POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Catherine Léglu (vice-rectrice académique de l’Uni)

«Il faut que les étudiants se sentent suffisamment sereins»



Catherine Léglu a pris les commandes du volet académique de l’Uni en septembre 2019 et a vu ses priorités réorientées par le Covid-19. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

Catherine Léglu a pris les commandes du volet académique de l’Uni en septembre 2019 et a vu ses priorités réorientées par le Covid-19. (Photo: Matic Zorman / Maison Moderne)

L’Uni a préparé au mieux cette rentrée particulière, cherchant à préserver l’aspect humain de la vie estudiantine tout en se pliant aux mesures de précaution imposées par la pandémie de Covid-19.

En cette rentrée pas comme les autres, ressentez-vous plutôt de l’appréhension ou de l’excitation?

Catherine Léglu. – «C’est un mélange des deux. Ma fille aînée commence l’université la semaine prochaine, donc je suis dans le bain. Je sais que beaucoup d’étudiants ont pris la décision de compléter leur inscription relativement récemment, surtout ceux qui doivent se déplacer pour rejoindre le Luxembourg. Nous essayons de garder le maximum de flexibilité dans ce que nous mettons en place.

Pour le welcome day, le plus important pour nous était de prioriser les étudiants de première année et ceux qui arrivent pour la première fois à l’Université, faire en sorte qu’ils puissent se rencontrer, découvrir le campus et se découvrir entre eux, commencer leur nouvelle vie de cette façon. Pour ceux qui ont quitté le lycée, ils ont passé de longs mois de travail à distance. Il est très important de renouer le lien avec l’Uni et avec les autres étudiants, et le meilleur moyen de le faire, c’est de visiter le site.

Comment se dérouleront les cours?

«Les petits groupes pourront se retrouver en présentiel dans la mesure du possible, tandis que les plus grands groupes – notamment les cours magistraux – auront des cours à distance. En revanche, nous allons mettre en place un système de rotation pour ces grandes classes: un tiers ou la moitié du groupe suivra le cours à distance et l’autre en présentiel une semaine sur deux ou trois, afin de préserver l’aspect humain et collectif. Cela va permettre aux étudiants de se faire des amis, d’intégrer la communauté estudiantine, autrement ils risquent de se sentir isolés.

Nous allons essayer d’avoir une rentrée sereine, pour que les étudiants se sentent suffisamment sereins pour penser à leurs études, sortir de l’ambiance anxiogène et de la peur dans laquelle nous vivons depuis sept mois.
Catherine Léglu

Catherine Léglu,  vice-rectrice académique,  Université du Luxembourg

Est-ce une leçon que vous avez tirée des mois d’enseignement 100% à distance durant le confinement?

«Oui, sachant que nous avons pu garder cet aspect humain pendant le confinement. Certains professeurs avaient pris la bonne habitude d’ouvrir leur cours 30 min avant l’heure afin que les étudiants se rencontrent, échangent leurs histoires. De même que dans certains lycées, les élèves pouvaient se retrouver sur Teams pour des discussions plus informelles. Et puis d’autres professeurs ont changé leurs habitudes en enregistrant leur cours en vidéo et en réservant la séance en direct à des questions-réponses. Et comme il est difficile de garder sa concentration avec des cours à distance, certains professeurs ont réduit l’aspect cours magistral pour privilégier la discussion.

Avez-vous toutefois eu des étudiants décrocheurs?

«Finalement, relativement peu. Nous avons chaque année des étudiants qui ne se présentent pas aux examens parce qu’ils pensent ne pas être prêts.

C’est aussi une année presque normale concernant le taux d’échec. Nous avions ajusté les règlements avec la permission de notre ministère de tutelle pour permettre aux étudiants ayant des problèmes liés au Covid-19 de ne pas souffrir de la situation, notamment en les autorisant à se mesurer au moyen d’examens oraux.

J’ai plutôt l’impression que ceux qui se sont présentés aux examens l’ont fait avec sérieux. Les oraux par vidéoconférence se sont aussi bien passés. L’avantage est que la grande majorité des étudiants sont très jeunes et sont habitués à vivre une vie en partie digitale. Des échanges en mode digitalisé ne sont pas aussi choquants pour eux que pour leurs professeurs.

Nous insistons pour que les étudiants soient sur place, au Luxembourg, et soient capables de se présenter sur le campus.
Catherine Léglu

Catherine Léglu,  vice-rectrice académique,  Université du Luxembourg

Pour cette rentrée, avez-vous essayé de la rendre la plus «normale» possible?

«Nous allons essayer d’avoir une rentrée sereine, pour que les étudiants se sentent suffisamment sereins pour penser à leurs études, sortir de l’ambiance anxiogène et de la peur dans laquelle nous vivons depuis sept mois.

Quel est le protocole de l’Uni si un étudiant ou un professeur est infecté par le Covid-19?

«Nous offrons la possibilité de faire un test gratuit à tous les étudiants, ainsi qu’aux enseignants. Si un étudiant est contaminé, toute sa classe part en enseignement à distance pendant 14 jours, ce qui laisse le temps aux autres étudiants de se faire tester. En ce qui concerne les cours en présentiel, nous savons que certains étudiants voudront rester à distance parce qu’ils sont vulnérables ou vivent avec une personne vulnérable. Ce sera au cas par cas.

Nous savons aussi que certains étudiants auront du mal à se déplacer pour rejoindre le Luxembourg. Nous leur demandons d’arriver avant le 31 octobre dans leur logement. Nous gardons une flexibilité, mais insistons pour que les étudiants soient sur place, au Luxembourg, et soient capables de se présenter sur le campus.

Le Covid-19 a-t-il modifié la composition et le nombre de vos étudiants?

«Nous avons cette année moins d’étudiants non européens et plus d’étudiants issus de la Grande Région. Je crois que c’est une tendance liée à la pandémie. Par exemple, certains étudiants indiens avaient obtenu leur autorisation de séjour, mais n’ont finalement pas pu venir parce que les vols étaient difficiles à organiser.

Nous avons a priori une cohorte correcte par rapport à l’an dernier – où nous avions eu un nombre d’étudiants plus élevé par rapport à 2018. Nous le saurons à la fin des inscriptions la semaine prochaine.

Nous avons également pris conscience des écueils auxquels certains étudiants font face dans l’enseignement digitalisé.
Catherine Léglu

Catherine Léglu,  vice-rectrice académique,  Université du Luxembourg

Le Covid-19 a-t-il aussi bouleversé le semestre obligatoire de mobilité à l’Uni?

«En effet, la mobilité est très touchée. Nous avons davantage d’étudiants de deuxième et troisième années puisque beaucoup devaient partir. Nous les encourageons à reporter leur mobilité au semestre d’été ou à l’année prochaine, même s’ils ne peuvent tous partir en même temps.

De nombreuses universités ont décidé d’annuler la mobilité pour des raisons pratiques. Certaines ont indiqué qu’elles ne pouvaient pas gérer leurs propres étudiants et les arrivants, parce qu’elles ont dû organiser des mesures de rapatriement au printemps. Il s’agit surtout d’universités hors de l’UE.

Vous êtes-vous préparée à l’éventualité d’un reconfinement?

«À mon arrivée à l’Uni (en septembre 2019, ndlr), je me suis attelée à l’implémentation d’une nouvelle stratégie digitale. Le fait de passer brutalement de la théorie à la pratique le 16 mars m’a permis de penser comment étendre l’apprentissage digitalisé à l’Uni. C’est un aspect positif de cette situation forcée. Nous avons pu lancer l’enseignement digitalisé presque immédiatement avec Cisco Webex, alors que le système était essentiellement prévu pour des réunions.

Nous avons également pris conscience des écueils auxquels certains étudiants font face. Nous avons identifié les étudiants qui n’avaient pas de connexion internet stable au moyen d’un sondage en ligne. Nous avons d’ailleurs travaillé à améliorer la connexion dans nos résidences.

Nous avons constaté que certains étudiants travaillent essentiellement sur leur smartphone ou tablette, ou partagent l’ordinateur avec un parent, par exemple. Quand la bibliothèque a rouvert, les 80 ordinateurs ont été réservés en priorité à ces étudiants.

Ce sont des aspects à prendre en compte pour le développement de l’enseignement digitalisé.

L’Uni a également offert un soutien financier à certains étudiants en difficulté durant le confinement.

«Nous avions une petite équipe de 1,8 personne dédiée au soutien psychologique. Nous l’avons étendue grâce à une task force temporaire, ainsi qu’en lançant une plateforme internet pouvant mener des entretiens vidéo en ligne avec les étudiants. Nous avons également étendu notre concept d’aide financière – le ministère, qui fournit déjà un Hardship Fund, a été très généreux – pour permettre à des étudiants ne pouvant plus travailler de retarder le paiement de leur loyer jusqu’à quatre mois.

Pour moi, ces mesures de soutien psychologique ne sont pas des mesures à arrêter immédiatement. Je veux les garder afin de donner un soutien plus sophistiqué aux étudiants à long terme. C’est déjà très répandu dans d’autres universités à l’international.

L’Université, ce n’est donc pas que de l’enseignement?

«Effectivement. Il faut que nos étudiants se sentent chez eux sur le campus, que ce soit à Belval, au Limpertsberg ou au Kirchberg. Nous allons aménager des espaces où ils pourront s’installer pour travailler ou suivre un cours à distance entre deux cours présentiels, par exemple. Cela les aidera à aussi à maintenir une vie sociale. Il est important qu’ils réussissent dans leurs études, qu’ils se sentent en sécurité à l’Uni et entendus.»