POLITIQUE & INSTITUTIONS — Europe

Accord entre l’UE et le Royaume-Uni

«Le fair-play économique et commercial n’est pas à vendre»



Michel Barnier a dressé la synthèse du troisième tour des négociations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni afin de trouver un accord global de collaboration. Sur nombre de dossiers, les divergences sont immenses.

Les discussions autour des futures relations entre l’Union européenne et le Royaume-Uni butent sur de nombreux obstacles. Or, le temps presse, puisque la période de transition post-Brexit se terminera le 31 décembre, sauf demande, encore improbable, d’une prolongation du délai par les Britanniques.

500 experts et négociateurs

Le négociateur européen, Michel Barnier, est venu synthétiser les travaux menés au cours de cette semaine par près de 500 experts et négociateurs, ce qui constituait le 3 e «round» des négociations .

«Le but de l’Union reste d’avancer en parallèle sur tous les sujets», a-t-il répété. Notamment grâce aux propositions de textes fournis par les Britanniques, mais pas encore tous publics, venus donner écho à ceux de l’Europe déposés le 18 mars, les discussions ont permis d’apporter des clarifications sur plusieurs sujets, «comme le commerce des biens, les transports, la participation du Royaume-Uni au futur programme de l’Union. On a pu amorcer aussi un tout début de dialogue sur le dossier difficile de la pêche, même si nos positions sont très divergentes.»

Blocage sur le «level playing field»

Mais à l’exception de «ces ouvertures modestes», aucun progrès n’a été possible «sur les sujets les plus difficiles». 

Michel Barnier va alors énumérer les points de blocage, dus selon lui le plus souvent aux seuls Britanniques. «Le Royaume-Uni n’a engagé aucune discussion sur le ‘level playing field’, quoi qu’il en dise. Ce sont les règles de fair-play économique et commercial dont nous avions convenu avec Boris Johnson dans la déclaration politique, qui reste un document d’actualité et d’avenir.»

La gouvernance de la future relation a aussi été un débat sans réelle avancée pour construire un partenariat fort et complet.

Dans plusieurs domaines, les Britanniques ont fait preuve d’un manque d’ambition.
Michel Barnier

Michel Barnier,  négociateur en chef de l’Union européenne

La déception a aussi été de mise «de par le manque d’ambition du Royaume-Uni dans des domaines comme la lutte contre le blanchiment d’argent ou les rôles respectifs des parlements européen, britannique et de la société civile, la coopération policière…» Le négociateur a donc décrit ce «compte rendu comme lucide, mais décevant».

Même si le temps est compté, l’Union européenne doit continuer à vouloir bâtir ce partenariat, soutient Michel Barnier. Son mandat, a-t-il rappelé, est articulé autour de trois points.

«En premier lieu, notre ambition est et restera de trouver un accord de libre-échange sans droit de douane et sans quota pour tous les biens», a indiqué Michel Barnier. Ce sera une première dans l’histoire des accords de l’Union. Cette volonté «montre notre ambition» pour un grand pays voisin avec qui il serait dommage de faire «un copier-coller» des accords que nous avons avec d’autres pays, comme le Canada ou le Japon.

Le second point tient au fait que «la politique commerciale a évolué, nous ne sommes plus dans les années 70. Notre accord devra servir le développement durable. Cette nouvelle politique commerciale doit reposer sur des conditions de concurrence équitable, notamment au niveau des aides d’État, de la fiscalité, des standards sociaux.»

On ne va pas marchander nos valeurs européennes au profit de l’économie britannique.
Michel Barnier

Michel Barnier,  négociateur en chef de l’Union européenne

Le Royaume-Uni disant souvent que ses standards environnementaux sont plus élevés que les Européens, «engager des négociations sur cela ne devrait pas être trop ou très difficile. Pourtant le Royaume-Uni le refuse. J’ai même entendu Michael Gove suggérer récemment que le Royaume-Uni, pour éviter le ‘level playing field’, pourrait refuser les objectifs de 0 tarif et 0 quota. C’est un anachronisme dont nous ne voulons pas. Cette proposition voudrait en outre dire qu’il faudrait entamer une négociation détaillée, sensible, sur chaque ligne tarifaire… Nous avons de l’expérience: cela dure des années. Cela ne sera donc possible qu’avec une extension de la négociation. Faut-il comprendre cela dans les propos de Monsieur Gove?  Mais il faut éviter un malentendu sur cette négociation: même si on devait éliminer 98 ou 99% des tarifs, et pas 100%, l’Union exigera les mêmes garanties fortes de ‘level playing field’! On ne va pas marchander nos valeurs européennes au profit de l’économie britannique . Le fair-play économique et commercial n’est pas à vendre.»

Enfin, troisième point, «on veut des solutions en parallèle, dans le cadre d’un accord ambitieux. Il faut des solutions communes. Pourquoi devrions-nous donner des conditions favorables à des professions britanniques, alors que nos pêcheurs européens seraient exclus des eaux britanniques et risquent de perdre leur travail?» Le Royaume-Uni voudrait les «avantages d’un État membre, sans les obligations», alors qu’il est devenu «un pays tiers de par sa propre volonté».

Un appel à changer de stratégie

Michel Barnier estime que les Britanniques font encore preuve d’une incompréhension par rapport au fait d’avoir quitté l’Union européenne. «Il faut que le Royaume-Uni dépasse cela, soit plus raisonnable et change de stratégie.»

La prochaine discussion aura lieu début juin. Entre les Britanniques et les Européens, qui resteront «calmes, fermes et respectueux». Les retrouvailles seront sans doute agitées.