôt salé mais je ne mange pas beaucoup de viande. Donc quand j’ai envie d’un bon morceau de filet, je mets le prix.

Et puis je pars aussi en vacances loin une fois par an. J’ai eu la malchance de perdre mes parents assez jeune après les avoir entendus répéter toute leur vie qu’ils profiteraient de leur retraite. Ils m’ont laissé un petit bagage. Grâce à cela, je peux partir sans mauvaise conscience.

Rêve de terre

Un rêve irréalisable faute de moyens?

«Je joue de temps en temps à l’EuroMillions. Si je gagnais, j’investirais dans du matériel pour l’entreprise et je récompenserais mon équipe de sept personnes. Sans eux, je ne suis rien. J’ai aussi le projet d’investir dans des serres – il dépasse le million d’euros.

La terre peut-elle rendre riche?

«Ce n’est pas encore le cas, mais ça viendra. Il y a trois ans à peine, quand je demandais un prêt, c’était l’enfer. Aujourd’hui, les choses sont un peu plus simples.

Votre top 3 de vos produits les plus rentables?

«La tomate, mais je n’ai pas encore les serres adéquates… La fleur comestible qui touche la restauration – au Luxembourg c’est important. En trois, les herbes aromatiques.

Je n’ai pas pu épargner pendant très longtemps. Par contre, le fait d’avoir reçu un héritage de mes parents me fait réfléchir à bien le placer.

Sandrine Pingeon,  fondatrice,  Les paniers de Sandrine

La quarantaine pétaradante

Avez-vous des passions coûteuses?

«J’ai récemment passé mon permis moto, j’avais envie de me faire vraiment plaisir. Je me suis offert une Indian, une belle américaine. Ça a été une grosse réflexion, mais je ne regrette absolument pas.

Le prix de certaines choses vous dérange-t-il?

«Quand j’entends, par exemple, des gens dire que se nourrir est devenu cher. Moi je suis plutôt quelqu’un qui va craquer pour une bonne table. Je ne dis pas qu’il faut en mettre tous les jours dans son assiette, mais il faut parfois se laisser tenter pour les apprécier.

Semer pour le futur

Investir, ça vous tente?

«Je n’ai pas pu épargner pendant très longtemps. Par contre, le fait d’avoir reçu un héritage de mes parents me fait réfléchir à bien le placer. J’ai aussi 50 hectares de terres agricoles dans les Vosges, où mes parents étaient agriculteurs. Dans 20 ans, je pourrai les vendre. Or, j’ai vraiment envie de profiter de ma retraite.

Vous la préparez?

«J’y pense beaucoup. Mes parents ont repris l’activité agricole lorsque j’avais une dizaine d’années. Ils ne sont jamais partis en vacances ni en week-end. Ce n’était pas la vie que je m’étais promise. Je suis quand même tombée dedans. Parfois, j’en viens à regretter aussi ce manque de temps. Je me suis donc fait la promesse d’en profiter plus tard.»