ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

Enquête de conjoncture

L’inquiétude persiste dans l’artisanat



L’enquête de conjoncture de la Chambre des métiers du quatrième trimestre 2020 se base sur près de 1.500 réponses d’entreprises artisanales représentant plus de 31.000 emplois. (Photo: Mike Zenari / Maison Moderne)

L’enquête de conjoncture de la Chambre des métiers du quatrième trimestre 2020 se base sur près de 1.500 réponses d’entreprises artisanales représentant plus de 31.000 emplois. (Photo: Mike Zenari / Maison Moderne)

Dans sa dernière enquête de conjoncture, la Chambre des métiers souligne l’inquiétude des chefs d’entreprise du secteur de l’artisanat, qui font face à une très grande incertitude quant à l’évolution économique future. 

Face à la situation sanitaire et ne voyant pas de perspectives par rapport à une sortie de crise, le secteur de l’artisanat demande des ajustements des aides d’État. C’est en tout cas ce qui ressort de la dernière enquête de conjoncture de la Chambre des métiers . Cette dernière indique avoir enregistré, au cours du deuxième trimestre 2020, la chute la plus brutale jamais observée de son indicateur d’activité, et ce depuis le lancement de l’enquête de conjoncture en 1986.

Si l’artisanat englobe plusieurs secteurs, certains souffrent plus que d’autres. C’est évidemment le cas du secteur de l’«alimentation». La Chambre des métiers indique dans sa communication que le «quatrième trimestre 2020 – en général le meilleur trimestre de l’année – a été catastrophique pour ce secteur: avec la recrudescence du nombre de personnes infectées et l’annulation en cascade des fêtes de fin d’année, l’indicateur d’activité de l’alimentation est redescendu – après une légère hausse au troisième trimestre – même en dessous du niveau atteint au deuxième trimestre 2020. Cette situation, et le manque de perspectives en résultant, est également liée à la fermeture des salons de consommation jusqu’au 21 février au moins, la disparition de ‘l’événementiel’, et donc du service ‘traiteur, et les effets négatifs qu’exerce le recours au télétravail sur la demande. Par ailleurs, il faut rappeler que la perte de chiffre d’affaires de ce secteur est largement irrécupérable.» 

1% des patrons optimistes

Une situation qui n’incite évidemment pas à l’optimisme. D’ailleurs, au regard des résultats de l’enquête de conjoncture, seulement 1% des chefs entreprise s’attendent à une amélioration de la situation au premier trimestre 2021. L’indicateur d’activité de l’alimentation affiche la prévision la plus pessimiste de tous les groupes de métiers de l’artisanat, avec un solde de -54 points.

Autre groupe de métiers durement touché, celui de la mode, santé & hygiène (MSH). Les résultats de l’enquête de conjoncture indiquent que le groupe de métiers MSH subit de plein fouet l’impact de la crise sanitaire. L’indicateur d’activité a chuté de 92 points sur une année. Avec le deuxième confinement au tournant de l’année, 8 patrons sur 10 indiquent une nouvelle baisse au quatrième trimestre. Par ailleurs, les prévisions pour le premier trimestre 2021 font état d’une grande incertitude auprès des chefs d’entreprise. Ainsi, 96% des chefs d’entreprise prévoient soit une baisse (32%), soit une stagnation (65%) de l’activité à bas niveau. Seulement 4% restent optimistes.

Sans perspectives encourageantes, la Chambre des métiers a demandé au gouvernement d’ajuster ses aides, et surtout sa force de traitement des dossiers en cours.

Plus globalement, les résultats de l’enquête montrent l’incertitude qui règne auprès des patrons quant à une perspective de sortie de crise. Ainsi, pas moins de 87% des chefs d’entreprise prévoient que l’activité va stagner (67%) ou baisser (20%) lors du premier trimestre 2021 par rapport au quatrième trimestre 2020. Ce climat d’insécurité lié à la situation de crise risque de conduire au report ou à l’annulation des investissements à réaliser par les entreprises, une décision qui devrait contribuer à une perturbation supplémentaire de la relance économique. Les résultats de l’enquête font état de ce constat.

La Chambre des métiers salue les «efforts de la Direction générale des classes moyennes dans le traitement prioritaire de plus de 30.000 dossiers éligibles au titre des aides Covid» tout en soulignant les retards croissants dans le traitement des dossiers en question, et donc de l’octroi des aides à l’investissement pouvant réduire la pression sur la trésorerie des entreprises.

Pour autant, elle demande la mise à disposition de personnel supplémentaire pour accélérer l’instruction de l’ensemble des demandes d’aides. Autre demande, celle d’une mesure pérenne visant à mettre en place un revenu de remplacement durable pour les indépendants en cas de crise, notamment lorsque les mesures imposées par le gouvernement interdisent ou contraignent l’exercice de leurs activités. «Une extension du chômage partiel aux indépendants permettrait d’atteindre cet objectif», conclut la Chambre des métiers, dans son communiqué.