POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Thomas Dentzer (coordinateur du LST)

«Il faut surveiller le variant sud-africain»



Thomas Dentzer, aux côtés de Paulette Lenert (LSAP), ministre de la Santé.  (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne)

Thomas Dentzer, aux côtés de Paulette Lenert (LSAP), ministre de la Santé.  (Photo: Romain Gamba / Maison Moderne)

Virologue, Thomas Dentzer travaille à la Direction de la santé et a été coordinateur du Large Scale Testing. Jeudi, il accompagnait Paulette Lenert (LSAP), la ministre de la Santé, lors de sa conférence de presse. 

Quelles conclusions tirez-vous de la compagne de «testing» au Luxembourg?

Thomas Dentzer. – «Qu’on a bien fait de tester très largement dès le début, des tests donnant un diagnostic pour toutes les personnes connaissant des symptômes (même légers) jusqu’à la mise en place de la grande campagne de Large Scale Testing. Quand on compare les courbes des infections de chaque pays, on constate que la nôtre monte comme les autres, mais que nous arrivons relativement vite à un plateau. C’est ce qu’on voit désormais depuis deux ou trois semaines au Luxembourg. Et ça, malgré la présence, dans le même temps, des variants anglais et sud-africain. C’est une situation différente de celles qu’on peut observer ailleurs, dans les autres pays touchés par ces mêmes variants, comme la Grande-Bretagne par exemple.

Il est donc très important de bien expliquer à nos voisins allemands notre politique de ‘testing’, d’être clair sur notre situation et de montrer que celle-ci est globalement sous contrôle.
Thomas Dentzer

Thomas Dentzer,  ,  Direction de la santé

Comment explique-t-on qu’au Luxembourg, le taux d’incidence – qui correspond au nombre de nouveaux cas – a baissé la semaine dernière par rapport à la précédente (de 210 à 190) alors que les variants, dont on dit qu’ils sont plus contagieux, sont désormais largement majoritaires dans le pays? Est-ce grâce à ce «testing» massif?

«C’est une situation étonnante, effectivement. Mais on a la chance d’avoir une participation assez forte de la population au Large Scale Testing’ . Depuis le mois d’octobre, nous sommes presque pleins chaque jour. Toutes les semaines, nous testons 10% de la population, ce qui ne se fait pas ailleurs. Cela nous permet de découvrir bon nombre de cas. Le jeu entre ce ‘testing’ et le ‘contact tracing’, c’est le plus important. Cela permet d’envoyer beaucoup de gens en quarantaine. En octobre dernier, on peut se rappeler qu’on ne parvenait plus à gérer ce ‘contact tracing’, en raison du trop grand nombre de cas. Et on a alors vu un développement exponentiel de l’épidémie. Mais aujourd’hui, on n’a pas de souci à ce niveau-là. Ce qui nous permet de maintenir la courbe des infections à plat, malgré les variants. Ce qui est plutôt rassurant.

Selon les dernières données, les variants anglais (65%) et sud-africain (16%) représentent plus de 80% des nouveaux cas chez nous. Or, on sait que c’est une donnée importante aux yeux de l’Allemagne. C’est notamment en raison du taux élevé des variants chez elle que des restrictions ont été imposées à la Moselle, au niveau de la frontière. Vu le niveau de ces variants chez nous, ne risque-t-on pas le même genre de sanction?

«L’Allemagne semble prendre en compte deux indicateurs. Tout d’abord, le taux d’incidence, qui ne doit pas dépasser les 200. Ce qui signifie donc que nous sommes limites avec nos 190 nouveaux cas hebdomadaires pour 100.000 habitants. Et le deuxième élément: les variants, où ce qu’elle regarde exactement semble moins clair. Mais, globalement, elle compare la situation chez elle avec celle des autres pays ou régions. Dans le cas de la Moselle, ils ont constaté que le variant sud-africain était très présent. Beaucoup plus qu’en Allemagne ou chez nous. C’est ce qui l’a poussée vers cette décision.

On ne va pas dire que la souche sud-africaine fait peur, mais on y fait attention du fait que nos trois vaccins actuels, Pfizer-BioNTech, Moderna et AstraZeneca, sont moins efficaces sur elle.
Thomas Dentzer

Thomas Dentzer,  ,  Direction de la santé

Cela pourrait évidemment aussi nous arriver. Il est donc très important de bien d’expliquer à nos voisins allemands notre politique de ‘testing’, d’être clair sur notre situation et de montrer que celle-ci est globalement sous contrôle.

L’Allemagne compte aussi une majorité de variants anglais…

«Oui, les Allemands sont, comme nous, à plus de 50% des cas. La souche anglaise risque de devenir dominante un peu partout. Mais il faut surveiller attentivement la version sud-africaine. On ne va pas dire qu’elle fait peur, mais on y fait attention du fait que nos trois vaccins actuels, Pfizer-BioNTech, Moderna et AstraZeneca, sont moins efficaces sur elle.

Une étude menée par des chercheurs des universités d’Exeter et de Bristol, publiée mercredi, indique que le variant anglais serait 64% plus mortel que la souche originelle du virus…

«Je l’ai vue. Il y avait déjà des indications qui allaient en ce sens. Au niveau des variants, on constate un changement de propriétés, et l’une d’entre elles pourrait être d’une plus grande agressivité. Cela pourrait expliquer une certaine mortalité chez nous, ces dernières semaines…»