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Numérique

L’artisanat doit faire des efforts pour se digitaliser



L’artisanat a dressé le bilan des efforts réalisés en termes de digitalisation entre 2017 et 2019. (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne)

L’artisanat a dressé le bilan des efforts réalisés en termes de digitalisation entre 2017 et 2019. (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne)

Même si les entreprises artisanales adoptent de plus en plus d’outils numériques, des progrès restent à faire en termes de digitalisation, selon la Chambre des métiers. Elle demande aussi de l’aide au gouvernement pour promouvoir la formation, essentielle pour pallier le manque de main-d’œuvre auquel fait face le secteur.

L’artisanat prend progressivement le pas du digital. Le service eHandwierk de la Chambre des métiers, créé en janvier 2018, a réalisé une enquête en 2019 auprès de 1.053 entreprises, soit 14% du secteur. Anne Majerus, cheffe du service, l’a présentée lors d’une conférence de presse à la Chambre des métiers, en compagnie de Tom Oberweis , son président, et de Lex Delles (DP), ministre des Classes moyennes.

10% font de l’e-commerce

Résultats: des efforts restent à faire. Le taux de présence en ligne (81%) a baissé d’un point par rapport à 2017. Plus de la moitié des entreprises n’utilisent pas encore les réseaux sociaux ou Google My Business. Et seulement 10% vendent leurs produits ou services en ligne.

Elles adoptent cependant de plus en plus d’outils, comme les applications mobiles (52%) ou les services d’eBanking (84%). Mais n’ont «pas reconnu tout le potentiel d’autres», comme la gestion numérique de l’inventaire (26%), la géolocalisation (30%), ou le pilotage de performance (12%). Les processus de production numérique peinent aussi à s’imposer (machines à commande numérique, impression 3D, robots…): seulement 9% des entreprises les utilisent.

Les connaissances en cybersécurité se sont améliorées: 84% des entreprises interrogées utilisent des logiciels antivirus et 69% s’estiment suffisamment informées à ce sujet. Des lacunes subsistent en termes de formation du personnel, effectuée dans seulement 25% des cas.

«76% des entreprises du secteur emploient moins de neuf salariés. La digitalisation est plus compliquée à mettre en place. Sur les chantiers, par exemple, on ne peut pas faire de télétravail», justifie Tom Wirion , directeur général de la Chambre des métiers. «Je pense que le Covid-19 en a fait réfléchir beaucoup sur la nécessité d’une digitalisation.»

L’accès gratuit à Letzshop pendant la période a également permis à certains de s’essayer à la vente en ligne.

La crainte de faillites en 2020

La Chambre des métiers ne chiffre pas encore l’impact de la crise sanitaire. «Fin 2019, nous avions presque 98.000 personnes travaillant dans l’artisanat. Nous verrons comment ce chiffre aura évolué en décembre 2020», indique Tom Wirion. «Pour l’instant, nous ne recensons pas plus de faillites que d’habitude. Cela ne veut pas dire qu’elles ne viendront pas, car les aides de l’État ont permis beaucoup de reports de dettes», craint-il.

Pour aider au mieux les entreprises à sortir de la crise, la Chambre des métiers rappelle la mise en place d’une hotline «BoostHandwierk». Concernant la digitalisation, elle a coopéré avec la House of Entrepreneurship et Luxinnovation pour développer un programme de soutien nommé «Fit4Digital Package Artisanat».

Manque de formation

L’enquête d’eHandwierk interrogeait aussi les entreprises sur leurs défis principaux avant la crise du Covid-19. Plus de la moitié s’inquiétaient des prix de vente toujours plus bas qui réduisent leurs marges. 26% de la concurrence de l’e-commerce et 22% des chaînes internationales.

Lors de la présentation de ses vœux en janvier 2020, l’artisanat déplorait également un manque de main-d’œuvre important. Celui-ci persiste et est «lié à un manque de formation», selon Tom Oberweis. Il craint qu’à cause de la crise, les entreprises aient encore moins de moyens. «Je fais appel au gouvernement pour les inciter à former.»

Ce à quoi Lex Delles répond qu’il est «conscient de cette problématique», en termes de formation initiale, comme continue. «M. Meisch (ministre de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur) est en train de réfléchir à cette question.»