ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

Jean-Christophe KLEIN (CEO)

«Libhéros, le concierge des soins de santé»



Le Forbachois Jean-Christophe Klein, ex-employé de PwC, a attiré 25.000 patients en quête de professionnels de santé. (Photo: Libhéros)

Le Forbachois Jean-Christophe Klein, ex-employé de PwC, a attiré 25.000 patients en quête de professionnels de santé. (Photo: Libhéros)

En France, trois millions de patients reviennent à l’hôpital chaque année, faute de trouver les professionnels de santé pour assurer le «service après-vente» de leur intervention. Un marché auquel s’attaque Libhéros, avec un succès grandissant. Avant un retour au Luxembourg?

Air Liquide a donné un bol d’air à Libhéros. C’était en 2017. 1,1 million d’euros bienvenus au moment où la question des soins de santé est un problème difficile à appréhender, entre rigueur budgétaire de l’État et des hôpitaux publics, entre besoin de données et respect de la vie privée sur ces données très sensibles, et entre omniprésence urbaine et digitale et absence régionale dans un univers de zones blanches.

Originaire de Forbach, pas très loin de Metz, et un temps employé de PwC Luxembourg, Jean-Christophe Klein, le CEO de Libhéros et sa cofondatrice, Florence Herry, ont peut-être une solution. Libhéros devrait atteindre, cette année, un demi-million de chiffre d’affaires, à 15 personnes.

Jean-Christophe, expliquez-nous l’origine de ce projet!

Jean-Christophe Klein. - «À l’origine, il y avait Florence, infirmière à l’Institut Curie, à Paris (un centre hospitalier de pointe dans le traitement du cancer, ndlr). Elle s’est aperçu que le patient qui sort de l’hôpital est très souvent livré à lui-même pour organiser ses soins ensuite. 12% des urgences hospitalières ou trois millions de personnes se retrouvent dans la situation de devoir se débrouiller pour trouver les professionnels de santé dont ils ont besoin.

Libhéros est une application mobile et un site de prise de rendez-vous avec ces infirmières, kinés et autres professionnels de santé autour de cette question. Aujourd’hui, deux ans après notre lancement, nous avons séduit 25.000 patients et nous sommes capables de couvrir 83% du territoire français.

Infirmière, Florence Herry se rend compte du besoin des patients qui sortent de l’hôpital. Une idée est née. (Photo: Libhéros)

Infirmière, Florence Herry se rend compte du besoin des patients qui sortent de l’hôpital. Une idée est née. (Photo: Libhéros)

L’acquisition de clients doit vous coûter cher, puisqu’il vous faut recruter des professionnels d’un côté et des patients de l’autre? Comment fonctionne votre business model?

«D’un côté, il y a le référencement sur internet qui nous permet d’apparaître quand quelqu’un va chercher des professionnels. Et de l’autre, nous avons des prescripteurs de différents types, les hôpitaux, mais aussi des assureurs, des laboratoires pharmaceutiques ou des maisons de soins de santé. Ils ne poursuivent pas tous le même objectif.

Par exemple, les hôpitaux cherchent à éliminer les ‘bed blockers’, ceux qui doivent revenir et occuper un lit alors qu’ils pourraient recevoir des soins chez eux. Aujourd’hui, on le voit, la tendance est à la chirurgie ambulatoire. Les mutuelles, elles, veulent proposer des produits digitaux à leurs clients. Les professionnels de santé ont, eux, besoin que leur offre soit visible, ce qui n’est pas toujours le cas.

Ce sont les clients qui paient notre service. Nous avons une offre freemium où le client se débrouille tout seul à partir de notre solution. Elle passe à 25 euros en une fois pour une recherche ponctuelle et spécifique. Et notre offre sérénité coûte 90 euros par mois, principalement pour répondre à des besoins récurrents de personnes âgées.

C’est un sujet qui concerne à peu près tous les pays européens, entre autres. Vous avez prévu d’aller essayer de conquérir d’autres marchés, ou la protection des données vous empêche-t-elle d’aller voir ailleurs?

«Évidemment, c’est un domaine très sensible. D’abord, nous, nous ne stockons pas de données, mais nous les hébergeons chez un hébergeur agréé de données de santé (HADS) accrédité par le ministère français de la Santé. Notre algorithme fait surtout du matching entre la zone géographique et le besoin de prestation.

Il y a parfois des professionnels qui évoluent bien au-delà de l’endroit où ils sont officiellement installés. Ça sert à cela. Après avoir eu le prix du concours de l’innovation numérique de la Banque publique d’investissement et un autre de l'e-Health World Monaco, nous étudions la possibilité d’aller au Canada. Ou au Portugal. Ou au Benelux. Ce sera probablement l’an prochain.»