LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Argent

ARGENT COMPTANT

«L’argent est seulement un moyen d’échange»



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Fernand Ernster: «Je préfère les beaux livres et lire les ouvrages avec une couverture rigide comme ceux des éditeurs allemands.» (Photo: Edouard Olszweski)

Tous les mois, dans Paperjam, une personnalité influente du Grand-Duché se livre à notre interview «Argent comptant». Au tour ce mois-ci de Fernand Ernster, le directeur général des librairies Ernster.

Petits commerces

Quel rapport à l’argent vous a-t-on inculqué?

Fernand Ernster . - «Mes parents m’ont élevé dans l’idée de dépenser de l’argent uniquement si l’on en a gagné, ou si l’on a un plan pour en gagner. Mon argent de poche ne me permettait pas d’avoir le même train de vie que mes amis. J’ai donc dû être ingénieux et j’ai développé de petites activités com­merciales.

Au lycée, par ex­emple, je me précipitais en début de récréation pour acheter des quarts de litre de lait chocolaté à 7 francs (0,2 euro) pour les revendre dans la cour à 10 francs. De pause en pause, mon petit commerce a commencé à me rapporter. Je gagnais aussi de l’argent de poche en rendant service à la maison: tondre la pelouse ou déblayer la neige rapportait une vingtaine de francs. Quand on n’a pas les moyens, on se les procure!

Vieilles voitures

Une dépense qui vous énerve?

«Les loyers. Je paie beaucoup de loyers commerciaux, à fonds perdu, alors que je préférerais rembourser un crédit afin de créer des réserves pour l’entreprise.

Une passion coûteuse?

«J’ai une passion pour les vieilles voitures, de l’époque de ma jeunesse, et que je possédais alors en miniatures. Le coût est inférieur à celui d’un leasing opérationnel. J’en possède trois, dont une Alfa Spider que j’ai achetée à 50/50 avec un de mes fils.

Un objet que vous pourriez remporter aux enchères?

«Je pourrais craquer pour une voiture de sport anglaise des années 1960 ou 1970.

Moyen d’échange

Une devise par rapport à l’argent?

«L’argent ne fait pas le bonheur. On ne peut pas acheter de la qualité de vie en magasin. L’argent est seulement un moyen d’échange, il ne faut pas l’oublier.

Votre meilleur investissement?

«Malgré moi, il s’agit des investissements immobiliers que j’ai pu faire: une maison à Clausen en 1991, les bâtiments de la librairie du centre-ville en 2004, et un autre terrain en 2007 pour construire une maison. Mais je le dé­plore, car le marché de l’immobilier fausse l’économie au Luxembourg.

Et le pire?

«Il s’agit d’une promesse de bail signée pour avoir un magasin dans un centre commercial, projet que nous n’avons pas réalisé. Les conséquences ont failli faire couler l’entreprise.

Transmission

Un objet dont vous ne vous sépareriez jamais?

«Une vieille montre Patek Philippe, dont mon père a hérité d’un oncle, Ferdinand Kihn, pour ses 25 ans aux Ateliers Kihn. Elle suscite toujours en moi des émotions et évoque le souvenir de cet oncle qui n’avait pas d’enfants, qui nous rendait visite dans sa voiture américaine et qui avait toujours un petit billet pour nous!

Comment préparez-vous votre retraite?

«En 1999, j’ai racheté les dernières parts de l’entreprise à mes parents et créé la holding PPM (pour les trois prénoms de mes fils: Pit, Paul et Max). Nous sommes dans ce monde pour préparer le terrain à ceux qui suivent. Et je voudrais que mes enfants aient la possi­bilité de se faire plaisir.

Mon deuxième fils est entré dans l’entreprise, et les deux autres ont signifié que l’avenir de l’entreprise ne leur était pas indifférent. Ensuite, j’ai plein de projets qui dépassent le cadre de l’entreprise.

Objets d’art

Beaux livres ou livres de poche?

«Je préfère les beaux livres et lire les ouvrages avec une couverture rigide comme ceux des éditeurs allemands. À l’époque, j’ai beaucoup visité les foires pour acheter de beaux livres, que nous commercialisions ensuite en exclusivité. Aujourd’hui, j’ai un faible pour les objets d’art que sont, par exemple, les livres des éditions Assouline (sur les marques de luxe, les cigares, le vin, le design...).

Une librairie que vous rêveriez de posséder?

«La possession doit être connexe à l’utilité, sinon elle devient rapidement chère. Si je devais posséder une nouvelle librairie, ce serait donc seulement pour en partager le développement avec mes équipes. Après, parmi les librairies que j’admire, je citerai la Livraria Ler Devagar à Lisbonne et la bibliothèque Tianjin Binhai près de Pékin.»