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Vue des marchés

L’explosion des chiffres de la dette souveraine



En moyenne, entre 1995 et 2020, la dette par habitant est passée de 4.371 à 11.187 dollars dans les 35 pays considérés par Janus Henderson. (Photo: Shutterstock)

En moyenne, entre 1995 et 2020, la dette par habitant est passée de 4.371 à 11.187 dollars dans les 35 pays considérés par Janus Henderson. (Photo: Shutterstock)

Selon une étude menée par le gestionnaire d’actifs Janus Henderson, la dette émise par les États a été multipliée par 3,7 en un quart de siècle.

Janus Henderson publie son premier indice de la dette souveraine (Janus Henderson Sovereign Debt Index) afin de cerner les tendances de l’endettement des gouvernements dans le monde, ses risques et les opportunités d’investissement offertes. L’étude se concentre sur les 35 pays les plus actifs sur le marché obligataire mondial, pesant à eux seuls 88% du PIB mondial.

Et les chiffres donnent le vertige. En 1995, la dette de ces 35 pays atteignait 16.700 milliards de dollars. Puis 53.300 milliards de dollars en 2019, pour culminer à 62,515 milliards en 2020. La dette représentait 59% du PIB mondial en 1995, 70% en 2019 et 84% en 2020, «un pic historique». Une progression supérieure de 20% à celle de la croissance économique. Cette explosion de la dette n’a pas été un processus rectiligne. Avant la crise de 2008, les gouvernements avaient quasiment réussi à équilibrer leurs comptes. Les subprimes puis le Covid sont passés par là… Sur la seule année 2020, les gouvernements ont emprunté autant que sur les huit années précédentes.

Argent bon marché

La question politique qui se pose est celle de la durabilité de cette tendance. Si la dette n’a jamais été aussi élevée, elle n’a jamais été aussi bon marché: les intérêts payés ne représentent que 1,5% du PIB mondial, contre 3,3% en 1995. Le schéma traditionnel selon lequel une hausse de l’endettement entraîne un taux d’intérêt plus élevé afin de compenser le risque accru de défaillance pour le prêteur n’est plus avéré. Les États empruntaient en moyenne à 7,6% en 1995. Ce chiffre est tombé à 1,5% aujourd’hui.

Avec une exception: les États-Unis, qui paient pour leur dette un intérêt de 2,6%. Il est vrai qu’outre-Atlantique, la dette a augmenté depuis 1995 de 443%, soit deux fois plus que dans le reste du monde et deux fois et demie plus vite que l’économie américaine. Ce qui peut menacer la première économie de la planète: «Les obligations américaines ont généralement des échéances plus courtes que les titres de dette de la plupart des autres pays développés.» Résultat, «les États-Unis sont plus vulnérables à une future hausse des taux que bon nombre d’autres pays», notent les analystes de Janus Henderson.

La raison de ce renversement de paradigme? La politique de taux bas menée par les banques centrales. Une politique appelée à durer. Selon Janus Henderson, «les banques centrales continueront de freiner les taux d’intérêt sur l’ensemble de la courbe des taux pendant encore quelques années, maintenant les coûts de financement à un niveau bas pour les gouvernements.» La société de gestion prévoit toutefois une remontée assez nette de la charge des intérêts à partir de 2023.

Le rôle moteur des banques centrales

Autre élément-clé: le renforcement de la crédibilité des banques centrales à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Elles ont réussi à «ancrer avec succès des taux d’inflation plus bas dans la conscience collective». En parallèle, la productivité mondiale s’est améliorée, accréditant l’idée selon laquelle il était possible de croître sans provoquer d’inflation. Les nouvelles technologies ont participé à ce mouvement. La Chine a également fourni de plus en plus de biens bon marché. Et le vieillissement de la population a contribué à la hausse de l’épargne mondiale. Quant aux banques centrales, elles ont dû intervenir au moment de la crise des «subprimes», puis de Lehman Brothers. La pandémie a poussé la logique un peu plus loin.

Les banques centrales jouent un autre rôle dans le tableau: elles sont gourmandes de dettes souveraines. 24% de la dette publique mondiale est détenue par les banques centrales, avec une progression de +5% en un an. Et, autre fait marquant de 2020: 52% de tous les nouveaux emprunts publics ont été financés par des banques centrales.  Aux USA, cette proportion monte à 85%, et à 66% au Royaume-Uni. «Il y a 20 ans, cette politique aurait été considérée comme une hérésie économique et les marchés auraient sanctionné les pays qui suivaient cette voie», rappellent les analystes de Janus Henderson.

Un très bon investissement

Actuellement, la dette publique a dépassé la barre des 100% du PIB dans 10 pays: le Japon (250%), la Grèce (209%), l’Italie (159%), Singapour (155%), l’Espagne (120%), la France (118%), le Canada (116%), le Royaume-Uni (113%), la Belgique (113%) et l’Argentine (105%). Mais en valeur absolue, les États-Unis sont en tête devant le Japon, la Chine, la France et l’Italie, avec 19,665 milliards de dollars de dettes.

Par ailleurs, la France, avec 3.400 milliards de dollars de dette, est le plus gros emprunteur d’Europe. Sa dette a progressé de 274% en 25 ans, alors que dans le même temps, la progression de la croissance n’a été que de 63%.

Et les investisseurs obligataires? «La baisse constante des taux d’intérêt au cours des 25 dernières années a généré des rendements confortables pour eux», analyse Janus Henderson, pour qui le rendement généré en 25 ans en dollars atteint 308%.