ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

CONSEIL DE L’innovation de l’UE

Financer les meilleures jeunes pousses



Pour Stéphane Ouaki, chef de l’unité des «instruments financiers» à la DG Recherche et Innovation de la Commission européenne, les sociétés européennes doivent pouvoir être aidées dans les secteurs où elles dominent le marché. (Photo: Studion Photography/Luxinnovation)

Pour Stéphane Ouaki, chef de l’unité des «instruments financiers» à la DG Recherche et Innovation de la Commission européenne, les sociétés européennes doivent pouvoir être aidées dans les secteurs où elles dominent le marché. (Photo: Studion Photography/Luxinnovation)

Trouver des capitaux à risque pour financer leur mise à l’échelle est souvent un défi pour les start-up. La Commission européenne vient de créer le Conseil européen de l’innovation (EIC), nouvel outil pour répondre à cette problématique.

Facebook, Amazon, Alibaba, Airbnb, Uber, Ebay… Inimaginables il n’y a pas si longtemps, ces plates-formes numériques font aujourd’hui partie du quotidien de milliards de personnes et comptent parmi les entreprises les plus valorisées au monde. Mais seule une poignée d’entre elles – Spotify et Zalando, par exemple – viennent d’Europe. La grande majorité vient des États-Unis ou d’Asie.

«La révolution numérique pénètre pratiquement tous les secteurs économiques – l’industrie automobile, les transports, l’énergie, la biotechnologie, etc. L’UE possède des entreprises très dominantes et des millions d’emplois dans ces secteurs», a rappelé Stéphane Ouaki, chef de l’unité des «instruments financiers» à la DG Recherche et Innovation de la Commission européenne, lors de sa visite au Luxembourg le 27 juin dernier pour présenter l’EIC. «Si nous n’y prenons garde, de nouvelles entreprises numériques pourraient restructurer complètement ces marchés et les déplacer vers des domaines où nous ne sommes plus dominants. Nous devons nous assurer de ne pas être perdants.»

Subventions et capitaux propres

C’est pourquoi la Commission européenne a mis en place un nouveau système de financement public destiné à développer des idées très innovantes et à en assurer le succès commercial.

Le Conseil européen de l’innovation (EIC) soutiendra les innovateurs dans leurs entreprises à haut risque qui ont un fort potentiel pour créer de nouveaux marchés et stimuler la création d’emplois, la croissance et la prospérité en Europe. L’initiative comprend une enveloppe financière de 2 milliards d’euros pour la période 2019-2020 couvrant l’ensemble de la chaîne d’innovation, avant d’être largement mise en œuvre dans le programme-cadre Horizon Europe, pour l’innovation et la recherche (2021-2027).

Plus vous gardez une entreprise dans votre portefeuille, plus le risque qu’elle ne réussisse pas est grand. C’est pourquoi nous avons besoin de l’EIC.

Larissa Best,  présidente,  LBAN

Le soutien de l’EIC est fourni par le biais de deux principaux instruments de financement: le «Pathfinder», qui permet le développement d’innovations radicales depuis le laboratoire jusqu’au marché grâce à un ambitieux programme de recherche interdisciplinaire, et l’«Accelerator», qui soutient le développement d’entreprises innovantes à très fort potentiel par le financement et le conseil.

L’accélérateur permet aux start-up et aux PME de demander des subventions jusqu’à concurrence de 2,5 millions d’euros, ainsi que des fonds propres jusqu’à 15 millions d’euros. Cette approche de financement mixte est une toute nouvelle caractéristique du programme-cadre actuel de l’UE, Horizon 2020. Les investissements en actions seront gérés par l’intermédiaire d’un fonds d’investissement dédié, situé au Luxembourg, et géré en collaboration avec le groupe Banque européenne d’investissement.

Prise de risque et capital patient

Investir dans des start-up avec des innovations potentiellement disruptives ou révolutionnaires est une affaire délicate: le niveau de risque est élevé, une quantité massive d’activités de R&D pourrait être nécessaire avant que le produit puisse être mis sur le marché, et il est difficile de dire si les investisseurs seront en mesure d’obtenir un bon rendement sur leur argent. Larissa Best, présidente du Luxembourg Business Angel Network, qui a participé à une table ronde lors de l’événement du 27 juin dernier, l’a confirmé: «Plus vous gardez une entreprise dans votre portefeuille, plus le risque qu’elle ne réussisse pas est grand. C’est pourquoi nous avons besoin de l’EIC.»

M. Ouaki a souligné que l’EIC fournira du capital patient aux entreprises à haut risque. «Nous nous concentrerons sur les entreprises qui ont des coûts de R&D importants et sur la stabilisation de ces entreprises pendant le nombre d’années dont elles ont besoin pour trouver des investisseurs sur le marché privé», a-t-il indiqué. «Nous sommes également prêts à explorer des opportunités d’investissement dans des entreprises à fort potentiel social.»

Un des intervenants à la table ronde, Pouyan Ziafati, fondateur et CEO de LuxAI, représente une telle entreprise. Son QTrobot est un outil pour enseigner aux enfants autistes l’interaction sociale et améliorer leurs compétences en communication. «Nous développons du matériel informatique, des logiciels et un programme d’études pour les enfants, donc nous faisons beaucoup de R&D. Nous avons bénéficié à la fois d’Horizon 2020 et des mesures nationales de soutien, et ces fonds étaient absolument essentiels», a-t-il estimé.

Complémentarité

Point de contact national pour le programme de financement européen au Luxembourg, l’agence Luxinnovation conseille et soutient les entreprises nationales – en particulier les PME – dans la conception de projets d’innovation. Elle les oriente vers les instruments de financement les plus appropriés, tels que Horizon 2020 ou, à partir de 2021, Horizon Europe. Luxinnovation accompagne également les start-up et les entreprises établies dans leurs activités d’innovation et les aide à solliciter un financement national.

Sasha Baillie , la CEO de Luxinnovation, a souligné la complémentarité entre les nouveaux instruments européens et les programmes nationaux existants qui sont gérés par le ministère de l’Économie et le Fonds National de Recherche. «Le projet pilote d’EIC s’inscrit bien dans la continuité des outils de financement nationaux, et nous regardons toujours au-delà du projet concerné pour voir comment il s’intègre dans la stratégie et le développement global de l’entreprise», a-t-elle expliqué.

«Pour les entreprises à fort potentiel de croissance visant à créer de nouveaux marchés – par exemple, les diplômés du programme Fit 4 Start qui ont continué à développer leur activité et qui sont prêts à passer à l’échelle supérieure –, l’outil EIC Accelerator pourrait être une nouvelle étape très intéressante.»