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ARGENT

ARGENT COMPTANT

«J’évite les excès matériels»



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Rajaa Mekouar: «L’argent, pour moi, est une relation qui évolue dans le temps et une histoire de maturation.» (Photo: Edouard Olszewski)

Tous les mois, dans Paperjam, une personnalité influente du Grand-Duché se livre à notre interview «Argent comptant». Au tour ce mois-ci de Rajaa Mekouar, présidente de la Luxembourg Private Equity & Venture Capital Association (LPEA).

Cet article est paru dans l’édition mars 2019 du   magazine Paperjam .

Équilibre

Une devise en matière d’argent?

Rajaa Mekouar. – «'Look after the pennies, and the pounds will look after themselves.' Il n’y a pas de petites économies. Il faut toujours dépenser moins que ce que l’on gagne. Ce n’est que comme cela que l’on s’enrichit. Beaucoup de grands de ce monde ont suivi cette devise. À 20 ans, elle ne me parlait pas trop, mais à 40, elle veut dire quelque chose.

Votre première dépense importante?

«J’en vois deux, qui sont des étapes dans ma vie. Avec mon premier bonus, en 2000, je me suis offert le seul tableau que j’aie acheté. Il était exposé dans une galerie à Londres et il me rappelait les couleurs du Maroc. Le deuxième, c’est mon premier achat immobilier à Londres, en 2005. C’était une manière de passer à l’âge adulte. C’était la première fois que je m’endettais.

Musique et sagesse

Si vous ne deviez garder qu’un de vos biens?

«Mon piano. J’en change parfois, parce que je ne peux pas toujours l’emporter avec moi. Mais j’ai déménagé plus de dix fois, et à chaque fois, j’en ai eu un. Je viens de m’acheter un piano à queue. C’est un compagnon, une thérapie et une source d’équilibre.

Des choses pour lesquelles vous ne regardez pas à la dépense?

«Des cadeaux pour mes proches, la musique. Mais je regarde quand même plus qu’il y a dix ans. Pour moi, la paix d’esprit s’acquiert quand, passé un certain âge, on ne doit plus se préoccuper de savoir si on aura assez d’argent pour payer les factures. Il vaut mieux abaisser son niveau de vie et garder cette paix d’esprit que se mettre des pressions artificielles. En travaillant avec des gens fortunés, j’observe que ceux qui sont en paix avec eux-mêmes ne sont pas les plus riches, mais ceux qui se satisfont de leur niveau.

Choc des cultures

Savez-vous toujours ce qu’il y a sur votre compte?

«Oui, mais seulement depuis quelques années. L’argent, pour moi, est une relation qui évolue dans le temps et une histoire de maturation. C’est lié à mon background culturel. J’ai grandi au Maroc où on ne parle jamais d’argent. C’est en travaillant dans la finance, en me faisant les dents sur l’investissement que j’ai acquis la valeur de l’argent et l’importance de savoir où on en est.

Avez-vous déjà connu des problèmes financiers?

«Au Maroc, je n’avais pas de budget, pas d’argent de poche. Je n’avais aucune idée de ce qu’était la gestion d’un budget mensuel. Quand je suis arrivée seule à Paris, à même pas 17 ans, j’étais un peu perdue. Ça m’a fait grandir, mais ce n’était pas drôle.

Une dépense qui vous énerve, mais à laquelle on n’échappe pas?

«Les assurances. Mon mari est allemand, il est extrê­mement prévoyant. Moi, pas toujours. Comme je suis optimiste de nature, je pense toujours qu’il n’arrivera rien.

Private equity

Investissez-vous à titre personnel?

«Dans le private equity, en règle générale, nous investissons parallèlement à nos investisseurs, c’est une question de confiance. Donc, j’ai investi – pas spécialement de grosses sommes – dans toutes les sociétés dans lesquelles nous sommes présents. J’ai aussi parfois des coups de cœur pour des sociétés. Je viens d’investir dans une fintech que j’aime beaucoup. Je l’ai fait parce que j’apprécie les porteurs du projet et que je crois beaucoup dans la digitalisation de l’industrie. C’est aussi une façon d’apprendre.

Si vous deviez donner un conseil à des amis?

«Il faut investir dans les choses que l’on comprend à 100%, dont on est convaincu, mais ne jamais dépasser 5% de son portefeuille d’argent disponible, sauf si on est extrêmement convaincu. Il faut aussi trouver des raisons de ne pas investir. Enfin, il faut prendre le temps de con­naître les gens sur qui on va parier.»