PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

Vue des marchés

L’investissement au fil de l’eau: une belle croissance



Cédric Lecamp a repris la gestion du fonds Pictet-Waters il y a 3 ans (Photo: Pictet Group/Sabine Senn)

Cédric Lecamp a repris la gestion du fonds Pictet-Waters il y a 3 ans (Photo: Pictet Group/Sabine Senn)

Que ce soit la pandémie, la remontée des taux ou encore le retour en grâce des valeurs cycliques, rien ne semble troubler le secteur de l’eau dont la croissance a été deux fois supérieure à celle du PIB mondial en 2020. Étude de cas avec le fonds Pictet-Water.

L’univers d’investissement du secteur de l’eau est très vaste. Un secteur dont les performances dépendent de 5 mégatendances: le développement démographique, la durabilité, la croissance économique, la commercialisation et les préoccupations sanitaires. Autant de thèmes qui permettent aux investisseurs de s’extraire des cycles économiques et boursiers, chacune de ces tendances servant de relais de croissance à un moment donné.

Le fond Pictet-Water se concentre pour sa part sur trois axes: les technologies de l’eau – les entreprises qui développent les outils et les systèmes permettant d’améliorer la qualité et l’efficacité de notre utilisation de l’eau; l’approvisionnement en eau – les entreprises spécialisées dans la fourniture et le stockage d’eau potable; et les services environnementaux – les entreprises qui proposent des solutions pour le traitement des eaux usées et la gestion des déchets afin d’assurer une protection écologique et environnementale.

Et revendique une croissance depuis le début de l’année de 14,12% – et sur un an de 32,32%. Sur ces périodes, l’indice de référence, le MSCI ACWI, affiche des performances de 10,93% et de 32,61%. Des performances plus que respectables dans un secteur mature.

70% de l’humanité vivra dans des villes d’ici 2050

Ces 18 derniers mois, ce sont d’abord clairement les thèmes des préoccupations sanitaires et de la durabilité qui ont porté les résultats du fonds Pictet-Water, selon son gestionnaire Cédric Lecamp.

Quand on parle de «préoccupations sanitaires», on fait référence à une culture du risque zéro amplifiée par le vieillissement de la population qui conduit à des réglementations de plus en plus contraignantes relatives à la qualité de l’eau. Or, l’analyse de l’eau utilise les mêmes méthodes et produits que ceux qui ont été employés pour les tests de détection du Covid et la mise au point des vaccins. Ce qui a mécaniquement profité aux entreprises dans ce secteur.

Le thème de la durabilité a également porté les performances du fonds. «Deux tiers des eaux de surface dans l’UE, en Amérique du Nord et en Asie sont contaminés par des micropolluants, tandis que les zones mortes augmentent en raison des eaux usées non traitées et des engrais.» Les consommateurs sont devenus très sensibles au problème de la raréfaction de l’eau potable et au fait qu’il fallait la préserver. «Ce qui a été positif pour les services et les produits qui contribuent à cette conservation», commente Cédric Lecamp, qui prend comme exemple le boom des produits de plomberie.

La question de la démographie continue également de jouer son rôle. «Au rythme de 1,5 million de déménagements par semaine, 70% de l’humanité vivra dans des villes d’ici 2050. Les citadins consomment beaucoup plus d’eau par habitant que les populations rurales, ce qui pèse lourdement sur les ressources en eau.» Parler de démographie ici revient à parler des infrastructures. Les besoins en la matière restent criants. Et porteurs. Pour donner une idée des besoins, Cédric Lecamp renvoie au plan d’infrastructures de l’Administration Biden dans lequel les préoccupations environnementales se taillent la part du lion, mais dont le gestionnaire juge les engagements «de loin très insuffisant». Ceux-ci s’élèveront à 110 milliards de dollars. «Une goutte d’eau.»

Infrastructures défensives

«Le repli global constaté ces derniers mois sur cette thématique est dû au fait que les populations se sont éloignées des villes pour cause de Covid, entraînant un ralentissement de la production – et donc du traitement – des déchets.» Les effets de la vaccination et la reprise de l’économie vont gommer cette tendance et refaire des infrastructures un thème porteur. La demande urbaine de traitement des déchets municipaux devrait entraîner un taux de croissance annuel moyen de 6% jusqu’en 2025 pour les entreprises spécialisées. Outre la croissance, le thème des infrastructures a un autre avantage majeur: celui de protéger de l’inflation. Le secteur de la distribution d’eau fait de plus en plus de place aux modèles de concession. Modèle dans lequel en général toute hausse de l’inflation est immédiatement répercutée sur les factures. Un vrai plus dans une période où l’inflation redevient un sujet.

L’autre souci actuel des marchés, c’est la hausse des taux d’intérêt «qui n’est, en général, pas une bonne chose pour les actions». Ce qui n’est pas un problème pour le gestionnaire pour qui, dans le secteur, les perspectives des entreprises sont si bonnes qu’il s’attend à une «forte hausse des bénéfices» pour 2021.